Flushing Meadows : Une semaine pas comme les autres

Rublev, une des révélations du tournoi, confirme les attentes placées en lui... Crédit Eurosport

Au terme de sa première semaine, la 134ème édition de Flushing a d’ores et déjà booké sa page dans les annales du tennis. Non pas que le niveau de jeu y ait été remarquable. Non pas qu’elle ait été le théâtre de marathon fulgurants. Non pas qu’elle ait apportée quelques nouveautés dans le jeu. Non, l’US 2017 est différent en l’originalité de son tableau, de la partie inférieure de son tableau. Celle là qui constitue le sentier semé d’embûches pernicieuses. Ce chemin qui dans un cas est traversé par le favori, dans l’autre, par son irréductible ennemi. Ennemi correspondant généralement à une tête de série… défaite parfois par un alter ego, cet autre sérieux prétendant au titre, ou par une jeune pépite lors d’un duel fratricide. Autant de scénarios qui promettent une finale au sommet. Mais non, cet opus étasunien est coruscant sans ressemblance aucune avec la Guerre des Étoiles. Certains le qualifieront même de « pourri », « raté », « ennuyeux »… Néophytes, amateurs, fans, amoureux de la petite balle jaune, non ! Prenez le tennis du bon coté, aimez, appréciez, dégustez, savourez quelques passing et autres lobs dans la fournaise américaine.

L’année dernière, au même moment, Roger Federer, suivi quelques semaines plus tard par Rafael Nadal, stoppait sa saison. À leur retour en janvier, ils annonçaient la couleur des mois à venir lors d’un Open d’Australie unique, achevé en apothéose sur une finale historique, remportée par le suisse au cinquième (6-4 ; 3-6 ; 6-1 ; 3-6 ; 6-3). À la suite de quoi, le roi de l’ocre retrouvait sa couronne à Paris, tandis que le prince du gazon revêtait son costume mi-blanc mi-dorée de vainqueur. À plus de trente ans, un tel coup d’arrêt avait étonné nombre d’analystes. Le scepticisme sur les futurs chances du duo Fedal allait bon train. Paradoxalement, les résultats étaient au rendez-vous. Recette magique ? Possible. Recette en tout cas imitée par la flopée de poids lourds à l’orée du Grand Chelem new-yorkais. Novak Djokovic, Andy Murray, Stanislas Wawrinka, Milos Raonic, Kei Nishikori, Daniel Evans. À cette hécatombe avant l’heure, vinrent se greffer deux éléments fatidiques. Un tirage au sort condamnant Rafa et « Rodgeur » au morceau supérieur du tableau, impliquant tout au plus, une demi-finale entre les deux hommes. La chute précoce d’outsiders non-négligeables dans la zone inférieure.

Pour ne retenir que les coups de tonnerres les plus retentissants de l’été, citons la contre-performance d’Alexander Zverev au second tour face à un Coric survolté (3-6 ; 7-5 ; 7-6 ; 7-6), la désillusion de l’ultime espoir français Lucas Pouille contre un Diego Schwartzman tenace (3-6 ; 7-5 ; 7-5 ; 7-6). Ce même Schwartzman était le bourreau quelques jours plus tôt du finaliste de Wimbledon, Marin Cilic (4-6 ; 7-5 ;  7-5 ; 6-4). Sans oublier l’abandon de Gael Monfils au troisième tour et les défaites de Grigor Dimitrov, qui réalisait jusqu’à début septembre, une saison pleinement satisfaisante, de Nick Kyrgios, Thomas Berdych, Jack Sock, John Isner…

Alors que les huitièmes de finales battent leur plein à l’heure ou sont écrites ces lignes, il serait vraisemblablement injuste de conclure une description de Flushing 2017 sans mentionner Denis Shapovalov. Énième est-européen ayant bourgeonner dans les pas des Marin Cilic, Youzhny et autres Thomas Berdych ? Loin de là, il constitue en réalité la relève canadienne, derrière Milos Raonic et Valek Pospisil. Agora Sport publiera dans peu de temps un article plus détaillé consacré cette nouvelle figure de la NextGen. On se contentera ici de découvrir qu’à tout juste dix-huit ans, il réalise des petites merveilles. Tombeur de Rafa à Montreal le mois dernier, il a du traverser l’épreuve des qualifications pour intégrer le tableau finale ici et éliminer successivement Daniil Medvedev (7-5 ; 6-1 ; 6-2), Jo Wilfried Tsonga (6-4 ; 6-4 ; 7-6), Kyle Edmund (3-6 ; 6-3 ; 6-3 ; 1-0 ; A), avant de butter sur Pablo Carreno-Busta, solide comme un roc (7-6 ; 7-6 ; 7-6). Son revers une main, une pure merveille, dément les détracteurs de ce joyaux de l’élégance tennistique. Mats Wilander lui, a déceler la formule le caractérisant le mieux : « Il a le feu de Nadal et la grâce de Federer ».

Alors que Nadal s’est aisément qualifié pour les quarts en dominant un Dolgopolov absent et fragile (6-2 ; 6-4 ; 6-1) et qu’Andrey Rublev a confirmé son rang d’espoir en pulvérisant David Goffin (7-5 ; 7-6 ; 6-3), Dominic Thiem et Juan Del Potro refont l’histoire… ou du moins la poursuivent. C’était il y a une année jour pour jour, au même stade de la compétition. La tour de Tandil abandonnait son match face au néo-Muster. Le destin a décidé que ces deux monstres achèvent leur spectacle. Probablement le plus digne des huitièmes de finales.

Pour toutes ces raisons, la 134ème édition de Flushing Meadows demeure malgré tout à voir. Et pour cause ! Harvey a peut-être fait un détour par New-York…

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