[FOCUS] Ski de vitesse : Célia Martinez et Simon Billy, une vie à plus de 200 km/h

Les bâtons de ski de vitesse doivent mesurer au moins un mètre et le poids de la paire ne doit pas excéder les 2 kilos. (© Tous droits réservés)

Célia Martinez et Simon Billy sont les portes étendards du ski de vitesse français, sport où la préparation mentale et du matériel est prédominante. C’est l’unique sport terrestre où des humains effectuent des pointes à plus de 200 km/h sans moteur ni pollution.

« Karine pose le cerveau au départ, elle en garde juste un petit bout ». C’est ce que disait la snowboardeuse Isabelle Blanc de sa grande rivale Karine Ruby au tournant des années 2000. Cette citation colle, aussi, exactement aux spécialistes du ski de vitesse. Passer de 0 à 200 km/h en seulement 6 secondes ? « La sensation est énorme. C’est hallucinant, grisant, un shoot d’adrénaline. Je suis dans ma bulle, je n’entends rien du tout. Je vis le moment présent », réponds Simon Billy, vice-champion du monde cette année chez lui à Vars, sur la mythique piste des Chabrières. Plus que les titres mondiaux ou les globes de cristal, les K.L.istes (pour kilomètre lancé [KL], l’autre appellation de ce sport) visent le record du monde. « C’est l’essence même de ce sport », répondent en cœur le Varsinc et Célia Martinez, numéros trois mondiaux en 2019. « Il est hors de question que je n’ai pas le record un jour. Le but est de passer la barre des 260 km/h », renchérit le fils de Philippe, recordman du monde (243.902 km/h) de 1997 à 1999, alors que les meilleures marques actuelles sont la propriété des Italiens Ivan Origone (254.958 km/h) et Valentina Greggio (247.083 km/h).

Les skis mesurent 2,40m et la paire ne doit pas excéder les 15 kilos.
(© Jan Farrel Media)

« Les skis, c’est comme des Pokémon »

Pour atteindre cette excellence, la préparation du matériel (skis, casque, ailerons, bâtons, combinaison) est primordiale. « On n’est pas professionnels en tant que skieur de vitesse mais, si on doit aller chercher des perfs’, il faut avoir une démarche professionnelle toute l’année, commence Simon Billy. Il faut concilier les compétitions, la préparation physique et des skis ainsi que le travail [Simon travaille avec son père dans l’immobilier, Célia Martinez est ingénieure chez Michelin, ndla.] : l’année est donc bien remplie. » D’autant que le fartage des planches est quelque chose de très compliqué : « C’est un peu comme les Pokémon, il faut les faire évoluer si on veut qu’ils soient bons », image Billy. En plus de tout cela, les skieurs de vitesse se déplacent l’été venu dans des souffleries pour tester leur position, à la manière des cyclistes pour le contre-la-montre. « La soufflerie est très bien pour la théorie : skier la position idéale est difficile parce qu’elle est très instable. Mais c’est un bon outil pour tester l’aérodynamisme de notre matériel », confirme Célia Martinez. L’Auvergnate, preuve des petits moyens disponibles en KL, fabrique ses ailerons avec un élément inattendu : « La pièce pour l’aérodynamisme, chez moi, est fabriquée avec des sets de table (rires). C’est du bricolage », assure-t-elle, amusée.

Tous les skieurs de vitesse ont la même combinaison plastifiée, le but est qu’elle soit le plus lisse possible, dans un souci d’aérodynamisme. (© Jan Farrel Media)

Un mental à polir

À des vitesses pareilles, les carrières des K.L.istes ne tiennent qu’à un fil, celui reliant leurs skis à la neige. Une chute, et tout est remis en cause. La peur est-elle toujours présente ? « Je ne pense pas à la chute, à la blessure. Si ça arrive, ça arrive. Je touche du bois et je n’y songe pas », certifie Célia Martinez. Simon Billy, lui, dit n’avoir plus peur, malgré une lourde chute il y a deux ans : « Ça a été un vrai traumatisme. Mais, au final, c’est plus fort que moi. Pendant la rééducation, je ressentais comme une vague de ski de vitesse déferler en moi, c’est impossible de lutter contre ça ». « Depuis cette saison, je vois un préparateur mental [contrairement à Billy, ndla.]. C’est vraiment important de travailler ce point, autant que la condition physique », révèle la sœur de Cléa, elle aussi skieuse de vitesse. En kilomètre lancé, il faut non seulement avoir le corps solide comme un roc, un matériel préparé à la perfection mais aussi une tête prête à subir une pente allant jusqu’à 98% d’inclinaison à Vars, le temple du ski de vitesse.

Le casque recouvre la totalité de la tête du skieur. (© Jan Farrel Media)
3 questions à… Simon Billy et Célia Martinez, skieurs de vitesse
 
D’où vous vient cette passion pour le ski de vitesse ?
Simon Billy : « Ça vient de mon père et de sa carrière avec le record du monde. J’ai vécu ça étant gamin, sur le bord de la piste. Au départ, il ne voulait pas que j’en fasse parce que c’était trop dangereux. Mais mon frère et moi on s’y est mis et il nous a accompagné pour faire ça en sécurité. Aujourd’hui, mon frère et lui me coachent. On fait ça en famille, c’est une aventure humaine qu’on partage. »
Célia Martinez : « Je me suis mise au ski alpin toute petite parce que ma mère était monitrice. Le ski chez moi c’est de famille. Après j’ai toujours aimé les sensations fortes, la vitesse. J’ai commencé le ski de vitesse par le Challenge Quicksilver qui permet aux enfants de s’initier à ce sport à partir de 6 ans. J’ai eu des résultats en ski de vitesse qui m’ont permis d’être en équipe de France. »
 
Le ski de vitesse, c’est un peu une affaire de famille avec les Billy, les Montès et les Martinez en France ainsi que les Origone en Italie, comment l’expliquez-vous ?
CM : « Je pense qu’à la base, on est poussé par nos parents dans un sport. Nous on est toutes les deux (elle et sa petite sœur Cléa, ndla.) dans le ski de vitesse qui est quelque chose de très prenant. C’est un sport familial. C’est une émulation, une compétition entre nous : c’est aussi une force d’être en famille dans ce sport. »
SB : « Je ne sais pas, il y a des fratries qui se disputent un peu le truc. C’est très rigolo de voir des familles comme ça se disputer les victoires. »
 
Des ambitions olympiques pour votre sport ?
CM : « Je ne sais pas. J’espère que ce sera une discipline olympique par ce que c’est un sport qui mériterait d’y être, au même titre que des disciplines du ski alpin. C’est quelque chose qui intéresse les gens. Sur les compétitions, les gens restent, regardent, son impressionnés. »
SB : « On me la pose souvent cette question. C’est très difficile d’y répondre. C’est une discipline qui plait beaucoup. Ça avait fait la deuxième plus grosse audience à Albertville en 1992 (le ski de vitesse y était sport de démonstration, ndla.) derrière la descente de ski alpin, la discipline reine des sports d’hiver. On tient un truc avec le ski de vitesse. Le problème, je pense, c’est qu’aujourd’hui, on a raté un virage et c’est considéré comme encore trop dangereux. J’espère de tout cœur qu’on y sera un jour. Mais, moi, je suis assez pessimiste. »
A propos de Florian Burgaud 89 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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