RWC 2019 : Une France victorieuse… mais à deux visages

Après une paire d’heures à faire redescendre le rythme cardiaque, nous pouvons enfin vous livrer notre analyse du match. C’est un grand ouf de soulagement qui a dû être poussé par les spectateurs de ce France-Argentine qui aura tenu toutes les promesses de match couperet qui lui ont été prêté. Une victoire 23-21, au bout du suspense, et de deux mi-temps totalement opposés.

Le match : une victoire étriquée, stressante mais bien présente

Un huitième de finale, voilà comment était présenté ce match. Le XV de France l’a remporté sans la manière mais dans ce contexte de 1er match de Coupe du monde, est-ce que ça compte vraiment ? On peut se réjouir cette victoire mais pas du match. Enfin pas de la seconde mi-temps.

Les Bleus ont démarré le match comme il le fallait. Intensité, vitesse, 15 minutes pour se régler et après la pénalité inscrite par Nicolas Sanchez, le XV de France s’est mis en route. Essai à la 18ème par Fickou et par Dupont à la 22ème, tous deux transformé par Ntamack et à chaque fois venus des trois quarts qui ont su accélérer le jeu et de déborder les Pumas mal en point. Sans 3 erreurs de main, les Bleus auraient même pu alourdir l’addition. Ntamack a assuré au pied pour permettre aux Bleus de mener 20-3 à la mi-temps.

La mi-temps se passe et nos rugbymen reviennent sur le terrain. Etaient-ce les mêmes ? Sûrement, sinon les arbitres l’auraient remarqué. Mais pour nous, devant notre télé ou au stade, il y avait de quoi se poser des questions. Entre la 42ème et la 61 ème, la France encaisse un 18-0. Deux essais marqués par Petti (42ème) et Montoya (54ème) sur la même phase de jeu. Touche à 5 mètres de la ligne et la défense française se fait transpercer par un maul argentin. Aucune révolte n’est à signaler de la part du XV de France. Pire, l’Argentine prend même la tête à la 69ème sur une pénalité d’Urdapilleta. On sent tout le monde abattu, mais Zorro est arrivé. Sur le coup d’envoi suivant, les Bleus gagnent le ballon dans les 22 mètres argentins et Camille Lopez, entré à la 68ème, plante un drop de 35 mètres entre les poteaux des Pumas. La France repasse devant (23-21), pour de bon. Les 10 dernières minutes furent tendus, Ntamack rate une pénalité à 30 mètres, et l’erreur de Fickou, touchant un joueur dans les airs, faillit nous compter la victoire si Boffelli, l’arrière argentin, avait mise la pénalité au bon endroit. Sur un dernier ballon gratté par Machenaud, la France parvient à mettre un terme à ce match. Ce fut dur autant pour eux que pour nous !

Le tournant du match: la mi-temps

Le tournant du match intervient en plein milieu de la partie. Alors oui, la mi-temps ne fait pas vraiment partie d’un match et pourtant là, sans elle, le match aurait été parfait. Il est impossible de résumer le match sans parler de ces 15 minutes qui ont fait totalement changer de visage l’équipe de France, et il ne faut pas les oublier, celui des Argentins. La France est revenue des vestiaires totalement apathiques, sans plus aucune hargne. Le calme de la première mi-temps les avait quitté. Le match contre les Gallois dans le dernier Tournoi est revenu dans la tête de tout le monde. Les Bleus s’étaient inclinés après avoir mené largement à la mi-temps.

Comme si, pendant ces 15 minutes, les Bleus ne trouvaient pas normal que le match soit facile et décidaient de redonner un peu de suspense dans le match. Ou alors le fait de s’arrêter de jouer leur coupe les jambes et l’inspiration. On ne peut pas supprimer la mi-temps mais il va falloir trouver le moyen de faire de ce moment de non-jeu, celui qui permet de ne plus se faire peur.

Les Bleus fêtent leur victoire avec les supporters présents en tribune
CP: L’Equipe

Top/flop

Qui faire ressortir de ce match schizophrénique ? Aucun des joueurs qui ont marqué la première période ont su sortir la tête de l’eau en seconde mi-temps. Pourtant, Dupont, Penaud, Ollivon et Fickou ont été largement au dessus des autres durant les 40 premières minutes. Dupont, en suivant chaque action et en orientant bien le jeu. Ollivon en sachant freiner les Argentins et faire avancer les Bleus (60 mètres gagnés balle en main). Fickou et surtout Penaud ont été les plus entreprenants dans leurs courses sur le terrain. Ils ont remportés de nombreux un contre un qui ont mis les Argentins au supplice. Il est important aussi de signaler la très bonne performance de Rabah Slimani en mêlée, confiance importante pour la suite.

Et pour le seconde mi-temps, on ne peut pas ne pas parler de Camille Lopez. Une action de classe qui nous fait gagner le match. Un pari réussi par Brunel car Lopez est rentré pour remplacer Penaud, sonné après avoir reçu un genou dans le visage. Lopez aurait même pu aggraver le score si Ntamack lui avait laissé une pénalité en fin de match. Mais pour engranger de la confiance, ce drop est parfait comme début dans un Mondial.

Il y a aussi quelques points noirs à signaler. Notamment le nombre de pénalités concédées, 13. Ce total est trop élevé au niveau international. Le fait que les argentins aient souvent joué en touche plutôt que de prendre les points à freiner leur remontée. Mais il faudrait régler ce souci pour les prochains matchs. Ensuite, la deuxième ligne est celle qui a été le plus perdu dans le jeu, à l’origine des pertes de balle. Elle n’a pas su apporter malgré sa puissance. Pour finir, il faudra plus de constance pour la suite mais ce souci est connu depuis quelques temps.

Il y a quelques semaines, on aurait perdu ce match“. Voilà comment Guirado, Lopez et Itturia ont réagi après le match. Si cela sert à les rassurer, ce n’est pas franchement notre cas. Mais après tout, nos Bleus ont assuré ce pour quoi ils étaient venus, la victoire et une sérieuse option prise pour la qualification en quarts. Nos coeurs ont 10 jours pour s’en remettre. En espérant qu’ils n’auront plus à être mis à aussi rude épreuve.

Rédigé par Julien Cokelaer avec l’aide de la redac’ rugby, Aurore Dessaigne, Sylvain Granjon & Joris Bertoia

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