Benoît Paire, le changement c’est (enfin) maintenant ?

Paire s'est hissé jusqu'en finale à l'ATP 250 de Metz... (source Sports 365)

Auteur d’une semaine exceptionnelle à Metz, Benoît Paire s’est incliné lors de la finale de la 15e édition d’un Moselle Open en difficulté. Émoussé physiquement et face à un Peter Gojowczyk en feu il a été contraint de s’incliner. Analyse sur cette bonne performance, qui n’est pas anodine, et sur laquelle il peut sembler intéressant de revenir.

Pendant que les yeux de l’ensemble de la planète tennis sont rivés sur la Laver Cup, se déroulent les « modestes » tournois ATP 250 de Saint-Pétersbourg et de Metz. En effet, pour beaucoup de tournois de cette catégorie, chaque édition est une bataille pour attirer le maximum de grands noms, capables d’affrioler le public qui n’est hélas, que trop rarement massif. Et pour le coup, cette bataille n’est pas des plus simples, à ce moment de la saison. En effet, le calendrier les placent juste après une tournée américaine éprouvante, faisant ressortir la fatigue accumulée depuis janvier, après un week-end de coupe Davis et juste avant de partir en Asie. Rajoutez à cela la création de Roger Federer et sa team et on obtient cette édition 2017 du Moselle Open.

A la sortie du tableau, apparaissent toutefois quelques noms séduisants, dont beaucoup de français, comme à l’accoutumée lors des tournois disputés dans l’Hexagone : Gilles Simon, Richard Gasquet, Lucas Pouille, les têtes de série 1 et 2, Carreno Busta et le belge David Goffin.

Mais il y avait également Benoît Paire : français, 28 ans, 1m94 et 41e mondial. Même sans être un fervent suiveur de l’actualité de la petite balle jaune, son nom ne vous est sûrement pas inconnu. Et pour cause, c’est l’un des joueurs français qui fait le plus débat. En effet, son caractère et son comportement sur le court font parfois de lui quelqu’un de détesté et de détestable. On vous passera la liste de tout ce qu’a pu faire de négatif le français sur un terrain, mais on vous conseillera tout de même l’excellent « intérieur sport » consacré à son égard s’intitulant « frappés » abordant ce sujet.

Mais à Metz cette semaine, c’est le « bon » Benoît Paire que l’on a pu voir à l’œuvre. Qui dit bon Benoît Paire, dit excellent joueur de tennis, pétri de talent et capable de faire partie des 20 meilleurs joueurs du monde, comme ce fut le cas en 2015 où il atteignait alors son meilleur classement (18e). Cette finale est en effet venue récompenser un niveau de jeu et d’application très élevé tout au long de la semaine. Le meilleur exemple est sa victoire en ¼ de finale face à David Goffin. Au terme d’un match de très, très haut niveau de la part des deux hommes, le français n’a pu cacher son émotion juste après la rencontre. C’est ce qu’il confie dans son interview à Julien Reboullet pour l’Equipe :

« Je suis allé puiser au fond de moi-même. Ça fait un moment que j’attends ce genre de match. Ça fait presque deux ans que je ne joue plus au tennis comme ça, que je n’arrive pas à être relâché sur le court, que je n’arrive pas à prendre du plaisir ».

Sa récente rupture avec Shy’m n’a donc pas influencé négativement ses performances. D’un point de vue plus général, la performance de Benoît Paire témoigne d’une évolution mentale remarquée au cours de cette saison 2017. Celle-ci, encore marquée par des résultats sur courants alternatifs, a quand même vu le français réussir à prendre du plaisir et performer sur gazon, surface qu’il a par le passé, avouer détester. Une demi-finale à Stuttgart et un 1/8e de finale à Wimbledon, éliminé par Andy Murray avait annoncé une évolution de sa motivation et de son niveau. De plus le français semble dans l’ensemble beaucoup plus motivé et impliqué dans ses efforts de concentration, ce qui ne peut être que positif sur ses prestations.

Comment peut-on expliquer cela ? Lui-même le sait mieux que tout le monde, ce qu’il explique dans la même interview qu’évoqué précédemment, annonçant sa volonté de jouer jusqu’au bout, de se donner à fond sur chaque point : « T’as le droit de perdre, de mal jouer, mais joue à fond ! T’as vingt-huit ans, tu commences à avoir assez de maturité pour comprendre ces choses-là. » ; « J’ai l’envie de jouer chaque point à fond, de ne rien lâcher, pour sortir avec les honneurs à chaque fois, même si je perds. »

Ainsi, le français semble être rentré dans une autre dimension comme le montre sa réaction à la défaite, lui qui a dû s’y reprendre à deux fois avant de pouvoir prononcer son discours, rempli d’émotion.

Un déclic se serait-il vraiment produit dans la tête de l’avignonnais ? On ne peut l’affirmer, mais on peut toutefois y voir des raisons d’espérer, cette fois-ci. Il lui reste deux mois pour confirmer toutes les prouesses qu’il porte, avec cette tournée asiatique et le retour en Europe. Le principal objectif de cette fin de saison est de terminer dans le top 32 mondial afin de se rapprocher d’un statut de tête de série en Australie. Le second objectif qu’il pourrait y avoir est évidemment la finale de la coupe Davis fin novembre. Les performances des joueurs français étant cataclysmiques, tout pousse à croire qu’il pourrait avoir sa chance. Cependant, lui qui en rêve mais qui « ne souhaite pas en parler » ne semble pas y croire. Il a en effet annoncé qu’il n’avait jamais eu le moindre contact avec le staff de l’équipe de France, et cette possibilité semble donc pour le moins infime. Enfin, il s’agira aussi pour lui de digérer la fin de sa collaboration avec Thierry Champion. Celui-ci va intégrer la FFT en tant que Directeur du Pôle Haut-niveau et mettra donc fin à cette aventure, eux qui travaillaient ensemble depuis l’été 2016.

L’avenir proche de Benoît Paire s’écrit, une fois n’est pas coutume, avec des points d’interrogation. Beaucoup d’espoirs peuvent lui être portés dans un futur proche. Toutefois, ce garçon à part dans le monde du tennis ne peut nous porter de garanties. On espère cependant, pour lui et pour la beauté du spectacle qu’il peut proposer, que le changement, c’est pour maintenant.

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