[ATP NEXT GEN] Corentin Moutet, le prodige français

Le mental de Corentin déterminera sa progression... (c) Lequipe / Amaury Perdriau

Le tennis français a toujours connu des hauts et des bas. Paradoxalement, c’est la saison 2017 qui a été la plus frustrante à la fois sur le court mais aussi dans les travées des stades. Et en même temps, l’équipe de France de Coupe Davis se retrouve finaliste avec la plus grande chance de remporter l’édition depuis l’arrivée sur le circuit de ceux que l’on nomme les Mousquetaires : Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gaël Monfils et Gilles Simon. Pour autant, le constat de l’exercice 2017 est alarmant du côté de la Fédération Française de Tennis puisqu’aucun français n’est présent dans le top 15 mondial. Une première depuis 10 ans !

Pour succéder à cette génération, plusieurs têtes pointent le bout de leur nez. Lucas Pouille, en bon chef de file, poursuit sa progression tant bien que mal. Mais derrière lui, un vrai trou générationnel se creuse à tel point qu’entre Benoit Paire (génération 1989) et Quentin Halys (génération 1996), il n’y a qu’un seul français dans le top 150 (Pierre-Hugues Herbert) hormis Lucas Pouille. Ainsi, c’est chez les jeunes que le tennis français cherche ses nouveaux talents. Le plus précoce est sans hésitation le fantasque Corentin Moutet…

CARTE D’IDENTITE

Nom : Corentin MoutetRésultat de recherche d'images pour "moutet corentin"
Date de naissance : 19 avril 1999
Nationalité : Française
Classement ATP (au 23.10.17) : 224e
Taille : 176 cm / Poids : 66 kg
Pro depuis : 2014
Coach : Thierry Tulasne
Style : Gaucher, revers à deux mains
ATP Comparaison : Marcelo Rios
Idole : Rafael Nadal
Surface favorite : Terre Battue
Objectif : Indéfini
Meilleur souvenir tennistique : Battre un top 70 (Malek Jaziri)

 

Champion de France toutes catégories !

Corentin Moutet frappe ses premières balles à l’âge de trois ans. Ce fan de Rafael Nadal intègre le Pôle Espoirs de la Ligue de Paris en 2007. Après une belle progression, il se fait remarquer en 2011 grâce à son titre de champion de France dans la catégorie 12 ans et rejoint le Pôle France de Boulouris. En 2013, il devient également champion de France chez les catégorie des 13/14 ans et va jusqu’en finale des championnats d’Europe Juniors dans la catégorie 14 ans. En 2014, il remporte les Championnats d’Europe Juniors dans la catégorie U16 face à Mikael Ymer. En 2015, le Français confirme sa bonne progression en se hissant en finale du tournoi Futures de Santa Margherita di Paula.

Mais c’est en 2016 qu’il va s’offrir la plus belle année de sa jeune carrière en remportant, avec Geoffroy Blancaneaux et Eliott Benchetrit, le Championnat d’Europe Juniors par Equipes à Moscou. Il gagne également 2 tournois Futures cette année là (à Solin en Croatie et à Cherkassy en Ukraine) et se qualifie pour la finale du Championnat d’Europe Juniors à Klosters.

En somme, il a juste réalisé le parcours parfait. Du moins au niveau national, en étant sacré champion des France des 12 ans, 13/14 ans, 15/16 ans et 17/18 ans cet été. Du jamais vu.

 

Un début de carrière fracassant

En 2017, Moutet oscille entre le circuit junior et les pros. Chez les juniors, il a atteint les demi-finales à l’Open d’Australie et à Wimbledon, atteignant au mieux la 7e place mondaile. Chez les pros, il atteint les demi-finales d’un Challenger à Saint-Brieuc. Puis il gagne le Future de Grasse. En septembre 2017, il réalise un mois quasi-parfait en atteignant de nouveau les demi-finales à Como puis à Séville, avant de s’imposer deux fois de suite sur des tournois Future sans perdre le moindre set, ce qui lui permet d’atteindre le 224e rang mondial à l’ATP.

Preuve de sa précocité, il a déjà battu un top 100 : Malek Jaziri (69e) au tournoi de Bordeaux. Seul Monfils avait été aussi précoce pour battre un Top 100 ! Depuis, il a battu des noms connus du circuit tels que Garcia-Lopez ou encore Gabashvili. Pas mal pour un début.

 

Un mental déjà remis en cause ?

Il serait facile de détourner ses citations sorties de son contexte : « Pour percer chez les pros, il faut être à 100% dans sa tête. Est-ce que c’est ce que je veux ? Je me pose parfois des questions ». Il serait facile de l’accabler, de s’attarder sur ses monologues de frustration, à voix haute, qui ont trahi une souffrance profonde. Il serait facile de compter les fois où il a lâché la raquette, sans jamais la briser, preuve de ses efforts pour se contenir. Il serait facile de ne pas ouvrir l’article que le journal Lequipe lui a consacré « Je pourrais tout lâcher pour la musique », en prétextant que la France a trouvé en lui un nouveau joueur incapable de se concentrer sur son tennis. Cela ferait un peu de buzz, une nouvelle fois sur son dos, et tout le monde s’en contenterait.

Et pourtant, le jeune Corentin Moutet n’est pas comme cela. Il ne faut pas parler longtemps au bonhomme pour percevoir la sensibilité qui se cache en lui. Pianiste classique à ses heures perdues, il est très émotif. Son père l’atteste. Les excès de son fils lui sont d’autant plus insupportables qu’ils ne rendent pas compte selon lui de la personnalité réelle de Corentin :

« Quand il envoie valser un arbitre, c’est juste parce qu’il est tendu. Et c’est le premier à en être triste après coup. C’est aussi le premier à aller s’excuser. Corentin est très exigeant avec lui. Il doit accepter de rater. Cela viendra. Il a besoin de repères pour se canaliser. »

Sans tomber dans un parallèle qui n’a aujourd’hui aucune raison d’être, on rappellera juste que Roger Federer a longtemps été catalogué comme un talent incapable de se contrôler avant de devenir le plus respectable des joueurs de tennis. Seul le temps nous dira si le jeune prodige surpassera ses maux.

L’émotif Corentin Moutet reste un garçon talentueux. Rémi Bourrières, rédacteur en chef adjoint à Tennis Magazine, vous en dresse le portrait :

« C’est une personnalité atypique, un écorché vif, hyper émotif et très intelligent. Corentin Moutet, c’est un garçon qui est extrêmement doué techniquement. Un gaucher spectaculaire, qui a une patte formidable, capable de faire un peu tout sur le court, amorties, chops… Et, surtout, revers à deux mains. C’est vraiment son point fort. Son revers, il le fait dans toutes les positions, à toutes les hauteurs de balles, et il est capable de le frapper sauté un peu à la Marcelo Rios. »

Corentin Moutet a tout pour devenir un jour un champion. D’abord, il a un talent évident. Son revers a deux mains est transcendant, tout comme sa patte gauche est sublime. Sa grande personnalité peut être un inconvénient, mais aussi, comme chez les grands champions, un atout indéniable. Le jeune homme n’a pas vraiment de limites de progression. Son premier gros travail sera sans doute de se détacher du regard des gens d’autant plus qu’il ne laisse personne indifférent. Mais, malgré la dureté du chemin qui mène au haut niveau, on ne saurait trop lui conseiller de faire cet effort. Un tel talent, ça ne se gâche pas.

A propos de Clément Carton 138 Articles
- Fondateur et Rédacteur en chef d'Agora Sports - 20 ans, Lyonnais, ambition journalisme sportif, EDJ Nice. Sports de prédilection : Tennis, Basketball. Suivez-moi sur Twitter : @clementcarton

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