Le catch, un divertissement sportif ?

The Rock VS Cena, le spectacle avant tout (source : WWE)

Aujourd’hui en France, le catch est un sport-spectacle qui rend indifférent la majorité de la population, quand cette indifférence n’est pas mêlée à un léger mépris. Il semble pourtant injuste qu’une telle discipline ne soit vu que comme un carnaval mis en scène pour faire bondir de joie les jeunes enfants et certains quarantenaires en surpoids. Nous allons donc raconter les origines de la discipline, et nous analyserons la fameuse mise en scène qui fait polémique aux yeux du public. Enfin, nous verrons à quel point la pratique de ce sport-spectacle nécessite une formation athlétique à toute épreuve, une formation qui explique la colère des catcheurs lorsque leur travail n’est perçu que comme un carnaval sans implication sportive.

 

Des origines lointaines, une évolution dantesque

Le catch est une évolution des vieilles représentations de faux combats qui avaient lieux dans les fêtes foraines Européennes et Étasuniennes au début du vingtième siècle. Il tire aussi des origines de nombreux sport de combats et arts martiaux afin que sa mise en scène soit plus réaliste. C’est pour cela que la victoire (scénarisée, bien entendu) peut être obtenue en poussant son adversaire à l’abandon ou plus principalement en lui rivant les épaules au sol pendant trois secondes, une caractéristique très nettement inspirée de la lutte amatrice.

Avec les années et les décennies, de nombreux pays y ont pris goût jusqu’à ce que la discipline soit imprégnée dans leur propre culture. Certains des exemples les plus connus sont le Mexique, avec ses masques et acrobaties flamboyantes, ou le Japon, avec une réelle inspiration des arts martiaux, et donc un spectacle bien plus combatif. Mais c’est bien du catch américain, le plus populaire dans notre société occidentale, et mis en avant par la célèbre World Wrestling Entertainment (WWE), sur lequel nous allons nous focaliser. La WWE est la compagnie qui fait le plus rêver tous catcheurs et fans de catch à travers le monde, et ceux grâce à son ancienneté et ses moyens qui lui permettent de monopoliser la plupart des catcheurs les plus attractifs en activité. De Hulk Hogan à John Cena, en passant par The Rock (un certain “Dwayne Johnson” de son vrai nom), tout le monde a déjà eu à faire aux plus grandes “Superstars” (parce que “catcheur” est un terme moins vendeur) de l’histoire. Tous ces vendredi soir passé à regarder du catch sur NT1 et toutes ces récréations passées à échanger des cartes de catch sont indirectement du fait de la WWE Mais quel est vraiment l’intérêt de regarder un immense homme blond en slip faire semblant de se battre avec un petit chauve barbu en collant ? C’est bien là que nous voulons en venir.

 

Une dimension spectaculaire

Le catch est faux, mis en scène de toutes pièces, il n’y a pas de réel débat à avoir. Il s’agit donc de la mise en scène d’un sport de combat à part, avec ses protagonistes, son règlement, ses annonceurs, championnats, arbitres et autres confrontations complètement mises en scène. Là est le problème pour beaucoup de fans de sports de combat, friands d’oppositions sanglantes et compétitives. Pourquoi regarder un “sport de combat”, sans qu’il y est une vraie compétitivité ?
La raison est simple : le divertissement ! Le même but recherché par chaque individu qui se pose devant sa télévision ou qui s’abonne à la plateforme Netflix. L’action est scriptée, mais tout comme elle l’est au cinéma, ce qui n’empêche personne d’apprécier un bon film.
Il faut donc prendre le catch pour ce qu’il est, avant de mal le juger et d’y voir un carnaval sans intérêt. Le côté divertissement de la discipline est accentué par le format du programme, avec deux heures hebdomadaires de nouvelles péripéties pour les deux émissions télévisées principales de la WWE. On y suit donc une réelle intrigue, dans un univers où chaque catcheur s’émancipe avec son propre personnage, c’est-à-dire un nom, des prises de catch qui lui sont reconnues et attribuées, une musique pour son entrée “en scène”, et une bonne ou mauvaise attitude selon le personnage souhaité par les dirigeants de la compagnie étasunienne. On se retrouve donc face à ce que l’on vend aux spectateurs comme un combat réel, mais dont les enjeux sont accentués par une intrigue continue au fil des semaines. Une intrigue qui rappellerait de nombreuses séries télévisées avec ses gentils, ses méchants, ses retournements de situations, trahisons, passions, victoires émouvantes et défaites douloureuses. Si l’attachement à l’intrigue est réel, alors les émotions seront au rendez-vous, comme elle l’est dans n’importe quelle autre mise en scène, du moment que la passion y est.

Dwayne “The Rock” Johnson, pour prendre un célèbre exemple, avait le don de faire lever les foules par son charisme, ses interventions verbales enflammées, et autres sourires de beau gosse. Il vendait le produit de la WWE comme peu l’ont fait. Pour cela, la relation d’un catcheur vis-à-vis du public et des téléspectateurs est un paramètre très important de la montée au sommet du compétiteur en question. Plus le personnage sera divertissant aux yeux des fans, plus la direction de la WWE sera enclin à le laisser se balader avec une ceinture de cuir et d’or autour des reins, s’imposant comme un visage de la compagnie.
La “Superstar” est donc un combattant haut en couleur qui, que son attitude soit bonne ou mauvaise, cherche à gagner le plus de matchs possible afin de remporter le plus de championnat possible au terme de sa carrière.

Et le catcheur est le pauvre fou qui va mettre son corps et sa santé en danger pour que ce spectacle soit réalisable, par passion ou vanité selon les protagonistes.

 

‘’N’essayez pas ça chez vous’’

Un slogan bien connu pour n’importe qu’elle personne qui s’est un jour attardé devant un programme télévisé de la WWE. Une phrase censée prévenir des dangers de la pratique du catch lorsque l’on n’est pas un ‘’athlète professionnel surentraîné’’. (Ne t’en fais pas, tu es tout à fait pardonné pour toutes ces après-midi à maltraiter ton petit-frère sur le trampoline dans ton jardin.) Car si nous avons insisté sur l’aspect scénaristique et divertissant du catch, il faut maintenant s’attarder sur la dimension sportive de la discipline. Chaque catcheur est un athlète surentraîné, assez imposant physiquement pour encaisser les chocs sur le parquet d’un ring ou encore sur le sol bétonné d’une arène. Un athlète capable d’en soulever d’autres sans pour autant blesser réellement qui que ce soit, capable de simuler certains coups, d’en encaisser d’autres, en rendant tout ce spectacle le plus fluide et réaliste possible, ce qui est à chaque fois une réussite lorsque l’on est plongé dans l’intrigue racontée. Selon les physiques et pratiques sportives, certains catcheurs se jettent depuis le haut de la troisième corde du ring, quand d’autres enferment leurs adversaires dans des clés de bras au sol ou se rue sur ce dernier, pieds et poings en avant. Chaque cascade nécessite une réelle formation disciplinaire afin de pouvoir présenter un spectacle crédible et attrayant.

Une pratique bien plus dure qu’il n’y paraît, l’apprentissage de la discipline nécessitant un an minimum de formation acharné. Mais les tragédies ne sont pas rares dans le milieu. Certains catcheurs sont prêts à tout pour faire gonfler leurs muscles afin d’être mieux perçu comme une Superstar par la WWE, très attaché à l’image de grands catcheurs “bodybuilder”. Le catch n’étant pas répertorié comme un sport, les contrôles anti-dopage sont assurés par la WWE elle-même, ce qui permet quelques supposés abus de substances en coulisse, surtout lorsque ces abus permettent une prise de masse musculaire conséquente. L’abus de substances a causé de nombreuses crises cardiaques, voire pire, chez certains catcheurs pourtant à peine quarantenaires. La pratique sportive de cette discipline nécessite un tel entraînement que beaucoup de performeurs se sont écroulés en en faisant leur métier, leur passion, leur vie.

 

La pratique de cette mise en scène de combat nécessite donc une vraie formation athlétique, dont beaucoup d’autres sportifs ne peuvent se targuer de maîtriser.
Là où beaucoup voient le catch comme un faux sport de combat complètement inutile puisque scripté, ils pourraient essayer d’y voir un divertissement semblable à une série télévisée, avec d’immenses athlètes en slip moulant en lieux et places de Jon Snow et autres Walter White.

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