[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Laura Gauché : “Les Jeux ça représente un rêve d’enfant”

Laura Gauché hors piste. (© Tous droits réservés)

Les Jeux olympiques d’hiver 2018 c’est dans presque un mois ! Le compte à rebours est plus que jamais lancé : tic, tac, tic, tac ! Agora Sports a décidé, avant cette grand-messe des sports blancs, d’interviewer des sportifs français qui feront ces Jeux, normalement. Après la sauteuse à ski Lucile Morat qui s’est laissée tenter sans peur, place à la descendeuse Laura Gauché, membre de l’équipe de France de ski alpin depuis plusieurs hivers. La skieuse de Tignes se livre sur son début d’hiver ainsi que sur sa carrière commençante mais déjà longue. Elle nous évoque aussi son appétence pour le Super-G plutôt que pour la descente, ses rêves olympiques et l’équipe de France de vitesse. Enfin, Laura Gauché se confie sur le choc qu’a été l’annonce du décès de David Poisson, qui reste toujours dans nos cœurs.

Quelles sont vos sensations en ce début d’hiver olympique, à la suite des trois premières étapes de Coupe du monde de Lake Louise, St. Moritz et Val d’Isère ? 

“J’ai de très bonnes sensations en ce début d’hiver, la confiance est là et ça fait plaisir. J’avais fait une bonne préparation cet été et cet automne je me sentais prête pour bien attaquer la saison. Malgré une préparation entre les groupes coupe d’Europe et coupe du monde j’ai su m’y retrouver. Pour l’instant,  j’ai réussi à être régulière et à marquer des points sur les trois premières tournées, il faut continuer à construire là-dessus.”

Vous avez fait votre apparition en équipe de France seniors en janvier 2014 à Altenmarkt, racontez-nous comment c’était, dans quel état d’esprit vous étiez.

“C’était une qualification très inattendue pour moi, en effet je faisais de bons résultats en coupe d’Europe mais je n’avais pas pensé faire de coupe du monde aussi rapidement. J’étais agréablement surprise qu’on me donne ma chance aussi vite. J’étais assez jeune (18 ans) et sans expérience aucune mais j’ai beaucoup aimé cette piste. J’étais simplement contente d’être là et j’y suis allée avec l’insouciance de la jeunesse. C’est à ce moment-là que je me suis rendue compte de l’énorme cap à passer entre la Coupe d’Europe et la Coupe du monde. Le niveau est plus élevé bien évidemment mais ce qui change le plus c’est la difficulté et la longueur des pistes.”

La skieuse française Laura Gauché en décembre dernier à la piste OK de Val d’Isère. (© Alain Grosclaude – Agence Zoom)

Après 22 départs en Coupe du monde sans marquer de points, vous entrer dans les 30 lors du Super-G de Garmisch-Partenkirchen de janvier dernier. Un soulagement ? Une libération ? 

“C’est vrai qu’il m’a fallu assez longtemps avant de marquer mes premiers points en Coupe du monde… J’ai été mise dans le bain très jeune, je n’étais peut-être pas prête. Mais cela ne sert à rien d’en reparler car on ne saura jamais si en ayant fait d’autres choix mon parcours aurait été différent. Chacun à son parcours, le principal étant d’y être parvenue. Effectivement, rentrer dans les 30 a été un énorme soulagement car après chaque départ en Coupe du monde sans points à l’arrivée, une pression supplémentaire s’ajoutait à la peur de ne pas y arriver.”

Régulièrement – jusqu’à l’hiver dernier – vous faisiez des allers-retours entre la Coupe du monde et la Coupe d’Europe, n’était-ce pas trop difficile à vivre ? Comment le preniez-vous ? D’ailleurs, vous avez signé deux podiums à Davos en Super-G ces deux dernières saisons, c’est votre piste fétiche ?

“J’ai été pendant 3 ans dans cette situation à faire des allers-retours entre la Coupe d’Europe et la Coupe du monde. Ce n’est pas facile car à chaque fois, on change de staff, de groupe on n’a pas réellement de repères, mais c’est comme ça, il fallait faire avec ! J’avais un niveau intermédiaire qui ne me permettait pas de rester sur un seul circuit. Pour en revenir à Davos, je n’apprécie pas forcément cette piste, bizarrement, mais en effet les deux dernières années elle m’a plutôt portée chance.”

Cette saison vous êtes partie pour signer votre meilleur hiver en carrière – vous êtes entrée à deux reprises dans le top 20 – de quoi rêver d’une sélection olympique ? Que représentent pour vous les Jeux olympiques ? Vous avez disputée les épreuves pré-olympiques, comment elle est cette piste de Jeongson ?

“C’est vrai qu’en début de saison, mon objectif c’était d’abord la Coupe du monde. Maintenant, avec les résultats du début de saison et l’échéance des Jeux olympiques qui approche, forcément je commence à y penser. Les personnes autour de moi m’en parlent, la possible sélection est dans mon esprit. Les Jeux ça représente un rêve d’enfant, d’abord d’y participer et bien sûr la médaille c’est encore autre chose ! Effectivement, j’ai eu la chance de skier une première fois cette piste de Jeongson lors des pré-olympiques, j’espère la skier une seconde [fois] ! C’est une piste assez variée, avec beaucoup de mouvements de terrain. Elle n’est pas si compliquée, seulement c’est difficile de trouver les clés pour aller vite sur cette piste.”

Laura Gauché sur le site des prochains Jeux olympique, à Jeongson. (© Agence Zoom)

Il n’y a pas vraiment de leader en équipe de France féminine de vitesse, si ce n’est Tessa Worley en Super-G, avec les retraites déjà lointaines de Marion Rolland et de Marie Jay-Marchand Arvier. Par quoi passe le retour au tout premier plan des descendeuses françaises ? Que vous manque-t-il pour passer le cap ?

“Nous avons un groupe assez jeune – avec la blessure de Margot Bailet, la plus âgée du groupe n’a que 25 ans – ce n’est pas toujours un avantage mais il faut faire avec. Tessa [Worley] est effectivement leader en Super-G, cependant elle fait partie du groupe technique, elle ne s’entraine pas avec nous. Elle ne partage donc pas la vie du groupe, c’est dommage car elle apporte une bonne dynamique sur les courses. Le retour de la vitesse française féminine au premier plan passe par du travail et du temps, nous n’avons pas un cap à passer mais plusieurs. Il faut grappiller des places, et donc des dossards petit à petit afin de se retrouver au départ dans le clan des favorites. Nous sommes sur la bonne voie, nous progressons toutes en ce début de saison.”

Quel est l’ambiance au sein du Team France ?

“Cette année avec notre nouveau chef de groupe Alberto, l’ambiance est plus sereine. Nous nous sentons bien préparées et donc prêtes à affronter les courses. L’atmosphère est plus détendue entre le staff et les athlètes, l’entente globale est meilleure.”

La Tignarde Laura Gauché dans les airs de Lake Louise, sous la neige. (© FFS)

Vous signez vos meilleures performances en Super-G. Vous préférez le feeling de cette discipline à la science de la descente ? D’ailleurs, pourquoi les disciplines de vitesse plutôt que celles de technique ?

“C’est vrai que depuis quelques années j’ai une assez grosse différence de niveau entre le Super-G et la descente, j’ai un ski plutôt technique et d’instinct qui convient mieux au Super-G. En effet, en descente il y a davantage de parties où il faut faire parler sa science de la glisse. Un autre paramètre rentre également en jeu, c’est qu’il y a deux entraînements dans le même tracé avant la course en descente, chaque fille peut donc peaufiner les réglages avant la course. Je préfère skier à l’instinct, découvrir le tracé le jour de la course.”

“Je me suis mise à faire davantage de vitesse lorsque j’ai vu que j’avais de meilleurs résultats dans ces disciplines et je n’ai jamais eu peur, j’aime la vitesse. Cependant je continue toujours à faire du géant car je pense qu’il est important de garder un bon niveau dans cette discipline qui c’est la base du ski. Je fais également un peu de slalom pour m’aligner sur les combinés [alpins].”

Laura Gauché sur la piste de Jeongson lors du Super-G pré-olympique. (© Alexis Boichard – Agence Zoom)

Avez-vous une idole dans votre sport ou dans le sport en général ? Une personne qui vous a inspiré ?

“Non je n’ai jamais eu d’idole précise, je m’inspire de plusieurs athlètes comme [Mikaela] Shiffrin ou [Marcel] Hirscher évidemment, ce sont des athlètes hors normes qui se donnent tous les moyens pour gagner et qui repoussent sans cesse leurs limites.”

Enfin, comment encaissez-vous les chutes qui sont parties prenantes de votre métier ? Avez-vous toujours une pointe d’appréhension avant de vous lancer dans la pente ? Comment avez-vous reçu le choc du décès de David Poisson lors, justement, d’une chute ?

“Les chutes sont comprises dans le contrat de skieur en effet. Pour avoir la chance de gagner il faut savoir perdre, tomber, se blesser. L’important étant de pouvoir s’en relever, et malheureusement David n’en a pas eu la chance. Il ne faut pas y penser lorsque l’on est au départ, sinon tu n’y vas pas. Il faut juste l’honorer [David Poisson, ndlr.], essayer de le faire vibrer là-haut en pratiquant le sport qu’il aimait tant. L’annonce de sa mort a été un moment difficile car nous étions en stage d’entraînement aux États-Unis et nous devions retourner nous entrainer, tout en sachant ce qui s’était passé. Mais nous sommes restées soudées, nous en parlons quand nous en ressentons le besoin entre nous, avec les coachs ou notre famille. Cela a dû être réellement plus difficile à vivre pour le groupe de vitesse homme car nous passons 300 jours par an avec le staff et les athlètes de notre groupe. Ils ont perdu plus qu’un collègue. Je les admire pour avoir réussi à y retourner, il fallait beaucoup de courage. Respect.”

Laura Gauché en plein saut dans un cadre magnifique. (© FFS)

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Un grand merci à Laura Gauché  d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans une période de l’année si chargée et, plus largement, dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Laura Gauché la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les semaines qui viennent avec les Jeux Olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 49 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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