Clap de fin pour Sky

Le monde du cyclisme a tremblé mercredi 12 décembre 2018. Sur son site internet, l’équipe cycliste annonçait la fin du partenariat avec l’opérateur de télévision Sky. Outre-Manche, les remerciements et les marques de soutien sont nombreux. En cas de non reprise par une autre entité, tous les coureurs devront trouver une nouvelle équipe. L’équipe anglo-saxonne aura marqué son temps, et une page de l’histoire du cyclisme pourrait se tourner ici.

Juillet 2018, Geraint Thomas s’impose sur le Tour de France, portant à 6 le nombre de victoires de la Sky sur la Grande Boucle.

La fin de l’ère des gains marginaux ?

Créée en 2010 pour remporter le Tour de France avec un coureur britannique, la Sky et son maître d’oeuvre Dave Brailsford ont marqué l’histoire de leur sport. Dès la première année, l’équipe bénéficiait d’un budget conséquent de 15 millions d’euros avant d’atteindre les 35 millions en 2018. Un monde d’écart avec le reste du peloton. Ce budget massif était et est encore aujourd’hui destiné à obtenir les meilleurs résultats sportifs. Quand la Sky fixe un objectif, celui-ci doit être atteint. La fin justifie les moyens, et pour cela chaque détail compte. Est alors apparu dans le monde du cyclisme le terme de “gains marginaux”. Cette expression est devenue le leitmotiv de l’équipe dès sa création. Le moindre petit détail est mis au bénéfice de la performance sportive. Cela passe par exemple dans des investissements coûteux dans des bus et motorhome gigantesques permettant aux coureurs de récupérer dès la ligne d’arrivée franchie.

Des précurseurs

La Sky pousse le professionnalisme à son paroxysme. Le hasard ne fait pas partie de leur politique. Pour être victorieux sur les Champs-Élysées, l’équipe se base à ses débuts autour de Bradley Wiggins. 3ème du Tour en 2009, l’Anglais passé par la piste est la figure de proue du projet Sky.

Sur le plan matériel, l’équipe n’a de cesse de rester à la pointe de la technologie. Rapidement, Wiggins opte pour un pédalier ovale  qui lui permet d’obtenir un coup de pédale plus efficace. Le succès de ce pédalier est ensuite repris par Chris Froome. Les capteurs de puissance deviennent indispensables à l’entraînement comme en course. Les stages en altitude deviennent des rendez-vous incontournables pour préparer les grandes courses. Chaque coureur est suivi quasi quotidiennement par son coach mais aussi par des psychologues, des diététiciens, des cuisiniers et autres préparateurs mentaux. La Sky ne se résume pas à quelques coachs et des coureurs. Non, c’est un ensemble qui oeuvre pour le même but : la performance. Avec ses pratiques, la Sky a révolutionné le cyclisme par le biais du professionnalisme.

Ces nouvelles habitudes ont beaucoup fait causer chez leurs concurrents. Les critiques n’ont pas tardé de la part des “anciens”, des “traditionalistes” du vélo. Leurs méthodes détonnent mais rapidement les résultats sportifs ont justifié ces investissements.

Critiqués mais copiés

En remportant le Tour de France dès 2012, après s’être imposé la même année sur Paris-Nice, le Tour de Romandie et le Critérium du Dauphiné, la Sky prouve aux yeux de tous que ses nouvelles pratiques sont efficaces. Au-delà du résultat, c’est leur manière de courir qui est pointée du doigt. Composée de coureurs de renom, qui pourraient être leaders dans d’autres équipes, la Sky étouffe ses adversaires dès que la pente s’élève. Peu importe le spectacle pourvu que le résultat soit au bout. Cette domination n’est pas du goût de leurs concurrents.

Mais à force de résultats (6 victoires sur le Tour de France, 1 Giro, 1 Vuelta), leurs adversaires commencent à mimer le modèle scientifique des Anglais. À l’image d’un Romain Bardet, les stages en altitude se généralisent pour tous les coureurs. L’utilisation des capteurs de puissance est aujourd’hui indispensable. Toutes les équipes ont investi dans des bus flambants neufs pour permettre de réduire l’écart avec les anglo-saxons. Malheureusement, copier ne veut pas dire égaler. La différence de budget entre la Sky et les autres est telle qu’il reste difficile de rivaliser avec eux.

Héritage

Outre son apport pour le monde professionnel, la Sky a oeuvré pour la démocratisation du cyclisme en Grande-Bretagne. Le nombre de pratiquants a explosé. Des courses comme le Tour du Yorkshire ou le Tour de Grande-Bretagne connaissent un succès extraordinaire.

Concernant la structure de l’équipe, celle-ci pourrait perdurer sous un autre nom si un nouveau sponsor vient à proposer un projet équivalant à celui de Sky. Par ailleurs, les efforts de Dave Brailsford pour pérenniser la structure après 2019 auraient abouti à un commun-accord avec le géant de la télévision “Sky”. La société se serait engagée à fournir 75% du budget qu’elle allouait jusqu’en 2021 afin de donner plus de temps pour trouver un nouvel investisseur.

En cas de non reprise, de nombreuses stars comme Froome, Thomas ou Bernal se retrouveront alors sur le marché des transferts. Si de l’autre côté de la Manche la nouvelle est prise avec tristesse, les fans (Français notamment) voient cette nouvelle comme une opportunité de renouveler la hiérarchie.

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