Ces commotions qui mettent le rugby K.O

Crédit photo : Panoramic

Le XV de France démarre le Tournoi des IV nations avec son nouvel entraîneur Jacques Brunel face à l’Irlande. L’occasion de revenir sur le problème encore mal connu des commotions cérébrales. Lors du choc entre Samuel Ezeala et Virimi Vakatawa, le diffuseur avait choisi de ne pas diffuser le ralenti au vu de la violence du choc.

Prévenir avant de guérir. Un souhait partagé par les professionnels de la santé déplorant un rugby toujours plus brutal et agressif. Arthur a eu sa première commotion cérébrale en Angleterre « en portant un ballon ma tête a heurté la hanche d’un défenseur, je suis resté au sol ». Une fois débout, il perd l’équilibre pendant une vingtaine de secondes. « J’étais pas mal confus, je ne me rappelais plus de certaines choses, d’où on était » décrit-il. Une commotion cérébrale se définit par l’altération des fonctions neurologiques consécutive à un choc. Durant la saison 2016/2017 du Top 14, 102 commotions cérébrales ont été avérées soit une augmentation de 35 %. La raison ? Des joueurs de plus en plus costauds et de plus en plus rapides.

L’absence de mesures coercitives représente un fléau face à ces chocs aux conséquences encore méconnues. Le risque de blessure est multiplié par quatre lorsqu’un joueur vient de subir une commotion. C’est ce qui est arrivé à Arthur, victime d’une seconde commotion qui a terminé cette fois à l’hôpital. « Le choc est intervenu au tout début de match vers 15h30. J’ai repris mes esprits dans un hôpital vers 19 heures avec comme dernier souvenir l’échauffement. On m’a raconté que j’avais joué une dizaine de minutes après le choc avant de sortir. Etant un peu sonné, je commençais à répéter les mêmes questions encore et encore. J’ai pris beaucoup de temps à récupérer la mémoire sur certaines choses ». Le joueur confie ne toujours pas se rappeler de cette journée. Un cas loin d’être isolé qui pousse les professionnels comme Jean Chazal a tirer la sonnette d’alarme. « Je suis choqué quand je vois que des joueurs de 130 kilos qui courent à 30/35 kilomètres-heure sont arrêtés par un joueur faisant 50 kilos de moins » déplore le neurochirurgien avant d’ajouter « On arrête pas un bulldozer avec une Clio ».

Jean Chazal recommande un rugby d’évitement plutôt qu’un rugby d’affrontement, voire une limitation du poids des joueurs par la création de catégories. « Il s’agit d’une responsabilité individuelle et collective. C’est quand il y aura un mort qu’on prendra des mesures draconiennes ».  Un problème de société et de générations où les plus jeunes amateurs prennent exemple sur leurs idoles. « On repère les plus forts, les plus grands et on retient les plus musclés » souligne le neurochirurgien en admettant que la Fédération Française est la plus en avance en terme de diagnostique et de prévention mais souligne une politique pas assez homogène « Faut pas que les dirigeants s’amusent à dire que c’est un sport de combat comme la boxe, j’ai déjà entendu ça » contraste t-il. Arthur lui, regrette un manque de prévention dès l’échauffement « Il a sûrement pas assez d’efforts fait sur le renforcement musculaire, et en comparaison au rugby anglais il n’y a aucun protocole de reprise ». Un sentiment partagé par Jean Chazal qui souhaiterait interdire le télescopage. Avec le nombre croissant de commotions cérébrales la FFR a mis en place un carton bleu pour sortir définitivement un joueur mais le neurochirurgien nuance « L’arbitre n’est pas un médecin, le plus difficile dans un sport à haut niveau c’est que certains troubles ne sont pas liés à un choc crânien. C’est pourquoi on dit toujours en cas de suspicion d’une commotion. On pose le diagnostique uniquement à partir de la perte de connaissance ».

Sortir les joueurs du terrains plus tôt, redéfinir les règles, adopter une prévention auprès des clubs amateurs toutes ces questions sont débattues par les professionnels du secteur. Sur l’initiative de la ligue et de la fédération française de rugby, l’observatoire médical du rugby et le grenelle de la santé des joueurs réunissent médecins, entraîneurs, préparateurs physiques, arbitres, formateurs pour une réflexion sur les blessures y compris les commotions. Ils rendront leurs conclusions au mois de mai. Jean Chazal espère « qu’ils seront entendus par les instances dirigeantes pour la mise en place de règles et d’une prévention efficace » Le rugby, un sport de voyou joué par des gentlemans.

 

Alexandra Thery

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