[DEBAT] Les écarts de performance et de salaire entre le sport féminin et masculin

Différences femme-homme, un fléau en questions (source Fitadium)

En 2012, le joueur de tennis français Gilles Simon, fraîchement élu au conseil des joueurs de l’ATP, s’était permis de critiquer la répartition des revenus dans le tennis professionnel, reprochant au tennis féminin de se servir de la notoriété du tennis masculin pour profiter des revenus engendrés.
Cette intervention avait provoqué un tollé, et de nombreuses grandes joueuses réagirent rapidement pour remettre le français à sa place de l’époque, c’est-à-dire celle d’un tennisman hors du top 10. Mais il n’empêche que cet événement permit de rouvrir le débat. En 2016, Djokovic avait tenu des propos quasiment similaires, avant de s’excuser platement devant la vague d’indignations suscitées. Car aujourd’hui, il semble évident qu’il est difficile de traiter ce genre de sujets, la polémique n’étant jamais loin. Dans nos sociétés occidentales actuelles, l’égalité de salaire hommes/femmes reste un sujet essentiel, qui tend à être résolu, mais qui demeure un des combats essentiel des mouvements féministes. Bien entendu, à travail égal, salaire égal, cela semble faire sens pour la majorité des individus. Mais le cas du sport est particulier. Parce que justement, les sportifs ne sont pas payés de manière similaire pour un travail égal. On ne paye pas un athlète à la goutte de sueur, mais par rapport à ses performances. Or, les performances sportives des athlètes féminines sont inférieures à celle des athlètes masculins. Cet état de fait entraîne en partie un plus grand intérêt pour le sport masculin, donc un des revenus supérieurs pour les sportifs de sexe masculin…

La nécessité de catégoriser : le cas Caster Semenya

Il est plus difficile qu’il n’y parait de séparer distinctement les hommes et les femmes dans le sport. Avec l’arrivée de tests ADN de plus en plus développés, de nombreux cas particuliers sont apparus. Le cas des intersexués est le plus frappant. Ces individus ne peuvent être classés dans les catégories traditionnelles hommes/femmes. Dans la vie courante, cela ne pose pas réellement de problèmes, mais le sport a besoin d’assigner les athlètes dans différents groupes bien définis pour assurer un minimum d’équité.

Une affaire récente a rouvert ce débat, le cas Caster Semenya. Semenya est une athlète sud-africaine, vainqueur du 800 mètres aux Jeux Olympiques de Londres et de Rio. Une polémique éclate après les mondiaux de Berlin en 2009, dans lesquelles elle remporte la médaille d’or au 800 mètres. Ses concourantes doutent de son sexe biologique. Le CIO et l’IAAF décident alors de faire des tests pour déterminer le sexe biologique de la sud-africaine.  Il a été découvert que Semenya n’avait pas d’ovaire ni d’utérus, mais des testicules internes. Que faire alors ? La laisser concourir dans la catégorie féminine, malgré son avantage évident ? Cette affaire a pu choquer de nombreuses personnes. Mais le sport dans sa forme actuelle a besoin de catégories pour assurer une certaine égalité des chances, ou tout du moins l’illusion que chacun part à armes égales sur la ligne de départ (d’où la lutte que mènent les instances dirigeantes du sport contre le dopage). Au final, la question des personnes intersexuées est l’un des problèmes majeurs du sport contemporain, mais surtout, il met en lumière les différences biologiques qui existent entre hommes et femmes dans les performances sportives.

Vers un rapprochement des performances entre les sexes ?

Ces différences biologiques au niveau des performances athlétiques ont parfois étaient niées. Certains articles parus dans des revues scientifiques de renom annonçaient au début des années 2000 que les femmes dépasseraient, ou tout du moins égaleraient, les hommes en sport à partir de la moitié du XXIème siècle. Ils prenaient comme preuves les courbes indiquant l’évolution des records mondiaux masculins et féminins, et montraient que les records féminins augmentaient plus rapidement que les records masculins, et que les 2 courbes finiraient irrémédiablement par se rejoindre.

Mais les récents faits montrent le contraire. Les records féminins plafonnent. Si les femmes ont progressé plus rapidement que les hommes à une certaine époque, c’est sans doute parce qu’elles ont accédé aux disciplines sportives plus tard – les femmes ont historiquement toujours eu moins d’opportunités que les hommes de performer ; étant considérées comme plus fragiles au début du XXème siècle, elles n’étaient soit pas autorisées à participer aux compétitions sportives, soit cantonnées aux disciplines les moins exigeantes physiquement, le sprint par exemple – et que les gains marginaux se réduisent de plus en plus au fur et à mesure du temps. De plus, les records féminins battus entre les années 1960 et 1980 l’étaient par des athlètes issues du bloc de l’est, qui avait mis en place des programmes de dopage organisé.

Les hommes sont plus performants dans toutes les disciplines

Les records dans les différentes disciplines sportives sont têtus, les hommes semblent être plus performants partout. Il faut préciser ici que l’on parle des athlètes de hauts niveaux, et pas des sportifs du quotidien. Bien entendu, des femmes bien entraînées seront toujours meilleurs que des hommes communs, mais à niveau d’entrainement égal, et ce dans tous les sports, les hommes resteront supérieurs en termes de performance. Les écarts les plus importants se trouvent en lancer. Le record, par exemple, du lancer du javelot est 30% supérieur chez les hommes. Mais dans toutes les disciplines de course, du 100 mètres au marathon, les écarts sont toujours importants, d’environ 11%, un gouffre au niveau professionnel. Même en battant le record du monde du 100 mètres féminins, une athlète ne pourrait se qualifier pour les Jeux olympiques avec les garçons.

En sport, les différences sont parfois cruelles
Comparaison des performances entre athlètes féminins et masculins dans différents sports (TheAtlantic.com)

Des différences physiques entre les sexes

Ces différences dans les performances de chacun des sexes ont des explications biologiques. La masse musculaire d’un homme constitue en moyenne 35% de sa masse totale, contre 28% chez les femmes. Bien entendu, ces différences peuvent être dues à une socialisation différenciée, qui pousse plus les hommes à faire du sport. Mais on remarque justement qu’avant leurs pubertés, femmes et hommes sont approximativement égaux en ce qui concerne les performances sportives. Par exemple, le record du monde du 400 mètres chez les moins de 9 ans est meilleur chez les femmes que chez les hommes. C’est après, durant la puberté, que les écarts commencent à apparaître.

En effet, les garçons produisent de la testostérone, qui va entraîner le développement de leurs muscles, et leur apporter un avantage comparatif par rapport aux femmes. Les femmes ont également une quantité d’hémoglobine dans le sang inférieure aux hommes. L’hypothèse de la production de la testostérone ayant été en partie remise en cause récemment, l’explication par le taux d’hémoglobine semble la plus plausible. On remarque d’ailleurs que les écarts entre les taux d’hémoglobine entre athlètes masculins et féminins sont à peu près dans le même ratio que les écarts de performances entre les deux catégories. On peut également citer la taille du cœur, plus petit chez les femmes, comme élément explicatif, ou encore un centre de gravité plus bas, qui peut nuire à la performance dans les disciplines de vitesse.

Les athlètes féminines sont donc moins performantes que leurs homologues masculins, peut-être pour de raisons socio-culturelles (et encore, les meilleures sportives ont souvent profité du même encadrement que les garçons), mais surtout pour des raisons innées de prédispositions physiques différentes. Ces prédispositions sont d’origines génétiques. Néanmoins, il y a très peu de différences entre les gènes d’un garçon et ceux d’une fille. Les seules variations dans l’ADN se trouvent au niveau des chromosomes X et Y. Une grande partie de la différenciation des sexes vient du gène SRY sur le chromosome Y. C’est d’ici que viennent les différences traitées plus hauts. Mais comment se fait-il que, au cours de l’Histoire de l’humanité, que les gènes les plus avantageux pour les activités physiques ont été plus sélectionnés chez les mâles ?

Une sélection des gènes différenciée au cours de l’Histoire de l’Humanité

La théorie Darwinienne de la sélection naturelle est essentielle pour comprendre les différences de performances entre les athlètes masculins et féminins. Les hommes sont plus lourds, plus grands, ont des bras plus longs, plus de muscles, des globules rouges pouvant transporter plus d’oxygènes. Ils ont une masse musculaire supérieure à celle des femmes, en particulier dans le haut du corps, mais également dans le bas du corps. Ces traits génétiques ont été sélectionnés au cours de l’Histoire.

On peut expliquer ces différences génétiques par un investissement différencié entre femelles et mâles dans la reproduction. C’est-à-dire que les femelles ont besoin de 9 mois pour avoir un enfant, alors qu’un homme peut potentiellement avoir plusieurs enfants par jours. L’accès à la reproduction pour les hommes est donc bien plus concurrentiel que pour les femmes, qui elles peuvent choisir leurs partenaires. Les hommes doivent donc user des stratégies les plus audacieuses pour accéder à la reproduction, ou faire preuve de violence en éliminant leurs concurrents. Les hommes les plus forts physiquement ont donc été sélectionné au cours de l’Histoire pour devenir pères. Ceci explique donc cela, les hommes devenaient de plus en plus forts, les femmes non. La sélection naturelle (les mâles doivent être les plus forts possibles pour survivre dans un environnement concurrentiel) et la sélection sexuelle (les femelles choisissent les mâles les plus forts, pour trouver le meilleur père au niveau génétique) créent donc une différence entre les mâles et femelles chez les mammifères, et donc chez les humains. De récents travaux en génétiques confirment ce constat. Plus de femmes que d’hommes se sont reproduites dans l’Histoire, car celles-ci ont sélectionné les mâles les plus génétiquement « aptes ».  A la puberté, les hommes vont développer des caractéristiques physiques qui ont été sélectionnées au cours de l’évolution. Ils deviennent plus forts, plus rapides, plus résistants.

Il existe donc bien des différences génétiques entre hommes et femmes qui vont entraîner des différences dans les performances sportives. Bien entendu, les athlètes féminines sont des sportives exceptionnelles. Mais qui ne pourront vraisemblablement jamais faire concurrence aux masculins. Or, le sport actuel met en avant la performance absolue, parfois au détriment des performances relatives. Voilà pourquoi, la seule solution pour arriver à un sport plus égalitaire serait de supprimer les records. Mais est-ce réellement souhaitable ? Le sport peut-il être égalitaire ? Ou n’est-ce pas aller contre son essence même, c’est-à-dire la promotion de performances extraordinaires, de grands champions ? Dans le cadre du sport actuel en tout cas, ces différences de performances entre les sexes conduisent à des différences de revenus, la question morale étant ensuite de savoir ce que doit privilégier le sport, l’égalitarisme ou le culte des champions.

L’image, principal déterminant du revenu de l’athlète

Le sportif professionnel tire ses revenus de son salaire, payé par son club, ou de ses gains, dans le cadre de sports individuels, et de son image, qu’il monnaye auprès de marques par sponsoring. Bien entendu, chaque marque disposant d’une enveloppe marketing limitée, la concurrence est rude sur le marché de l’égérie sportive. Les places sont chères, les firmes recherchant toujours le meilleur produit marketing, qui sera ensuite susceptible de rentabiliser l’investissement préalable. Les revenus salariaux du sportif dépendent également de l’image de ce dernier. Les clubs de sport (tout du moins, la majorité des clubs professionnels), sont des entreprises, un peu particulières certes, mais qui doivent néanmoins assurer l’équilibre des comptes à la fin de chaque saison. Les revenus d’un club sont divers : subventions, billetterie, vente de produits dérivées, vente des droits de diffusion des rencontres, vente des actifs, mais tous dépendent de l’image du club, et par conséquent, de l’image des joueurs. Si le Paris Saint Germain investit 222 millions sur un joueur comme Neymar, ce n’est pas uniquement dû à son niveau de jeu, mais surtout aux revenus divers que son arrivée pourrait engendrer. De même, dans les sports individuels, les dotations des compétitions dépendent du plateau de sportifs proposé. Plus la renommée des concourants sera grande, plus les tournois pourront redistribuer les gains engendrés aux athlètes (exception néanmoins des dotations du tennis féminin, qui sont égales à celles des hommes).

On peut alors se demander ce qui détermine le potentiel marketing d’un sportif, ce qui le rend bankable. Est-ce uniquement des performances ? Du côté des clubs professionnels, le niveau de performance de l’athlète compte, évidemment. C’est d’ailleurs en partie ce niveau de performance qui permet au sportif de développer son image auprès du public. Il en va de même pour les sportifs individuels, qui gagnent en notoriété en devenant de meilleurs athlètes. Mais en réalité, la corrélation positive entre niveau du sportif et potentiel marketing est inexacte. Les investisseurs ne s’intéressent pas réellement au niveau de jeu, simplement à rentabiliser leur investissement (sauf exceptions de certains mécènes du sport, qui agissent plus par passions que par avidité financière). Souvent, les deux sont liés, plus un sportif est performant, plus son image est bonne.

Mais de nombreux contre-exemples existent, et sont révélateurs de la logique des investisseurs dans le monde du sport. Lorsque David Beckham signe au Paris Saint Germain, en 2013, pour un salaire très important, il n’est plus qu’un joueur en pré-retraite, loin de ses meilleures années. Mais l’investissement du club parisien aura au final été positif, parce le joueur britannique possède une aura internationale incroyable, ce qui permit donc d’accroître la notoriété du club de la capitale. Le potentiel marketing d’un sportif ne dépend donc pas de ses performances sportives. Le niveau d’un athlète est bien évidemment un des facteurs qui permet l’amélioration de son image, mais d’autres éléments sont tout aussi déterminants. Le comportement extra-sportif, l’apparence, l’attitude sur le terrain, les déclarations publiques, sont autant d’éléments à prendre en compte pour une firme. Mais le plus important reste la notoriété. Et c’est dans ce domaine que les sportives ont un problème. Le sport féminin est beaucoup moins diffusé que son homologue masculin, ce qui ne permet pas l’amélioration de l’image des sportives. Et comme la notoriété des sportives est basse, les diffuseurs ne s’intéressent que très peu au sport féminin. On peut également supposer que le public du spectacle sportif est attiré par la performance, et s’intéresse donc plus au sport masculin. Ce public étant également constitué majoritairement par des hommes, il va naturellement plus s’identifier aux athlètes mâles. Le potentiel marketing des athlètes féminines est donc assez faible, sauf pour des athlètes extraordinaires, comme Serena Williams, ou pour d’autres qui ont su parfaitement gérer leur image, en jouant sur leurs apparences avantageuses en plus de leurs performances athlétiques de haut niveau, comme Maria Sharapova ou Alex Morgan.

Des pistes de réflexion pour arriver à plus d’égalité

Si l’on considère l’inégalité des salaires entre femmes et hommes dans le monde du sport comme un problème, il faut pouvoir y apporter des solutions. La première, la plus évidente aux yeux des pouvoirs publics, serait la mise en place de quotas de diffusions dans les retransmissions des événements sportifs. On aurait donc droit à 50% de sport féminin à la télévision. Bien entendu, une telle réforme irait à l’encontre totale des forces économiques, le sport féminin n’étant pas autant suivi que son homologue masculin. A moins d’attirer de nouveaux spectateurs, mais surtout de nouvelles spectatrices, hypothèse qui semble fort peu crédible, tout du moins à court terme, les chaines serait contrainte de diffuser un événement sportif, pour au final très peu de retombées économiques. Imposer de telles règles aux chaines privées semble très compliqué, et seul le service public serait contraint à la parité, ce qui commence déjà à être le cas, pour des résultats qui seraient sans doute mitigés.

Une autre solution qui pourrait être envisagée serait de rendre les sports mixtes, les disciplines collectives évidemment, pour supprimer toute différence de niveau, pour que ne subsiste qu’un seul sport, sans genre. Séduisante sur le papier, mais très compliqué à réaliser. Premièrement, cela revient à accepter une baisse globale de la performance dans toutes les disciplines. Dans la pratique, la mise en place semble très compliquée. Outre le fait que les acteurs du sport masculin (et féminin) y seraient totalement opposés, de nombreux problèmes surgiraient. Imaginons un instant un match de basketball mixte. La tactique ne serait plus simplement de savoir comment contrer son adversaire, comment percer sa défense, ou stopper ses attaques. Il s’agirait de trouver les positions les plus adaptées pour chacun des joueurs, en fonction de leur sexe. Au basketball, les postes de pivots et intérieurs seraient sans doute réservés aux hommes, du fait de leur plus grande taille, et les postes extérieurs aux femmes. Cela donnerait lieu à une ségrégation de certains sexes à certains postes, et il en serait de même dans tous les autres sports collectifs.

Une dernière solution semble plus intéressante. Il a été démontré précédemment que les femmes ne peuvent rivaliser avec les hommes dans les disciplines athlétiques. Alors la solution pourrait être de modifier les règles de certains sports féminins, pour les rendre plus attractifs auprès du public. Aux Etats Unis, une nouvelle discipline, une espèce de football américain ou les joueuses s’affrontent en petites tenues est apparue. Et cela fonctionne, parce que le public masculin, à défaut d’y voir un quelconque intérêt sportif, y trouve son compte. Bien entendu, on peut être choqué par la nature profondément sexiste de ce nouveau sport. Mais des solutions pourraient exister, sans porter atteinte à l’image de la femme. Par exemple, modifier les règles, pour rendre les disciplines plus spectaculaires. En football, réduire la taille des buts est nécessaire, parce qu’une femme est plus petite qu’un homme. Pourquoi ne pas aussi changer les dimensions du terrain, changer le nombre de joueuses présentes sur la pelouse, instaurer des durées d’exclusion temporaire. Dans le même sport, les femmes ne peuvent rivaliser avec les hommes, mais elles peuvent se démarquer en innovant dans chaque discipline, en les rendant plus spectaculaires, en attirant un nouveau public.

La justice et le sport

Il est donc bien établi que les femmes sont moins performantes que les hommes dans les disciplines sportives, que le sport féminin intéresse moins le public, et que par conséquent, les sportives sont moins bien payées. A la suite de ce constat, il peut paraître normal de voire le sport tel qu’il est conçu actuellement comme étant cruellement injuste. Mais le sport doit-il être nécessairement juste ? Contrairement à ce qu’affirmait Le Baron de Coubertin, en sport, l’essentiel n’est pas de participer. La logique sportive veut que l’accent soit donné sur la performance. Ici, il faut bien opérer une distinction entre le sport du quotidien et ses vertus pour la santé aussi bien mentale que physique, et le sport de compétition. Le premier et d’intérêt public, et tout le monde devrait pouvoir y accéder, femmes comme hommes, handicapés comme valides. Par contre, le sport de compétition n’est pas soumis aux mêmes logiques. Ce sport se base sur une injonction contradictoire, gagner tout en restant le plus beau joueur possible. Le fair-play est donc essentiel, pour assurer une certaine éthique au sport, pour éviter que ce soit la guerre de tous contre tous. Mais au final, l’essentiel est ailleurs, l’essentiel c’est la victoire, et plus encore la performance extraordinaire. C’est l’objectif des sportifs, et c’est ce que souhaite le public. Une femme ne pourra jamais courir aussi vite et aussi longtemps qu’un homme, et il n’y aura vraisemblablement jamais de sports mixtes. Et le public ne s’intéressera sans doute jamais autant au sport féminin qu’au sport masculin, tout du moins à court terme.

Le sport féminin aura du mal à attirer des spectateurs neutres fidèles, à part lors des grandes compétitions comme les Jeux Olympiques. Le modèle actuel du sport basé sur la performance l’en empêche. A moins de trouver d’autres moyens pour attirer un public, qui plus est composé majoritairement d’hommes, la situation semble compliquée. Aujourd’hui, les campagnes qui visent à instaurer la parité dans la diffusion des sports ne fonctionnent pas, tout simplement parce ceux-ci sont moins suivis. Alors, comme dans de nombreuses autres sphères de la société, l’état pourrait mettre en place des quotas, comme expliqué ci-dessus, pour permettre une plus large diffusion. Mais alors pourquoi uniquement les femmes ? Pourquoi pas les handisports, ou les seniors ? En suivant cette logique, en quoi la performance de Robert Marchand, qui a récemment battu le record du monde de l’heure des plus de 105 ans en cyclisme a-t-elle moins de valeur que celle d’un cycliste du tour de France ? Ici se trouve le problème. Les quotas ne peuvent pas fonctionner dans le monde du sport, parce que justement le sport n’est pas égalitaire. Il paraîtrait complètement insensé d’imposer des quotas de pygmées dans une équipe de basket, ou d’obèses dans une équipe de foot. Parce que le sport est dans son essence même injuste. Et parce que c’est cette injustice qui fait son charme.

 

Source principale :

  • David Epstein, Le gène du sport, « Talent Sport », 08 Octobre 2014.

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