[FOCUS] Télémark : Philippe Lau et Amelie Wenger-Reymond, champions modestes

Après plus de quatorze années à écumer le circuit de la Coupe du monde de télémark, Philippe Lau tire sa révérence. (© Michel Cottin/Agence Zoom)

Il y a quelques jours, le télémarkeur français Philippe Lau a officiellement annoncé prendre sa retraite. Avec son départ du circuit mondial, c’est la fin d’une époque pour ce sport. Mais si le skieur de Méribel s’arrête, la Suissesse Amelie Wenger-Reymond reprend le flambeau de l’humilité, cher au télémark.

Philippe Lau a terminé sa carrière le 31 mars dernier par une ultime victoire, sa cinquième aux championnats de France. C’est aux Houches (Haute-Savoie) que le plus gros palmarès du télémark mondial a mis fin à une belle et riche vie de sportif. « C’est définitivement la fin. Je suis très satisfait de ma carrière et fier d’avoir fait tout ça »*, raconte le frère de Chris et de Sven, tous deux déjà retirés. On ne peut effectivement pas parler de « Phil » sans parler du reste de la fratrie. « On était un peu les pionniers du télémark, rapporte le néo-retraité. Peut-être que dans 10 ans, des Lau réapparaîtront », se délecte-t-il dans un sourire.

Un champion apprécié et humble

Le triple vainqueur du classement général de la Coupe du monde a une certaine côte de popularité sur le circuit. La Suissesse Amelie Wenger-Reymond, véritable cannibale du circuit féminin, est admirative : « Phil fait vraiment partie de la famille du télémark, il en a marqué l’histoire. C’est une grande perte, il va manquer sur le circuit », confie-t-elle. La Haute-Savoyarde Argeline Tan-Bouquet poste régulièrement des photos sur les réseaux sociaux la montrant accompagnée du patriarche de l’équipe de France sur les podiums du monde entier. Le jeune Noé Claye, médaillé de bronze mondial cette année à Rjukan, est extatique à l’évocation de son aîné :
« Il a été pour moi un exemple non pas techniquement car mon ski est très différent du siens mais dans son mental et son analyse des courses, il a toujours les petites choses qui font gagner du temps. » Phil Lau, une légende du télémark ? « Pour ma part, je ne le sens pas vraiment comme ça, moi je suis une personne comme tout le monde, commence l’humble Savoyard. Après c’est sûr que sur le papier, par rapport aux résultats, oui je le suis. » Voilà qui pose le personnage, tout dans la retenue malgré des résultats exceptionnels.

Maman Wenger-Reymond, modeste et perfectionniste

La modestie du benjamin des frères Lau est connue, comme celle d’Amelie Wenger-Reymond. Cette Suissesse est pudique à l’évocation de son palmarès. « J’ai gagné plusieurs titres de championne du monde et sur le circuit Coupe du monde », répond cette sportive de haut-niveau, également gymnaste. Pudique parce que, depuis ses débuts en Coupe du monde au mois de janvier 2007, elle a amassé 141 victoires en 191 départs et 13 titres mondiaux. La saison écoulée a encore été un carton plein pour la Valaisanne vainqueur des quatre globes de cristal et de trois titres planétaires. Le tout après une pause maternité : « On ne sait jamais dans quel état on va revenir. Il y a plusieurs paramètres qui entrent en jeu. Je suis vraiment très contente de cette saison. Mais il y a encore des choses à améliorer, il faut les travailler en vue de la saison prochaine », assure-t-elle, déterminée à encore s’améliorer malgré des productions proches de la perfection. « Ces performances sont surhumaines, ces résultats incroyables. Même maintenant qu’elle a un enfant, ça ne change rien, elle est toujours au top niveau », témoigne Phil Lau, impressionné.

Une frustration olympique partagée

Enfin, un autre point rejoint les deux stars du télémark : la frustration de ne pas voir leur sport devenir olympique. La Fédération Internationale de Ski (FIS) a proposé au Comité International Olympique (CIO) de l’intégrer au programme des Jeux de Pékin 2020, sans succès. « On y a cru un peu », commente l’Helvète, déçue. Phil avoue qu’une décision favorable lui aurait fait continuer sa carrière : « Ça m’aurait permis de me relancer et de me dire ‘’Allez, je repars pour quatre ans’’, pour au moins participer une fois à cette fête. » Une joie que ne connaîtra malheureusement jamais le télémarkeur miribelois. Il ne pourra pas vérifier cette citation de François Bonlieu, champion olympique à Innsbruck en 1964 : « Être champion olympique, c’est le départ d’une autre carrière. »



Le télémark, quézako ?

Le télémark est un sport considéré comme l’ancêtre du ski alpin où les talons ne sont pas fixés au ski. Cela permet de faire des virages harmonieux. « Ce mouvement fluide où on peut beaucoup plus amortir les chocs, c’est vraiment quelque chose que j’aime bien », avoue Amelie Wenger-Reymond. Trois disciplines composent ce sport : ils mêlent tous les trois composantes du télémark, soit le géant, le saut et le skating (avancer en poussant avec les bâtons). « Mettez un alpin, un fondeur ou un sauteur avec leur matériel dans notre format de course, ils seront moins rapides ! », s’amuse Noé Claye. Wenger-Reymond explique les différences entre les trois épreuves : « Il y a la classique qui est la discipline la plus longue, jusqu’à trois minutes de course, avec parfois deux parties de skating, des éléments autres comme des bosses et des pressions. C’est vraiment très complet. Après il y a le sprint qui est en deux manches plus courtes, avec toujours les mêmes éléments. Enfin, la dernière arrivée c’est le sprint parallèle où il y a des duels. »



La vidéo des Mondiaux de Rjukan

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A propos de Florian Burgaud 83 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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