Un jour à PyeongChang #6 : Pierre Vaultier miraculé puis titré, et si, et si, et si…

Pierre Vaultier, impérial toute la journée... mais tout de même miraculé en demi-finale ! (© AFP)

Au lendemain d’une journée fortement perturbée par les caprices du vent et marquée par l’absence de nouvelles médailles pour la France, ce 15 février 2018 devait sonner le réveil de l’équipe de France olympique. Tessa Worley, les descendeurs, Vanessa James et Morgan Ciprès, les biathlètes et Pierre Vaultier étaient sur le pont. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Avec des si, Martin Fourcade serait devenu un géant parmi les géants en remportant une quatrième médaille d’or olympique. Avec des si, Tessa Worley n’aurait pas fauté lors de la première manche. Avec des si, le quadruple de Vanessa James serait passé et elle aurait réalisé trois tours sur elle-même au lieu de deux sur une autre envolée. Avec des si, le 15 février 2018 serait une journée à marquer d’une pierre blanche. Mais il n’y a pas de si qui tiennent. La réalité est autre. C’est frustrant, mais c’est comme ça. Récit d’une journée où nous sommes passés d’un grand bonheur, avec Pierre Vaultier, à de multiples frustrations. D’ailleurs, le vent n’était plus là : la paix des dieux est revenu au-dessus du pays au Matin Calme. 

L’incompréhensible dernier tir de Martin Fourcade, les titres de l’individuelle pour les Scandinaves

Tout avait si bien commencé. Parti avec son joli dossard marqué du numéro 23 aux alentours de 12h30, le biathlète français Martin Fourcade, solide sur les skis malgré la domination d’un Johannes Bø retrouvé, avait blanchi les quinze premières cibles avec une assurance de vieux briscard des pas de tir qu’il est. Tout était parfait, d’autant plus que lors de sa dernière salve de tirs il fait basculer les trois premières palettes. Et là c’est le drame. L’incompréhensible s’est passé : Martin Fourcade a manqué les deux dernières cibles tel un vulgaire débutant. Son rival norvégien, lui aussi auteur de deux erreurs sur ses premiers et derniers tirs, est plus rapide sur les skis et compte plus de 40 secondes d’avance sur la ligne d’arrivée. Ensuite, trois athlètes viennent s’intercaler : le Slovène Jakov Fak, en argent, l’Autrichien Dominik Landertinger, en bronze, et le Suédois Samuelsson, malheureux quatrième. Comme lors du sprint de dimanche dernier, Martin Fourcade a commis une faute de trop pour décrocher la médaille d’or. Que ce doit être frustrant. Le leader incontesté du biathlon mondial est passé à quelques millimètres d’un quatrième titre olympique qui aurait fait de lui le sportif français le plus titré aux Jeux d’hiver. Déjà, en 2014 à Sotchi, il était passé à quelques centimètres de rejoindre Jean-Claude Killy avec trois titres en étant battu au sprint par Svendsen lors de la mass-start. Justement, Martin Fourcade pourra se rattraper dimanche lors de cette épreuve, puis avec les relais de la semaine prochaine. Tout cela se jouera, à coup sûr, à coup de millimètres.

Martin Fourcade sur la piste pendant son 20km, avant le drame… (© Odd Andersen/AFP)

Chez les dames, le titre de l’individuelle – repoussée la veille à cause du fort vent – est venu s’imposer à la jeune Suédoise Hanna Öberg, 22 ans, auteur d’un tir parfait à la différence des favorites, comme Laura Dahlmeier, bronzée, et Anastasia Kuzmina, argentée. La Scandinave devient par là la seconde suédoise championne olympique de biathlon après Anna Carin Zidek qui avait décroché l’or en 2006 à Turin lors de la mass-start. Les Françaises, comme les Français hors Martin Fourcade, n’ont pas brillé lors de cette journée.

Le visage de Hanna Öberg, la sensation du jour. (© Franck Fife/AFP)

Le miracle du Phoenix Snow Park pour Pierre Vaultier

Et si ce qui s’est passé ce jeudi lors de la demi-finale de Pierre Vaultier entrait à la postérité comme le “Miracle of the Phoenix Snow Park” ? Lors de ce run, le Français, parti comme une bombe, avait vu ses adversaires le rattraper avant d’être entraîné dans une chute par un de ses acolytes. Les images télévisées quittent alors ce virage, le dernier du bordercross de Bokwang. C’en est fini des espoirs de double titre de champion olympique pour Pierre Vaultier, ce guerrier titré à Sotchi sur une jambe quatre ans après l’irréparable blessure olympique de Vancouver. Et puis, comme par miracle le snowboardeur tricolore déboule sur la ligne d’arrivée et se qualifie pour la grande finale. Les auteurs rideurs n’étant plus en capacité de rallier la fin de parcours. C’est un miracle. Nul doute que la petite étoile Karine Ruby – snowboardeuse française championne olympique en 1998 vainqueur de 67 épreuves de Coupe du monde partie trop tôt – a veillé sur le destin de notre Pierrot national. Le sportif de Serre Chevalier devient, seulement, le troisième français à remporter deux titres olympiques lors de deux Jeux différents après le patineur Pierre Brunet (1928-1932) et, justement, le biathlète Martin Fourcade (2014-2018). Les autres Français – Merlin Surget, Loan Bozzolo et Ken Vuagnoux – se sont fait sortir dès les quarts.

Quelle magnifique médaille… (©Dimitar Dilkoff/AFP)

La déception Tessa Worley, Aksel Lund Svindal enfin titré en descente !

Toute la France du ski alpin croyait en elle. La Bornandine Tessa Worley, vainqueur du dernier géant avant les Jeux à Lenzerheide, double championne du monde, s’avançait avec confiance vers son rendez-vous olympique de Yonpyong. Seulement, tout ne s’est pas passé comme prévu pour celle qui avait tiré l’excellent dossard numéro 2. Le haut de parcours est excellent pour Worley puis, sans raison apparente, son ski se perd et elle commet une grosse faute sur le bas de la piste. Une seconde et quarante-quatre centièmes de retard. Les skieuses s’empilent entre la leader et elle. La remontée va être difficile, voire impossible. En seconde manche, sur un parcours de meilleure tenue et plus spectaculaire, Tessa Worley s’éclate, prenant la tête pour plus d’une seconde. Cependant, ce ne fut pas assez pour accrocher la médaille tant désirée malgré le gain de nombreuses positions et une septième place finale. Le titre est décroché par l’Américaine Mikaela Shiffrin qui devient la deuxième américaine à remporter plus d’un titre olympique en ski alpin : seule Andrea Mead-Lawrence l’avait fait auparavant, elle avait remporté, elle aussi, le slalom et le géant, en 1952.

Tessa Worley durant le géant olympique disputé à Yongpyong. (© Javier Soriano/AFP)

Une anomalie olympico-historique vient d’être comblée. Jamais la Norvège n’avait décroché l’or olympique en descente malgré ses nombreux talents passés (Kjus, Aamodt) et présents. Enfin, Aksel Lund Svindal est devenu champion olympique de descente, le plus vieux de l’histoire à plus de 35 ans. La descente olympique – très courte et relativement facile – a enfin eu lieu à Jeongseon et elle a donc réussi aux Vikings car Kjetil Jansrud a décroché l’argent. Le bronze est revenu au Suisse Beat Feuz : les trois hommes étaient les trois grands favoris de l’épreuve. Du côté des Français – qui se sont vus refuser le droit d’accoler un message en souvenir de David Poisson, décédé à l’entraînement en fin d’année dernière à Nakiska au Canada, sur leur casque -, à l’exception de Brice Roger, huitième, n’ont pas pu se mettre dans le rythme du tracé.

Doublé des Norvégiens lors de la descente olympique… (© Christophe Ena/AP)

En bref…

Un autre Français est devenu champion olympique aujourd’hui ! Il s’agit du patineur Bruno Massot, devenu Allemand pour patiner en couple avec Aljona Savchenko, titré après un programme libre magistral devant les Chinois Sui Wenjing/Han Cong et les Canadiens Duhamel/Radford. Les Français Morgan Ciprès et Vanessa James, comme écrit plus haut, manquent le podium pour deux fautes, et cela malgré un libre qui a enchanté le public comme les juges et les téléspectateurs.

Bruno Massot, nouveau champion olympique de couple en patinage artistique. (© Tous droits réservés)

En ski de fond féminin, la Norvégienne Ragnhild Haga, impressionnante, est devenue championne olympique du 10km libre en devançant la Suédoise Charlotte Kalla de 20″3 et le duo composé de sa compatriote de légende Marit Bjørgen et de la Finlandaise Krista Parmakoski de 31″9. D’ailleurs, il s’agit de la douzième médaille olympique pour le Reine Marit qui égale Björn Dæhlie, une unité derrière Bjørndalen. Du côté des Bleues, jolie quatorzième place pour Coraline Thomas-Hugue ; Delphine Claudel, que nous avions interviewé, a découvert les Jeux en prenant la 57eme place.

La nouvelle champion olympique du 10km libre, Ragnhild Haga. (© Modica/Nordic Focus)

Le Canadien (originaire des Pays-Bas, ceci n’étant qu’un détail) Ted-Jan Bloemen a mis fin à l’hégémonie néerlandaise sur le patinage de vitesse en remportant le titre du 10 000m en 12’39″77, nouveau record olympique. Enfin, le relais de luge est revenu fort logiquement et comme en 2014 aux Allemands : Geisenberger, Ludwig et Wendl/Arlt se sont relayés magistralement.

Et demain ?

La journée s’annonce dorée pour l’équipe de France avec, dès 4h15, les phases finales du snowboardcross féminin : Nelly Moenne-Loccoz, que nous avions interviewé, Chloé Trespeuch, Charlotte Bankes et Julia Pereira visent la médaille, si ce n’est mieux. Ensuite, à partir de 7 heures, ce sera l’heure du 15km libre masculin en ski de fond : il s’agit de l’objectif de Maurice Manificat, leader au classement général de la distance en Coupe du monde.

Il y aura aussi le slalom féminin en ski alpin (2h et 5h15), qui devrait permettre à Mikaela Shiffrin de réaliser le doublé, ainsi que le Super-G masculin (3h) où Aksel Lund Svindal fera figure d’épouvantail. Les deux dernières manches du skeleton masculin – le Sud-Coréen Yun est en tête à mi-chemin – seront également disputées en début de nuit prochaine. Il y aura aussi la spectaculaire finale du saut freestyle féminin à partir de midi heure à laquelle de 5 000m dames de patinage de vitesse sera lancé. Enfin, les qualifications du grand tremplin en saut à ski commenceront à 13h30, avec Jonathan Learoyd et Vincent Descombes-Sevoie.

+ Un jour à PyeongChang #1

+ Un jour à PyeongChang #2

+ Un jour à PyeongChang #3

+ Un jour à PyeongChang #4

+ Un jour à PyeongChang #5

A propos de Florian Burgaud 44 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant licencié d'histoire et en télépréparation journalisme à l'ESJ Lille.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*