[ITW] Arnaud Djoum (Partie 2) : “Je n’oublierai jamais ce club, c’est celui où je me suis senti le mieux”

Arnaud Djoum, visant la lune, mais toujours le poing levé. (© Tous droits réservés)

En décembre dernier, Agora Sports a eu la chance d’interviewer Arnaud Djoum, milieu de terrain évoluant à Heart of Midlothian en Scottish Premiership. Dans cette deuxième partie, retour sur l’ère Ian Cathro, le fait qu’il soit ciblé par les adversaire ou encore la stratégie sur le long terme de Hearts.

– Du coup la fin de saison est arrivée avec un changement d’entraineur avec l’arrivée de Ian Cathro et de nouvelles méthodes, est-ce que c’est pour toi ce qui a provoqué une fin de saison plus difficile ?

Un peu. Mais le championnat écossais est très différent, très physique avec beaucoup de longs ballons. Il a voulu instaurer un style de jeu basé au sol, que j’aime personnellement, j’étais vraiment motivé. Mais pour ce championnat, cette adaptation prend du temps. Le club n’avait pas la patience d’attendre, avec un besoin de résultat imminent. ce n’était pas facile pour lui d’arriver en cours de saison. C’est dommage car il avait vraiment de bonnes idées en partant de derrière.

– Du coup tu fais la pré-saison avec Cathro. Malheureusement les résultats ne sont pas très bon. Vous-êtes éliminés en phase de poule de Betfred Cup (NDLR : la coupe de la ligue Ecossaise). Cathro se fait virer. A-t-il payé le manque de patience des supporters et dirigeants ou son mercato en contradiction avec le style qu’il voulait mettre en place en recrutant par exemple Lafferty? Est-ce que son discours ne passait pas auprès de certains joueurs ? Qu’est-ce qui a provoqué son départ.

C’est un tout de ce que tu as cité. A ce jour, c’est difficile de changer un joueur quand il a son style de jeu. Ce championnat est physique donc parfois quand on veut instaurer un jeu au sol ce n’est pas facile. Les joueurs qui sont arrivés sont assez physiques et aiment le contact, ce n’est pas vraiment des joueurs qui aiment construire et ça a contribué à son départ, c’est dommage

– Cette saison, tu as été blessé un long moment (8 matchs), et hier (12/12/17) tu te blesses de nouveau au mollet contre Dundee. Comment gères-tu cette rechute ? (Ndlr : Djoum s’est blessé gravement en février 2018)

C’est difficile, surtout lorsque l’on voit que l’équipe ne gagnait pas en mon absence. Tu as juste envie d’être sur le terrain et de les aider. C’est frustrant, j’étais pas bien après les matchs. J’essaie juste de relativiser, depuis que j’ai signé ici je n’ai quasiment jamais loupé un match hormis la CAN et la Coupe des Confédérations, donc j’ai enchaîné beaucoup de matchs en deux ans. Parfois, le corps a besoin de se reposer. J’essaie de revenir plus fort à chaque fois.

– Du coup, t’es pris un peu pour cible car tu es important au milieu de terrain. Comment on s’adapte quand on sait que l’on va être ciblé par les adversaires et que l’on va prendre des coups ?

Avant je n’avais pas l’habitude (rires). Mais il faut faire avec, j’essaie de voir venir les marquages stricts. C’est parfois difficile pour moi car les supporters ou les dirigeants ne le voient pas, et les autres équipes tentent de me faire sortir de mon match, c’est pas facile. La seule réponse possible c’est de montrer que je suis capable de faire la différence et que je suis plus fort.

– Est-ce que d’un côté ce n’est pas gratifiant de se dire que l’on est ciblé ?

Bien sûr. Ça veut dire que tu fais bien ton travail, que les gens sont reconnaissants envers toi. J’apprends à gérer, c’est que du positif pour ma carrière, à moi d’être plus malin pour faire avec.

– La saison de Hearts est un peu en dents de scie, avec du bon et du moins bon, notamment la défaite à Hibernian compliquée à gérer. Pour toi, qu’est-ce qui manque à cette équipe ? L’avalanche de blessures ? Le changement d’entraineur ?

C’est un tout. On a eu beaucoup de joueurs majeurs blessés, ce n’est pas facile. Le nouveau manager est beaucoup plus strict, ça prend du temps à tout mettre en place. Maintenant les joueurs savent ce qu’ils doivent faire, ça va aller beaucoup mieux. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui manquent d’expérience, c’est normal. Ils ont besoin de temps. Mais tout le monde commence à revenir, et les jeunes ont du talent donc les prochains mois vont être meilleurs.

– Quand tu es arrivé en 2015, tu étais un inconnu en Ecosse. Maintenant les supporters t’adorent, qu’est-ce que ça fait de se sentir indispensable ?

Ça marque. Je n’oublierai jamais ce club, c’est celui où je me suis senti le mieux. L’amour des supporters, le ressenti, c’est quelque chose de spécial, je n’ai pas les mots pour l’exprimer. Ça me vient au cœur, ça me fait vraiment plaisir. Quand je parle à mes amis, je parle toujours de cette émotion, comment le club est avec moi, je me sens très bien. Le club m’a tout donné dans ma carrière et je ne les remercierai jamais assez. J’espère que ça va continuer comme ça.

– Cette année, Jamie Walker devrait partir en fin de contrat sauf retournement de situation. (NDLR : Il est parti en Janvier à Wigan pour £300K) L’an passé, Callum Paterson et Sam Nicholson étaient dans la même situation. Est-ce que vous en parlez entre vous ? Essayez-vous de le convaincre de rester ? Et pourquoi ces joueurs décident-ils de partir libre sans accord avec le club pour prolonger le joueur et faire une plus-value de transfert qui arrangerait chaque camp ? Les joueurs ont-ils peur que la « bonne offre » n’arrive pas ?

Premièrement, on en parle et on tente de le faire resigner pour qu’il reste avec nous ! (rires) C’est un joueur de qualité qui apporte. Après je ne connais pas forcément les raisons qui poussent les joueurs à partir libre, cela doit être le fruit de discussions avec les dirigeants, on en parle pas entre nous. Je ne sais pas ce qu’il se passe mais c’est dommage que ces joueurs-là partent car le club a les moyens de réinvestir, notamment pour Paterson qui était international moins de 21 ans et qui aurait vraiment pu rapporter beaucoup d’argent au club.

– On sait que les Rangers s’étaient positionnés sur Walker. Penses-tu que la rivalité avec les Rangers a poussé les dirigeants de Hearts à regarder davantage du côté des offres de clubs anglais ?

Oui, je pense que c’est ça. Et je les comprends, car cela évite de renforcer des concurrents directs comme les Rangers, Aberdeen et d’autres, ça ne serait pas du bon business. Il faut quand même dire chapeau au club qui préfère perdre de l’argent et prendre le risque de laisser le joueur libre pour ne pas renforcer d’autres équipes. Pour moi, c’est une bonne décision car Walker a su se montrer décisif, il nous a fait gagner des points.

– Depuis que tu es au club, il y a de nombreux joueurs francophones. Est-ce important pour toi d’avoir eu des joueurs qui on su te montrer la voie et t’intégrer au groupe ? A contrario, quand Malaury Martin et Dylan Bikey sont arrivés, as-tu réalisé une sorte de passage de flambeau ?

Bien sûr. Quand un joueur étranger arrive dans un nouveau championnat, c’est important d’avoir un ou deux joueurs qui parlent ta langue natale. Morgaro Gomis m’a vraiment aidé à trouver ma place dans l’équipe. Et maintenant je montre le chemin aux nouveaux joueurs. C’est très important pour la confiance et l’intégration. Je fais le maximum pour aider.

– Cet été, Christophe Berra a fait son retour au club. Tu ne l’as pas connu en tant que joueur ici. Est-ce qu’on t’a expliqué le poids de ce joueur et comment il prend son rôle de leader au sérieux en étant très présent ? Au contraire, est-il un leader de l’ombre ?

Je ne le connaissais pas trop avant. On m’a expliqué qu’il était vraiment très important. Je pense qu’il fait bien son travail de capitaine, c’est un leader naturel, il ne crie pas n’importe comment. Tous les joueurs le respectent naturellement. Il mesure presque 2m, c’est un costaud ! Déjà quand tu le vois, tu te calmes un peu (rires). Il essaie d’expliquer les choses calmement. J’aime beaucoup ce genre de capitaine, qui parle beaucoup avec chaque joueur pour expliquer ce qu’il veut de lui, surtout avant les matchs importants. Je suis fier et content qu’il soit notre capitaine.

– Dernièrement, il y a de nombreux jeunes qui ont été intégrés. Tu fais partie des anciens maintenant. Est-ce que tu joues un rôle de mentor auprès d’eux ?

Bien sûr. J’essaie de les aider au maximum, à l’entrainement mais surtout au match. J’ai joué avec le jeune Harry Cochrane au milieu, en étant proche de lui et en essayant de le diriger. Je sais que ce n’est pas facile, je suis passé par là aussi. Mais quand tu vois un joueur avec un tel potentiel, tu as juste envie qu’il réussisse. C’est beau de voir un jeune s’imposer et que tout le monde reconnaisse son talent. Hier, contre Dundee, Anthony McDonald a été bon, a été simple, je souriais dès qu’il touchait le ballon parce qu’il régalait sur le terrain. C’est beau de voir ces joueurs réussir si jeunes et je suis là pour les pousser à devenir encore meilleurs.

– Hearts n’hésite pas à utiliser des jeunes devant (Cochrane 16 ans, McDonald 16 ans, Moore 18 ans, etc.). Est-ce dangereux à court terme ou apprécies-tu la politique du club ?

Oui c’est un peu dangereux à court terme. Mais à long terme, c’est très bien. Je trouve que c’est important d’imposer une identité forte avec des jeunes. Je pense que la meilleure méthode pour les utiliser est de bien les encadrer avec des séniors pour les guider. Hier en est la meilleure illustration, avec beaucoup de joueurs d’expérience et deux, trois jeunes qui se sont régalés entre nous. Craig (Levein, le coach) fait un très bon travail en les poussant. C’est le bon moment maintenant pour le club de les responsabiliser car il n’y a plus de très gros enjeux de finir très haut en championnat, et quelques joueurs ont prouvé qu’ils pouvaient devenir des cadres dans le futur de Hearts.

– Les fêtes arrivent. Que peut-on te souhaiter pour cette fin d’année et pour 2018 ?

Personnellement, j’espère être en bonne santé (rires), j’espère revenir à 100% physiquement. Collectivement, il va falloir bien commencer l’année, battre Hibs, les deux matchs c’est très important (rires) (NDLR : Hearts a fait 1 nul & 1 victoire dans cette série)… Et bien finir la saison !

Un grand merci à Arnaud Djoum d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview. On lui souhaite un bon rétablissement, lui qui a souffert d’une rupture du tendon d’Achille en février dernier. Rendez vous très vite pour la suite et la fin de cette interview.

 

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*