Barcelone 2010 : Noël avant l’heure …

Scène de joie des joueurs du FC Barcelone lors de la saison 2010-2011 (photo DR)

Pendant un mois, plus que lors du reste de cette fabuleuse saison 2010-2011, le FC Barcelone a éclaboussé ses adversaires par son jeu et a enchanté le monde du football. Du 20 novembre 2010 au 18 décembre 2010, soit durant cinq matches de Liga, le Barça était tout simplement trop fort, trop juste.

Une pure merveille. Au terme d’une possession de près d’une minute où vingt-et-une passes sont échangées entre les Barcelonais – tous les joueurs de champ ont touché le ballon, excepté Abidal -, Pedro conclut de près en poussant au fond des filets un centre de Villa dévié par Casillas. Ce but représente à lui seul le jeu voulu par Guardiola : sortie du ballon avec la recherche du troisième homme, fixer et faire sortir l’adversaire (Puyol tient en moyenne 4 secondes le ballon lors de cette action, deux fois plus que les autres joueurs), joueurs de côté écartés (Alves et Pedro d’un côté et Villa de l’autre), utiliser le ballon pour déplacer et désorganiser l’adversaire.

Le Real Madrid est désemparé. Après dix-huit minutes de jeu dans le Clasico, le Barça mène déjà 2 à 0 face à son plus grand rival et s’apprête à prendre les commandes de la Liga, pour ne plus jamais les lâcher.

Avant ce match clôturant la treizième journée de Liga, les Merengues sont leaders de Liga, avec un point d’avance sur les Blaugrana, mais surtout, ils n’ont encaissé que six buts en championnat, jamais deux lors de la même rencontre. Cette soirée au Camp Nou change la donne dans cette saison, la troisième de Guardiola à la tête de l’équipe première du FC Barcelone.

« Attachez vos ceintures, vous allez aimer ce que vous allez voir »

Après une saison et un titre de champion avec le Barça B en 2007-2008, Josep Guardiola prend les rênes de l’équipe A. « C’est un défi merveilleux que de pouvoir vous convaincre. L’important, c’est que lorsque vous viendrez nous voir ici, vous vous disiez : nous venons au stade parce que nous savons que l’équipe ne nous trahira pas. Je ne sais pas si nous gagnerons, mais je vous donne ma parole d’honneur que nous mettrons tous nos efforts pour y parvenir. Je ne sais pas ce qu’il y aura à la fin. Bienvenue dans cette nouvelle saison, bienvenue chez vous ! Attachez vos ceintures, vous allez aimer ce que vous allez voir. » Dès son intronisation, le nouveau coach plante le décor. Pour convaincre le public, Guardiola doit d’abord emmener les joueurs avec lui. « C’est la question clé. Comment séduire les joueurs pour qu’ils t’écoutent et qu’ils acceptent de nouveaux concepts ? Je dis bien séduire et non pas motiver. […] Quand tu regardes un de tes joueurs dans les yeux, c’est un peu comme regarder un amoureux. Soit tu vois une passion et une volonté d’être séduit, soit tu regardes la passion s’éloigner. »

Au FC Barcelone et avec Xavi en particulier, le coup de foudre a été immédiat. « Il nous a fait retrouver la passion du football. Guardiola était magique.Il nous a transmis tant de choses que l’équipe roulait toute seule. »Notamment du 20 novembre 2010 au 18 décembre 2010, soit durant cinq matches de Liga contre Almeria (8-0), le Real Madrid (5-0), Osasuna (3-0), la Real Sociedad (5-0) et l’Espanyol Barcelone (5-1). Cinq rencontres. Cinq symphonies. Noël avant l’heure pour les supporters du Barça et les amoureux du football. Tout au long de ce mois, les Blaugrana ont appliqué à merveille les idées de leur entraîneur.

« Faire bouger l’adversaire, pas le ballon »

« L’objectif est de faire bouger l’adversaire, pas le ballon », explique Guardiola. « Grâce à ces séquences de quinze passes, tu rassembles la majorité de tes joueurs, même si tu dois en laisser quelques-uns très séparés et éloignés entre eux pour élargir l’équipe adverse. Et, tandis que tu as défait 15 passes et que toi, tu t’organises, le rival te poursuit partout en essayant de te prendre le ballon. Sans s’en rendre compte, il est complètement désorganisé. Ces quinze passes préliminaires empêchent la transition de l’adversaire. », philosophe le tacticien catalan.

C’est surtout par la quête de l’homme libre que s’exprime le jeu offensif souhaité par Guardiola.

« Qu’est-ce qu’un homme libre ? Un joueur qui dispose d’espace pour progresser avec le ballon. Jusque-là, rien de très complexe. Sauf que tout le jeu imaginé par Pep s’articule autour de cette obsession : faire apparaître des « hommes libres », parce que « l’homme libre », c’est simplement une situation de un contre zéro. La supériorité numérique absolue qu’il importe de faire apparaître partout, au fur et à mesure de la progression sur le terrain. » (Guardiola, la loi des 32 minutes, L’équipe explore, Grégoire Fleurot, Dan Perez). Encore une fois, c’est Xavi qui en parle le mieux.

« Puyol a le ballon, il est seul. Je lui dis : monte, monte ! Et il monte jusqu’à ce qu’un adversaire sorte sur lui. Si c’est celui qui me marquait… Tranquille, je suis libre. »

La profusion d’hommes libres est rendue possible par l’animation mise en place par Guardiola. Pedro et Alves sont écartés sur le côté droit, Villa sur le côté gauche. Un losange est formé au milieu avec Messi en position haute et faux numéro neuf, Busquets est la pointe basse, Xavi et Iniesta complète le losange. Messi quitte ainsi le côté droit qui lui est destiné auparavant.

Guardiola, invité à Buenos Aires pour une conférence sur le football, explique ce repositionnement de Messi dans l’axe. « Pourquoi joue-t-il à l’intérieur du jeu ? Parce que, pour moi, les meilleurs joueurs doivent évoluer au centre du terrain. Parfois, exilé sur la droite, je trouvais qu’il participait peu au jeu. »

« Laissons le temps … »

Durant ces cinq rencontres de novembre-décembre 2010, Messi dicte le jeu du Barça avec, en plus de sept buts inscrits, sept caviars distribués dont deux contre le Real Madrid. Ses passes décisives portent le sceau du génie argentin avec des offrandes dans l’intervalle pour profiter des appels croisés au cœur de l’arrière garde adverse de Pedro et David Villa, ou parfois Bojan. Les ailiers étirent la défense dans la largeur et dans la longueur. Leurs appels croisés, de la ligne de touche vers l’axe et dans la profondeur, sont dévastateurs et leur permettent d’être à la finition (cinq buts pour Pedro et Villa, trois pour Bojan) ou de délivrer des passes décisives (deux chacun).

Avec des ailiers écartés, Iniesta et Xavi ont le champ libre pour attaquer le demi-espace. Leur projection entre le latéral et le défenseur central déconcerte la défense. Le latéral ne sait pas qui suivre. Sur le deuxième but du Barça contre le Real Madrid, l’appel d’Iniesta dans le demi-espace perturbe Sergio Ramos qui abandonne David Villa. Les déplacements de Xavi et Iniesta bousculent les défenses et leur offrent la possibilité de finir les actions dans la surface (deux buts chacun).

Lors de ces cinq matches, le FC Barcelone a inscrit 26 buts (5,2/match en moyenne) et n’en a encaissé qu’un seul (0,2/match), œuvre d’Osvaldo, attaquant de l’Espanyol Barcelone.

L’utilisation du ballon permet au Barça de désorganiser l’adversaire, mais est surtout le principal moyen de ne pas encaisser de buts. Le contrôle du ballon offre une gestion de l’espace et du temps. La circulation du ballon est favorisée par la proximité entre les joueurs avec une ligne défensive placée à la ligne médiane. Cette proximité et ce bloc haut permettent également de presser rapidement et de récupérer le ballon (dans les cinq secondes, si possible comme souhaité par Guardiola). Mais, ce placement de la défense offre également un grand espace dans le dos de Puyol, Piqué et Abidal, espace dans lequel s’engouffre Osvaldo pour inscrire le seul but encaissé par le Barça durant ce mois doré.

« Nous devons avoir l’humilité nécessaire pour laisser le temps décider de ce que nous étions ou avons été durant cette époque. Maintenant, il est facile pour nous de dire que nous avons été bien meilleurs que nos adversaires, répond Guardiola en conférence de presse après la victoire 5-0 face au Real Madrid. Mais laissons le temps juger cette équipe. Si dans quelques années, on parle encore de nous, alors on pourra dire que oui, nous avons bien fait les choses. » Le temps a parlé.

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