ATP : que faut-il retenir du mois de janvier 2017 ?

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La légende Roger Federer s'est un peu plus écrite en ce 29 janvier 2017 avec son 18ème titre du Grand Chelem sur Nadal en 5 sets... (c) Sports Illustrated

L’Open d’Australie

Une première semaine renversante !

Murray numéro 1 mondial, Djokovic numéro 2, qui se sont affrontés la semaine précédente à Doha, voyant la victoire du Djoker mettre de l’attente dans une revanche éventuelle en finale, arrivent à Melbourne en ultra favoris. Le maître Federer, retombé à la 17ème place mondiale puisqu’il n’a pas rejoué depuis sa demi-finale perdue contre Raonic à Wimbledon en 2016, n’est que tête de série 17 et est placé sur la route de Berdych, Nishikori et Murray. Raonic et Nadal sont attendus en quarts face-à-face et Wawrinka veut confirmer son statut d’outsider en tant que tête de série numéro 4.

Et surprise, Djokovic est éliminé dès le 2e tour par Denis Istomin (WC), 117e joueur mondial. Le monde du tennis est sous le choc, et surtout Murray, qui, trois jours plus tard, tombe contre Mischa Zverev à la régulière en 8e de finale, provoquant un second séisme à Melbourne, d’intensité numéro un mondial sur l’échelle du tennis champagne…

 

Quid des français ?

Simon éliminé par le futur quart de finaliste Milos Raonic, Richard Gasquet éliminé par le futur demi-finaliste Grigor Dimitrov, et Gaël Monfils, éliminé par le futur finaliste Rafael Nadal, n’ont pas pu défendre leur chance habilement, mais ils ont parfois montré de belles séquences synonymes d’espoirs… Lucas Pouille, blessé, perd au premier tour contre le jeune Alexander Bublik, Kazakh impressionnant depuis 6 mois sur le circuit secondaire et qui refera parler de lui. Benoit Paire ne s’est pas frustré du tournoi, où il a malgré tout atteint le 3ème tour contre Dominic Thiem. Quand à Jo-Wilfried Tsonga, il est allé chercher un quart de finale prometteur pour la suite de la saison contre Stan Wawrinka, mais il n’a pas su élever son niveau de jeu pour atteindre le dernier carré, alors que le physique était là. Encore un problème mental ? Les statistiques plaident surtout pour un problème de niveau pour l’ensemble des joueurs français, à qui il semble difficile voire impossible de battre des top 10…

 

Le retour des héros

Murray out, la voie est ouverte pour Federer jusqu’en demie, puisque le Suisse a fait tomber Berdych et Nishikori, alors qu’il doutait lui-même de son niveau de jeu. Pour son retour, le Suisse s’offre, après avoir écarté en trois sets la surprise Mischa Zverev (50e), une demie contre Wawrinka, qui n’a affronté aucun top 10 depuis le début du tournoi.

Dans l’autre partie du tableau, Nadal, après avoir écarté le plus jeune des Zverev (Alexander, 24e mondial, 19 ans) en 5 sets puis Monfils, il arrive en quarts contre Raonic qui déroule depuis le début du tournoi. Pourtant, il l’étouffe complètement et rejoint les demi-finales après 3 sets de grande qualité. Djokovic éliminé, il y avait une autre place à prendre en demi-finale. Cette place, c’est Dimitrov qui l’a prise, sans non plus éliminer de top 10.

Ainsi, le dernier carré voit deux demis d’un niveau extraordinaire (5 sets chacun). La première s’est jouée le jeudi entre Wawrinka et Federer, et a tourné en faveur du suisse… Du maître Fed ! La seconde a vu Nadal prendre le meilleur sur Dimitrov qui était pourtant à quelques balles de gagner le match dans le cinquième.

Ainsi, une finale rêvée s’est invitée à la Rod Laver Arena : le 35e «Fedal», le grand classique du XXIe siècle. Federer contre Nadal, rêvé par l’immense majorité des fans de tennis depuis l’élimination des numéros un et deux mondiaux. Les deux joueurs ne se sont plus affrontés en finale de Grand Chelem depuis six ans. C’était à Roland Garros, en 2011. L’Espagnol l’avait emporté en quatre sets (7-5, 7-6, 5-7, 6-1). Il mène également 23-11 dans ses duels avec Roger Federer, 14-7 en finale de tournoi, 6-2 en finale de Grand Chelem. A l’Open d’Australie, l’Espagnol mène 3-0 (dont une finale en 2009). Tout était réuni pour voir Nadal prendre le dessus. Pourtant, c’est bien Federer qui remporte ce match d’une émotion si particulière pour son 18e titre du Grand Chelem.

Nadal déçu mais Nadal qui regarde vers l’avenir…

Je me permets d’écrire ces quelques lignes de sensation et de parler à la première personne. Le tennis m’a procuré de grandes émotions de supporter. La victoire de Soderling sur Nadal en 2009, le match Isner-Mahut sur 3 jours, la finale de la Coupe Davis perdue contre la Serbie, le duel Murray-Djokovic au Masters de Londres… Pour autant, cette finale de Grand Chelem entre mes deux idoles de jeunesse m’a émue au point que j’ai versé ma larme à la fin du match. 5 sets de magie, je ne voulais pas que ça s’arrête. Il s’agit probablement du match qui m’a procuré le plus d’émotions sur l’ensemble de ma vie. Et je remercie ces deux champions de nous avoir offert le plus beau des spectacles pendant 3h30. Il faut 2 joueurs pour faire la légende d’un match de tennis…

 

Le retour de Dimitrov sur la scène internationale

Après avoir été numéro 8 mondial en août 2014, il était retombé au 40ème rang mondial en juillet 2016. Mais dès le début de l’année 2017, il a montré un tout autre visage. Un titre à Brisbane en éliminant Thiem, Raonic et Nishikori, puis la semaine suivante Gasquet, Istomin, tombeur de Djoko et Goffin pour s’offrir une demi-finale contre Nadal, où il perd un combat énorme en 5 sets… Le 13ème joueur mondial a d’ores et déjà annoncé vouloir revenir dans le Top 10. C’est ce qu’il tentera de faire avec un programme chargé en février : l’ATP 250 de Sofia, puis l’ATP 500 de Rotterdam et enfin l’ATP 250 de Marseille.

 

Corentin Moutet, le prodige qui se pose des questions

Si vous ne le connaissez encore pas, sachez que Corentin Moutet, français gaucher de 17 ans, a tout gagné chez les jeunes. Sacré champion de France des 12 ans, 13/14 ans, 15/16 ans et 17/18 ans cet été, le jeune homme a déjà connu toutes les victoires de prestige dont un tennisman junior aurait rêvé de gagner. Il est désormais 496e joueur mondial et reste une valeur sûre du circuit junior (il est aujourd’hui 12ème au classement ITF avec seulement 10 tournois joués). La semaine dernière, il a remporté son premier Grade 1 juniors (équivalent du Masters 1000 pour juniors) à Traralgon. Cette semaine, il a repris son activité à Melbourne pour l’Australian Open, en tant que tête de série 5, et a atteint la demi-finale du tournoi. Pour autant, il n’avait pas perdu le moindre set en 2017 en simple en 10 rencontres. Il avait d’ailleurs battu son bourreau de Melbourne, Zsombor Piros, futur vainqueur du tournoi, en finale la semaine dernière à Traralgon. Malgré un niveau de jeu constant maintenu sur l’ensemble du mois de janvier, la sérénité n’est pas là. Il a des différends avec son entraîneur fédéral Thierry Tulasne, tout comme il en avait eu avec Ronan Lafaix ou Nicolas Coutelot. Et aujourd’hui, bien que considéré comme l’avenir du tennis français avec une marge de progression encore énorme, il a du mal à supporter les jugements extérieurs. Le fait d’être observé à chaque match le contrarie. Le sensible Corentin a d’ailleurs questionné son envie de devenir professionnel :

« Je suis déçu de ne pas être allé au bout, c’était un très bon joueur mais je n’ai pas fait mon match, je n’ai pas réussi à le jouer. Il n’y a rien eu sur le terrain, sur un match comme aujourd’hui, je ne suis pas un joueur de tennis. En dehors du court (il a évolué en solo à Melbourne, sans le soutien de la FFT), j’ai su me prendre en main. J’ai appris à me connaître pendant deux semaines, je n’ai pas ressenti de jugement. Le fait d’être seul m’a fait du bien. A Traralgon, j’ai joué tous mes matches sur le court n°9, sans spectateur, sans personne pour me dire si c’est bien ou si c’est mal après mes matches, hormis mes parents qui m’ont félicité. Je me suis détaché du jugement extérieur. Quand je joue en France, le public vient pour me juger, mais c’est pareil tout le monde, je suis encore en apprentissage là-dessus. Pour aller tout là-haut, il faut vraiment en avoir envie. Est-ce que c’est ce que je veux ? Je me pose parfois des questions… Il y a des jours où j’ai envie de faire autre chose que de m’entraîner ».

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Moutet proche de son premier titre du Grand Chelem en juniors (c) YahooSports!

Le jeune homme, qui a sûrement parlé sous le coup de l’élimination à l’Open d’Australie, devra mieux maîtriser ses émotions s’il veut réellement devenir professionnel et ne pas y faire figuration. En tout cas, ce n’est pas le talent qui lui manque, mais la maturité. On espère qu’elle viendra rapidement : il y a Roland Garros à aller chercher dans 4 mois…

 

Et février 2017 dans tout ça ?

Tout d’abord, février verra le premier tour de la Coupe Davis. La France, qui se déplacera au Japon, devrait se rassurer, même sans Monfils et Tsonga, car Nishikori est absent. Le premier tour permettra de jauger les équipes favorites et les forfaits malveillants…

Ensuite, les français se jaugeront à l’ATP 250 de Montpellier, avec en têtes d’affiches Tsonga, Gasquet, Simon, Paire, Cilic ou encore Mischa Zverev, et de beaux matchs en perspective. Puis les premiers tournois ATP 500 arriveront très vite à Rotterdam, Rio, Dubaï et Acapulco. Il y en aura pour tous les goûts, dur, indoor, terre battue… Le mois de février sera avant tout un mois qui permettra à quelques seconds couteaux de monter au classement et de viser des titres ATP (12 en jeu, 3 par semaine), pas moins prestigieux que les tournois majeurs.

En ce qui concerne les retours de blessure, Kevin Anderson fera son entrée en 2017 à Memphis tandis que Juan Martin Del Potro lancera sa saison à Delray Beach.

A propos de Clement Carton 89 Articles
- Créateur & Community Manager d'Agora Sports - 19 ans, Lyonnais, ambition journalisme sportif. Sports de prédilection : Basketball, Tennis, Sports d'Hiver. Suivez-moi sur Twitter : @clementcarton

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