[FOCUS] Snowboardcross : entre sous-médiatisation et précarité

Le snowboardeur niçois Ken Vuagnoux est actuellement en stage à la SNCF dans le cadre de sa Licence de management-commerce-vente. (© Tous droits réservés)

Il est difficile de vivre des sports d’hiver. De nombreuses disciplines, sous médiatisées, souffrent d’un manque cruel de ressources financières. C’est le cas du snowboardcross, sport mettant aux prises quatre ou six riders en même temps sur un parcours mêlant sauts et virages.

La saison 2018/2019 de snowboardcross est terminée. L’occasion pour le Niçois Ken Vuagnoux, blessé lors des Mondiaux disputés début février aux États-Unis, de faire le bilan. « C’est dommage d’arrêter la saison au milieu »*. Cependant, plus que ses résultats sportifs actuels, c’est l’avenir qu’il craint. « C’est compliqué de pratiquer ce sport de par les dépenses qu’il engendre. La FFS (Fédération Française de Ski, ndlr.) nous aide pas mal mais on paye quand même une bonne partie, explique-t-il. À cause des coûts, beaucoup de gens arrêtent précipitamment sans avoir eu la chance de toucher au haut niveau, comme Pierre Ramoin le petit frère de Tony, médaillé olympique à Vancouver en 2010 ». On touche ici à un des grands problèmes du boardercross : sa précarité.

La difficulté de vivre du snowboardcross

Plusieurs membres de l’équipe de France avouent donc qu’ils n’arrivent pas à vivre du snowboard. « Il faut être top snowboardeur mondial pour gagner de l’argent, donc il est vraiment très difficile de pouvoir en vivre », confie Benjamin Gattaz qui avait monté une opération de crowdfunding en 2017 pour financier une partie de son hiver. La Septimontaine Manon Petit-Lenoir, un podium en Coupe du monde et un titre olympique de la Jeunesse en 2016 en Norvège, suit son homologue masculin : « Je n’en vis pas encore, il faut vraiment être dans le top mondial pour cela. Il me reste encore quelques caps à passer ». « Les sous qu’on peut gagner sur les courses payent les frais de la saison mais pas plus » selon Kim Martinez, Chamoniarde présente au niveau Coupe d’Europe. Les raisons de cette difficulté à vivre du snowboardcross sont nombreuses.

Faible médiatisation, petit budget

Comme c’est un sport peu médiatisé, les partenaires potentiels ne se bousculent guère devant les chaumières des athlètes. « Je pensais que j’allais pouvoir trouver plus facilement des soutiens par mon statut de membre de l’équipe de France mais j’ai encore du mal à vendre mon image », reconnaît Léo Le Blé, vice-champion de France 2018. Loan Bozzolo, champion du monde juniors au début du mois d’avril en Autriche, est sur la même longueur d’onde : « C’est compliqué de trouver des sponsors, un compromis avec des entreprises. » En plus de cela, les moyens donnés par la FFS ne sont pas énormes. « En snowboard nous avons beaucoup moins de budget qu’en ski car c’est un sport moins reconnu », rapporte Benjamin Gattaz. Propos complétés par Kim Martinez, avec un exemple criant : « Il y a un énorme fossé entre nous et des sports exposés alors qu’une étude sur les JO de Sotchi 2014 avait montré que le pourcentage de personnes ayant regardé toutes les disciplines du ski alpin était moindre que celui du seul snowboardcross. »

Un snowboard de compétition – ici celui de Pierre Vaultier double champion olympique en titre – coûte environ 1000 euros, il en faut au moins deux aux athlètes pour disputer un hiver. (© Loïc Venance/AFP)

Les parents comme recours

Pour pallier cette précarité sportive, les snowboardeurs – tous jeunes – continuent les études l’été grâce à des années aménagées. « Au Pôle France, le lycée se fait en quatre ans », confirme Kim Martinez. « Il est important de continuer les études », continue Holly Roberts. Néanmoins, entre les études et le snowboard – deux activités qui payent peu –, les athlètes se retrouvent coincés. « J’ai peu de temps de libre en dehors du sport, il est donc impossible pour moi d’avoir un contrat d’insertion professionnelle », divulgue Léo Le Blé. Pour atténuer ce manque de finances et donc cette précarité du snowboardeur, les parents sont présents. Manon Petit-Lenoir ou Ken Vuagnoux vivent encore au domicile familial. Ceux de Benjamin Gattaz l’aide beaucoup : « Ce sont mes parents qui financent mes saisons et mon matériel », dévoile-t-il. « Je subsiste comme ça », termine l’Azuréen Vuagnoux. Le verbe subsister est vraiment celui qui sied le mieux au monde du snowboardcross.



Le contre-exemple Nelly Moenne-Loccoz

Nelly Moenne-Loccoz, du Grand-Bornand, est une des rares spécialistes de snowboardcross à vivre de son sport. « Je ne peux pas dire que je suis précaire, je le suis juste dans le sens où je n’ai pas fait de podium cette saison, donc je n’ai pas eu beaucoup de primes de courses. Ça me laisse moins de possibilités. Mais sinon j’ai quand même un emploi avec la gendarmerie nationale et donc un salaire mensuel qui rentre. Et puis j’ai deux/trois partenaires institutionnels comme ma station du Grand-Bornand ou la Caisse d’Epargne qui me permettent de vivre du sport, jusqu’à présent ». Très rapidement, ce sera le cas aussi de Manon Petit-Lenoir, soutenue par de nombreux sponsors : « J’ai des sponsors qui ne me lâchent pas, dans les bons ou les mauvais moments ils sont toujours là. C’est une grande chance de pouvoir compter sur eux », indique la Haute-Savoyarde.



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A propos de Florian Burgaud 83 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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