[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Tifany Huot-Marchand : “Les Jeux c’est un grand rêve, j’ai hâte de vivre cette expérience”

La short-trackeuse Tiffany Huot-Marchand va découvrir les Jeux olympiques le mois prochain en Corée du Sud avec sa coéquipière et amie Véronique Pierron. (© Tous droits réservés)

Parce qu’il n’y a pas que les sports nordiques, le snowboard et le ski alpin et freestyle dans le cénacle olympique hivernal, intéressons-nous au patinage de vitesse sur piste courte, également et principalement appelé short-track. Ce sport spectaculaire, au programme olympique depuis les Jeux de Lillehammer 1994, se dispute sur un anneau tracé sur une patinoire classique et voit s’affronter deux à huit patineurs qui peuvent évoluer à des vitesses folles. Ce sport, génial, est né en Amérique du nord au début du siècle dernier, au contraire de son illustre aîné du patinage de vitesse né bien plus tôt aux Pays-Bas. En France, plusieurs spécialistes du short-track participeront aux Jeux olympiques de PyeongChang dont Tifany Huot-Marchand qui a accepté de nous accorder une interview à l’approche du rendez-vous olympique et de l’Euro de Dresde. Sobrement, elle nous confie son état d’esprit alors que la compétition approche. Aussi, la short-trackeuse tricolore parle de la déception de la non-qualification du relais, de la concurrence en équipe de France, de ses idoles et de son illustre aînée Véronique Pierron. Enfin, elle nous explique comment elle en est arrivée à se spécialiser dans le short-track et quel est son souvenir olympique le plus marquant. Bon voyage sur la planète short-track !

Vous vous êtes qualifiée pour vos premiers Jeux olympiques. Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’approche de ce grand rendez-vous où disputerez le 500m et le 1500m ? Que représentent les Jeux pour vous ? Est-ce une finalité pour vous ?

“Je suis bien sur très heureuse, ce sont mes premiers Jeux ! Après, je ne me prends pas du tout la tête, et je me sens bien. J’ai hâte d’y être ! Les Jeux c’est un grand rêve, j’ai hâte de vivre cette expérience. Et ce n’est clairement pas une finalité pour moi.”

Tifany Huot-Marchand dans la lumière, comme elle le sera le mois prochain. (© Tous droits réservés)

La déception de ne pas qualifier le relais [la France était neuvième au classement du relais à l’issue des quatre Coupes du monde, les huit premières nations se qualifiant] a dû être immense, d’autant que vous aviez signé deux troisièmes places ses deux derniers hivers. Racontez-nous ce qu’il a manqué au collectif pour qualifier le relais.

“Ce fut une année assez compliquée, nous sommes parties toute la saison à seulement quatre filles étant donné qu’Aurélie Monvoisin a été blessée. Nous n’avions donc pas de remplaçante… Avec mon équipe, on a quand même réussi à faire de très bonnes choses après c’est sûr que le résultat est difficile…”

Vous irez aux Jeux avec l’expérimenté Véronique Pierron qui va y disputer ses troisièmes JO après 2010 et 2014 (elle était remplaçante en 2006). Vous apprenez beaucoup auprès d’elle ? Comment est l’ambiance dans le Team France de short-track ?

“L’ambiance au sein de l’équipe est vraiment bonne. Nous ne sommes pas beaucoup de filles dans l’équipe de France : c’est ce qui, d’après moi, nous rend encore plus soudées. Ça fait maintenant un petit bout de temps que je côtoie Vévé [Véronique Pierron, ndlr.]. C’est devenu plus qu’une coéquipière, c’est une véritable amie. J’apprends toujours autant auprès d’elle.”

Tifany Huot-Marchand sur la glace lors d’un relais mixte. (© Gémesi Balasz)

Vous avez terminé deuxième au général des championnats de France de short-track 2017 – en l’absence de Véronique Pierron -, malgré deux victoires sur 1000m et 1500m, derrière Selma Poutsema. La concurrence est tout de même assez rude en équipe de France, non ? Vous vous tenez toutes dans un mouchoir ?

“C’est vrai que la concurrence est rude. Mais c’est aussi pour ça que nous sommes plus fortes. Et nous sommes aussi assez complémentaires. Selma [Poutsema] est la sprinteuse du groupe, donc elle est plus sur 500m, Vévé [Pierron] domine plutôt sur 1000m et en ce qui me concerne, ma distance c’est le 1500m.”

La joie de Selma Poutsema, Tifany Huot-Marchand, Amélie Monvoisin et Véronique Pierron après leur podium décroché en relais lors de la Coupe du monde de Dordrecht en février 2016. (© Tous droits réservés)

Vous allez aux Championnats d’Europe à Dresde [du 12 au 14 janvier 2018, à suivre sur La Chaîne L’Equipe]. Avec quels objectifs ?

“Oui, je participe aux Championnats d’Europe. J’ai été sélectionnée en individuelle ainsi qu’en relais. Pour ce qui est de mes objectifs, je vise un podium en relais. Concernant mes individuels, podium sur 1500m ? Je ne me suis pas vraiment fixée quelque chose, je veux juste me sentir bien avant de partir pour les Jeux.”

Autre chose : comment vient-on à se mettre au short-track ? Comment devient-on une championne de ce sport si particulier et confidentiel ? Vivez-vous de votre passion ?

“J’ai débuté le short-track à l’âge de 9 ans au club de Belfort grâce à ma voisine qui nous a fait – avec ma sœur jumelle – découvrir ce sport. J’ai intégré le pôle France de Font-Romeu à 16 ans et depuis, j’habite ici. Comment devient-on une championne de short-track ? J’aime ce que je fais, et j’aime faire la course. Il faut y croire et ne rien lâcher ! Malheureusement, je ne vis pas de ma passion malgré le fait que j’ai des sponsors. Alors en plus d’être short-trackeuse, je suis étudiante.”

L’engagement de Tifany Huot-Marchand est toujours total sur la glace… (© Gémesi Balasz)

Comment vivez-vous le fait que votre sport ne soit regardé, d’abord d’un point de vue technique, que lors des Jeux alors que c’est une discipline ultra-spectaculaire et facile à comprendre pour le grand public ?

“C’est certain que c’est difficile pour nous… Après on fait de notre mieux pour que ce soit plus médiatisé, mais c’est tellement compliqué.”

Quel regard portez-vous sur la carrière solitaire de votre compatriote Alexis Contin en patinage de vitesse ? Aimez-vous ce sport ?

“Oui, j’aime ce sport [le patinage de vitesse]. Je ne sais pas si j’aimerais le pratiquer mais j’aime. Alexis [Contin] est juste énorme ! Et j’admire vraiment ce qu’il fait.”

Alexis Contin, triple médaillé mondial de mass-start, est le dernier spécialiste français de patinage de vitesse. Il va essayer d’aller chercher une médaille olympique historique à PyeongChang. (© Franck Faugère – L’Equipe)

Avez-vous une idole dans votre sport ou dans le sport en général ? Une personne qui vous a inspiré ?

“Sans aucun doute, Pierre Ambroise Bosse [champion du monde d’athlétisme, en 800m l’été dernier à Londres, ndlr.]. Il y a aussi Thibaut Fauconnet [short-trackeur français double champion d’Europe, ndlr.], bien entendu. Parce que ma deuxième passion après le short-track, c’est faire la course avec lui.”

Enfin, avez-vous un souvenir, une émotion de vous devant les Jeux olympiques ?

“Le triplé des Français en ski cross [lors des Jeux de Sotchi en 2014, Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Bovolenta et Bastien Midol sont montés tous trois sur le podium, ndlr.]. Chapeau bas !”

La position caractéristique des short-trackeurs. (© Tous droits réservés)

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Un grand merci à Tifany Huot-Marchand d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Tifany Huot-Marchand la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les jours et les semaines qui viennent avec les Championnats d’Europe et les Jeux olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 49 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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