[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Lucile Morat : “Les Jeux, c’est une compétition exceptionnelle”

La skieuse française Lucile Morat, spécialiste du saut à ski. (© Equipe de France de saut à ski dames, Facebook)

Les Jeux olympique d’hiver de PyeongChang approchant à grands pas, nous avons décidé d’interviewer quelques sportifs français qui ont la compétition suprême dans le viseur. La Française Lucile Morat, née en 2001, spécialiste du saut à ski championne de France d’hiver 2016 et d’été 2017, est la première à s’être livrée à Agora Sports. La jeune athlète de Courchevel revient sur son début de saison plutôt réussi, sur son été plein mais aussi sur l’ambiance au sein de l’équipe de France féminine de saut à ski, les Flying Cheeses (littéralement, les ‘fromages volants’). Enfin, Lucile Morat se confie sur les Jeux, l’évolution de son sport et la Tournée des Quatre Tremplins.

Quelles sont vos sensations en ce début d’hiver olympique, après les deux premières Coupes du monde disputées à Lillehammer et Hinterzarten ?

“Je me sens assez en confiance après ces deux coupes du monde mais j’ai besoin de trouver les bons réglages et j’ai encore pas mal de choses à travailler autant dans la technique de mon saut qu’au niveau mental afin d’arriver dans les meilleures conditions en Corée.”

Ce début de saison hivernale a été marqué par la première compétition féminine par équipes où, avec vos coéquipières, vous êtes montées sur ce podium historique, racontez-nous cette compétition, vos impressions et ce que cela fait de monter sur une boîte avec les copines ?

“Ce podium, nous sommes parties comme des challengers. Nous n’étions pas les favorites mais nous savions que si nous nous soutenions toutes ensembles nous pouvions y arriver. C’est bien que notre travail d’équipe soit récompensé de cette façon, cela montre que notre équipe se construit petit à petit. On bosse ensemble depuis un petit bout de temps déjà et faire un podium c’était juste magique. Le point fort de notre team est l’esprit d’équipe que notre coach a implanté dès le début, il y a une très bonne ambiance et c’est pour lui une valeur importante pour avancer et progresser également de manière individuelle.”

Lucile Morat avec ses coéquipière Romane Dieu, Léa Lemare et Julia Clair sur le podium à Hinterzarten. (© Nordic Focus)

Justement, la concurrence entre les Françaises – vous, Romane Dieu, Léa Lemare, Océane Paillard, Julia Clair, Joséphine Pagnier et Coline Mattel – est rude dans l’optique de la qualification olympique où seulement 4 filles seront sélectionnées, comme cette concurrence se matérialise-t-elle ? Comment le vivez-vous ?

“Il n’y a pas forcément de froid entre nous, tout le monde se donne à fond et donne le meilleur pour avoir sa sélection aux Jeux. Pour ma part, j’aime la concurrence, c’est ce qui me fait avancer et ce qui me donne l’envie de continuer.”

Les Flying Cheeses réunies. (© Nordic Focus)

Sur les deux premières étapes de la Coupe du monde vous aviez signé de très bonnes qualifications, notamment une troisième place à Hinterzarten et une sixième à Lillehammer, puis vous n’avez pas aussi bien performé lors du concours, malgré deux beaux tops 15. Pourquoi ?

“C’est vrai que sur les qualifications j’ai signé de belles places. J’ai tendance à en rajouter lorsque la compétition arrive et à ne pas faire ce que je sais faire. C’est un des réglages qu’il faut que j’arrive à trouver. Mes qualifications montrent que quand je fais ce qu’il faut, ça marche. Encore faut-il le reproduire lors de la compétition…”

Vous vous êtes même faite disqualifiée lors du premier concours à Lillehammer, comme Romane Dieu, expliquez-nous ce qui s’est passé.

“Notre disqualification était due à notre combinaison, elle était 2 centimètres trop grande. J’avais perdu du poids depuis qu’on les avait faites et c’est le seul point qu’on n’avait pas regardé avec mon coach. Ce sont des choses qui arrivent !”

Lucile Morat dans le ciel de Chaux-Neuve le 29 décembre dernier lors du Samse National Tour, épreuve qu’elle a brillamment remporté. (© L’Est Républicain)

Cet été, votre campagne sur tremplin en synthétique a été fructueuse – vous avez pris la 4eme place finale du Grand Prix en signant un podium à Frenstat -, ces bons résultats ont dû vous donner beaucoup de confiance à l’entame de cet hiver. Je me trompe ?

“J’étais très en confiance lorsque je l’ai réalisé [le podium, ndlr.], c’était quelque chose de vraiment incroyable, j’étais avec les meilleures du monde en haut, et en bas sur le podium… J’étais fière avec un sourire jusqu’aux oreilles ! Cet été c’est très bien passé pour moi. Ma cinquième place à Courchevel m’a donné pas mal de confiance et, au général, finir quatrième du classement m’en a effectivement donné [de la confiance, ndlr.] pour attaquer l’hiver.”

Quelles sont les différences entre sauter sur un tremplin en synthétique, en été, et sur un tremplin enneigé, en hiver ? 

“Depuis que je fais du saut, je n’ai jamais su expliquer. On passe d’une saison à une autre avec une pause et je pense que j’oublie un peu comment ça fait de sauter à nouveau sur du synthétique ou de la neige. Chaque début de saison me rappelle les sensations de la saison passée.”

Lucile Morat, en août 2016, après ses deux retentissantes victoires consécutives sur le tremplin synthétique d’Oberwiesenthal devant des Allemandes installées dans le top 10 mondial. (© Local OC)

Vous en êtes à votre deuxième saison au plus haut niveau dans votre sport et vous êtes déjà en lice pour des tops 10, voire mieux, en Coupe du monde, de quoi attisez les appétits olympiques qui sommeillent en vous ?

“Je sais que quand je fais ce qu’il faut, ça marche mais je ne me fixe pas d’objectifs résultats, sinon je suis trop dans l’avoir au lieu d’être sur moi. C’est ce qui me joue des tours parfois, je pense trop à ce que je veux avoir au lieu de qui je veux être pour réussir. Bien sûr, les Jeux, c’est une compétition exceptionnelle, mais je vais me concentrer d’abord sur moi au lieu du résultat.”

En ce moment se dispute la Tournée des Quatre Tremplins chez les hommes, cette épreuve mythique vous fait-elle rêver ? Avez-vous une idole dans votre sport ou dans le sport en général ?

“Bien sûr, elle [la Tournée des Quatre Tremplins, ndlr.] fait rêver beaucoup de filles, c’est une ambiance spéciale, avec beaucoup de supporteurs, qui doit être énorme. J’espère qu’un jour, le saut à ski féminin pourra vivre ça. J’admire beaucoup les meilleurs mondiaux en saut, je n’ai pas forcément de préférence. En dehors du saut, Martin Fourcade est très inspirant par sa carrière et son état d’esprit.”

Lucile Morat prête à se poser après s’être élancée du tremplin de Côte Feuillée de Chaux-Neuve, toujours le 29 décembre 2017. (© Valentin Morat/Art Libre)

Enfin, le saut à ski féminin se déroule sur des tremplin normaux, aux HS [Hill Size, soit, littéralement, ‘taille du tremplin’] aux alentours de 100. La saison dernière vous avez concourus à Oberstdorf sur un HS 137 puis à Oslo, sur le mythique tremplin d’Holmenkollen, un HS134, et, enfin, sur un HS140 à Lillehammer en décembre dernier. C’était comment ? Envie d’y retourner ? Aimeriez-vous voler à Vinkersund, Kulm ou Planica, les plus grands tremplins de la planète ?

“Au début, je n’étais pas du tout en confiance sur les gros tremplins. La saison dernière, j’ai sauté à Oberstdorf et Oslo, j’ai eu vraiment du mal. Mais début décembre à Lillehammer, j’ai réussi à envoyer des sauts, chose que je ne serai pas arrivée à faire auparavant. J’espère que nous allons faire de plus en plus de compétitions sur les gros [tremplins] car je prends vraiment du plaisir à voler ! Pour l’instant, les vols à ski m’impressionnent trop pour avoir envie d’y sauter. Je me contente des 120 ou des 140, qui me vont très bien !”

Lucile Morat en plein vol à Hinterzarten, vol qui va offrir aux Flying Cheeses un podium collectif en Coupe du Monde… (© Nordic Focus)

Les épreuves roumaines de Rasnov – prévues le premier week-end de janvier – ayant été annulées, Lucile Morat dispose de quatre étapes de Coupe du monde pour se préparer au mieux pour la grand-messe olympique du 12 février prochain. Ses coéquipières iront au Japon à Sapporo et Zao puis en Slovénie à Ljubno et, enfin, en Autriche à Hinzenbach, sans elle. Puis viendra l’heure du départ pour la Corée du Sud où tous les rêves seront permis…

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Un grand merci à Lucile Morat  d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans une période de l’année si chargée et, plus largement, dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Lucile Morat la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les semaines qui viennent avec les Jeux Olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 43 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant licencié d'histoire et en télépréparation journalisme à l'ESJ Lille.

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