[AU COEUR DE L’EUROPE] L’Atalanta méritait mieux contre le Shakhtar

Donetsk, au terme d’un match agréable, s’impose sur le fil à Bergame (photo Emilio Andreoli, Getty)

Au terme d’un match débridé et plaisant, le Shakhtar Donetsk est venu à bout de l’Atalanta Bergame (2-1). Les Italiens et leurs principes de jeu léchés méritaient mieux.

Mardi soir, quand sur les coups de 19h des Italiens vêtus de bleu et noir entrent sur la pelouse de San Siro, disposés dans un schéma avec trois défenseurs, les cerveaux pensent d’abord à l’Inter Milan et à son entraîneur Antonio Conte. Mais, très vite, Gian Piero Gasperini, bien qu’ancien entraîneur des Intéristes, et ses joueurs de l’Atalanta dissuadent les suiveurs*. « Dans les années 90, 90 % des équipes italiennes jouaient en 4-4-2. Mais en Europe, je trouvais l’Ajax fantastique et ils jouaient en 3-4-3, on avait l’impression que les joueurs dansaient. Après avoir vu ça, jouer à quatre derrière m’a ennuyé, donc j’ai aussi commencé avec trois défenseurs. Les attaquants adverses ne voyaient plus la balle, car nous avions la main sur la possession. Mon idée de la défense, c’est de raccourcir les attaques adverses. Pour ça, il faut défendre en allant de l’avant ». Tous ces préceptes sont ceux du Bergame de Gasperini, définis par l’entraîneur lui-même. Tout au long du match, les Bergamasques n’ont jamais dérogé à ses idées, quitte à laisser des espaces en contre, ce qui leur coûtera le but final. Sur une récupération à l’entrée de leur surface, les Ukrainiens relancent vite pour contrer alors que les locaux peinent à se replacer. Dodo sert finalement parfaitement Solomon qui conclut pour le 2-1 à la quatre-vingt quinzième minute.


Capture d’écran RMC Sport

Du jeu, du jeu et encore du jeu

Ce but est cruel pour Bergame. La Dea (“déesse” surnom de l’équipe de l’Atalanta) avait parfaitement géré le reste de la partie, étant embêtée principalement par des tirs de l’extérieur de la surface (68% des tirs de Donetsk ont été tentés au delà des seize mètres). Le 4-2-3-1 habituel de Donetsk, porté comme souvent par sa colonie brésilienne (cinq au coup d’envoi), est submergé par le pressing intense de Gasperini et ses hommes, placés très haut sur le terrain. La première véritable occasion des bleu et noir (pénalty d’Ilicic arrêté, 14e) est consécutive à une récupération haute de De Roon, le milieu récupérateur présent dans les trente derniers mètres ukrainiens. 


De Roon, sur cette relance de Kryvtsov, a bien suivi Marlos et peut récupérer le ballon pour enclencher l’attaque de Bergame (capture d’écran RMC Sport)

Dans la lignée de cette action, les joueurs de Bergame ne cessent de presser les Ukrainiens (onze ballons récupérés dans le camp adverse), sans oublier leur principe de jeu basé sur la possession. Les défenseurs centraux (Masiello, Toloi, Palomino) sont ainsi les premiers relanceurs et les pierres angulaires du jeu de l’Atalanta, en suivant les préceptes de la «relance de La Volpe» (recherche d’une relance propre par la supériorité numérique). Un type de relance que Guardiola, dont c’est l’un des principes de base, explique mieux que personne. C’était en 2006, dans El Pais, alors que Ricardo La Volpe enchante le monde avec son Mexique à la Coupe du monde. «Ricardo La Volpe ne se contente pas d’amorcer une relance en jouant, ce qui consiste à se passer le ballon sans véritable intention entre défenseurs avant de le balancer. La Volpe, lui, oblige ses joueurs à autre chose. Il les oblige à relancer en  jouant, c’est-à-dire que joueurs et ballon avancent ensemble et doivent sortir ensemble, comme un véritable couple». Gasperini approuve cette idée de relance. Ainsi, hormis le capitaine Gomez (52 passes réussies), les joueurs réalisant le plus de passes à Bergame sont De Roon (68), Toloi (66), Palomino (58), Pasalic (51) et Masiello (49), soient les cinq joueurs axiaux défensifs (trois défenseurs, deux milieux défensifs) de Bergame. En comparaison, côté Shakhtar Taison et Marlos (milieux offensifs) et Ismaily (latéral gauche) réalisent le plus de passes dans leur équipe. 

Le football romantique et ses défauts

Une fois, cette relance jouée, la Dea n’hésite pas à faire tourner le ballon dans le camp adverse, emmené par ses maître à jouer, “Papu” Gomez, réussissant trente-deux passes dans le derniers tiers, pour trois passes clés et Ilicic, auteur d’une passe clé pour Pasalic qui tire sur le poteau avant que l’action ne se poursuive avec un échange Hateboer-De Roon. Finalement,un centre du premier est repris par la tête de Zapata (1-0,28e). Le Colombien est le premier buteur de l’histoire de Bergame en Ligue des champions. Ne cessant jamais de jouer,avec leur bloc haut, l’Atalanta s’expose et Donetsk en profite pour égaliser. Moraes part dans la profondeur, comme il l’avait fait quelques minutes plus tôt, mais cette fois le juge de touche ne lève pas son drapeau et il s’en va battre Gollini (1-1, 41e). 


Toloi (numéro 2) qui était monté au pressing, n’est pas placé dans la ligne défensive. Patrick a un espace pour réaliser une passe dans une zone libre, dans laquelle s’engouffre parfaitement Moraes (capture d’écran RMC Sport)

L’attaquant brésilien, efficace, marque un but sur son seul tir du match. Mais Moraes a été, avec Taison, la principale arme offensive des Ukrainiens. En plus de ce but, il est à l’origine de trois occasions avec trois passes clés. Taison, lui aussi brésilien, a donc été l’autre poison pour la défense de l’Atalanta, ne cessant jamais de combiner sur son côté gauche avec son latéral, Ismaily. 42% des attaques de Donetsk sont passées par ce côté gauche et les combinaisons entre les deux compères (38 passes entre eux) ont été nombreuses. Malgré une possession à l’avantage de Bergame (58% contre 42%), l’occupation du terrain est elle bien plus équilibrée (51/49 en faveur des Italiens).Mais les Ukrainiens, qui ne sont pas en reste techniquement, ont parfaitement tenu le ballon quand ils l’avaient pour se créer des opportunités en contre. Le but de Solomon, qui offre les trois premiers points dans cette compétition au Shakhtar, en est le parfait exemple. Pour Bergame, avec zéro point, le plus dur est encore à venir avec un déplacement à Manchester City puis la réception de ces mêmes Citizens, l’ogre de ce groupe. La tâche s’annonce rude pour la Dea, mais l’on salive d’avance de l’opposition entre Guardiola et Gasperini. 

*le stade de Bergame est en rénovation, l’Atalanta joue la Ligue des champions à Milan et la Serie A à Parme.  

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