Forte monétisation du football moderne : de la passion à la consommation

1982, le futur triple ballon d’or Michel Platini est transféré à la Juventus Turin contre une somme d’un peu plus d’un million d’euros. L’argent, ses flux et ses grosses sommes sont d’ores et déjà présents dans l’économie du football. Cependant, le sport national est accessible à tous, dans sa pratique comme dans son suivi. Pas forcément une passion pour tous, le football possède tout de même une image excellente, dotée de valeurs de partage, de rassemblement et de passion. La concurrence sportive s’exerce sur le terrain dans les compétitions nationales comme européennes. Une équipe de championnat amateur bat même le Paris-St-Germain en Coupe de France. L’information sportive est consacrée aux résultats. Le football est populaire.

Une trentaine d’années plus tard, la donne a changé. Neymar est transféré au club de la capitale française contre une somme de plus de deux cents millions d’euros. Un joueur moyen de seconde division est lui acheté par un club anglais pour une somme de dix millions d’euros. Au-delà de la comparaison entre le talent des joueurs cités et l’ancien numéro dix des bleus, les montants dérisoires des sommes évoquées ont entre autres bouleversées l’image du football en France et à travers le monde. Alors que nombreux sont les perdants, difficile de trouver de véritables gagnants en termes sportif. Quels effets a donc eu cette monétisation massive du football sur ses acteurs ?

Un sport difficile à suivre, une passion qui s’éloigne

Les différents acteurs décisionnels des instances du football français et international veulent faire de ce sport un produit. « Contraints » de nourrir les clubs pour alimenter les flux économiques, ces derniers ne songent qu’à l’augmentation des droits télévisés pour faire évoluer le football. Avec des places de plus en plus chères (excepté dans certains clubs de milieu de tableau), des diffusions sur des chaînes payantes variant tous les deux, trois voire quatre ans, suivre le football pour des passionnés d’une classe dite populaire est presque devenu « Mission Impossible ». Fédérateur et accessible il y a quelques temps, l’image du football comme un bien commun relève aujourd’hui d’une utopie. Hormis les matchs de l’Équipe de France (boycotté par certains à cause des diverses tensions et faits divers autour de cette équipe ces dernières années) et certains matchs de Coupes Nationales, les matchs ne sont pas accessibles à la télévision. En ce qui concerne l’information, les médias (dont nous-mêmes en écrivant ce papier), évoquent le football à 75% en parlant de ses affaires, ses transferts, ses coulisses. Pour ce qui est de voir des buts à la télévision, dans une émission telle que Téléfoot (pour ne citer que), dans un journal télévisé ou sur une chaîne d’information sportive, rares sont les buts diffusés, faute de droits… Ainsi, pour s’informer de l’actualité sportive, être libre de la filtrer, voir des matchs de Ligue des Champions ou de Ligue 1, seules les personnes sachant accéder aux sites de streaming et se connecter aux réseaux sociaux et autres sites d’informations bénéficient d’un accès au football. Et encore, la qualité n’est pas optimale et l’accessibilité pas du tout pratique.

Le football bientôt amputé de ses plus fidèles suiveurs ?

Passant de l’image d’équipe et d’institution familiale, les clubs sont eux aussi touchés par la forte monétisation du football. Bien que les jeunes s’arrachent les maillots de Neymar, M’Bappe et Lacazette, le capital image des clubs est en baisse, faute à un système qui attire beaucoup moins les passionnés aux âges plus confirmés, mais aussi à un système avec un coût important (places de matchs, abonnement TV, produits dérivés…). À domicile, à l’extérieur, comme parfois à l’entraînement et souvent sur les réseaux sociaux, les supporters tentent tant bien que mal de conserver leur appartenance à ce football populaire, pourtant en voie d’aseptisation et de transformation vers un produit de luxe. Les stades se vident, les instances demandent de l’ambiance pour mieux vendre à l’international le championnat de France mais interdisent les supporters de déplacement, les sanctionnent de huis-clos pour des fumigènes ou envahissement de terrain après une qualification héroïque en Coupe… et même parfois de mettre l’ambiance dans les stades. Les Ultras, porteur d’un football populaire grâce à leur fidélité, leur dévouement à travers leurs chants et animations en tribunes sont pointés du doigt comme responsables des grands maux du football. Incohérent ? Vous l’avez vous aussi pensé.

Alors que la question de savoir si le football peut rester populaire nous habite, une chose demeure certaine : le football évolue avec certitude vers un modèle qui fait passer l’économie avant le sport, en évitant de réparer les dommages de ce modèle…

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