Un jour à PyeongChang #7 : l’argent à 16 ans pour Julia Pereira, une médaille en chocolat pour Giezendanner, le triplé pour Dario Cologna

Julia Pereira de Sousa Mabileau, la nouvelle vice championne olympique de snowboardcross... à 16 ans ! (© Martin Bureau/AFP)

La journée olympique fut encore grandiose sur les sites de compétition des Jeux de PyeongChang. Comme d’accoutumée, tout ne s’est pas passé comme prévu partout : c’est ce qui fait le sel de ce rendez-vous quadriennal. Cependant, le fondeur français Maurice Manificat, favori d’un 15km libre qu’il préparait depuis quatre ans, ne peut pas se contenter de sa cinquième place. Mikaela Shiffrin n’a pas réalisé le doublé géant/slalom en échouant au pied du podium dans sa discipline de prédilection. Et puis, des quatre françaises engagées en snowboardcross, Julia Pereira de Sousa Mabileau n’était pas la plus attendue ; la France attendait des monts et merveilles de Nelly Moenne-Loccoz, Chloé Trespeuch et Charlotte Bankes, pas de cette gamine de 16 ans. Pourtant, c’est elle, élève en première à Albertville (ville olympique, ça ne s’invente pas), qui est montée sur la deuxième marche du podium derrière l’Italienne Moioli dont le sacre était prévisible. Malgré toutes ses péripéties imprévisibles, le prévisible a donc également prévalu en ce vendredi 16 février : le Sud-Coréen Yun Sung-Bin a remporté le skeleton, Hanyu a dominé le programme court en patinage artistique, la Biélorusse Huskova a gagné en saut freestyle et… une Néerlandaise a pris l’or en patinage de vitesse. Comme d’habitude dirait Jacques Brel.

Julia Pereira de Sousa Mabileau, une médaille olympique à 16 ans

Pourquoi elle et pas une autre ? Elles étaient quatre françaises à pouvoir monter sur le podium derrière l’ultra-favorite italienne Michaela Moioli, sorte de Pierre Vaultier au féminin. Le destin a voulu que Chloé Trespeuch et Julia Pereira se qualifient pour la finale et non pas Charlotte Bankes et Nelly Moenne-Loccoz, toutes deux au sol lors de l’autre demi-finale. La finale était ultra-compétitive avec la légende américaine Lindsey Jacobellis, la grande favorite Moioli, sa dauphine à la Coupe du monde Trespeuch et les redoutables Jankova et Samkova en ses rangs. Au milieu de toutes ses killeuses se trouvait donc notre Julia Pereira nationale, dossard noir sur le dos. Au cours de la finale, on a à un moment cru à un double podium des Françaises mais c’est bien la plus jeune des deux – la Vendéenne Chloé Trespeuch n’a que 22 ans… – qui réussi à franchir la ligne finale derrière la championne olympique transalpine. Une surprise, une sensation. Par là, Julia Pereira devient la plus jeune médaillée française de l’histoire des Jeux olympiques : une performance qu’on ne voit pas à toutes les olympiades. Pourquoi elle et pas une autre ? La nouvelle vice-championne olympique aurait pu être Trespeuch, finalement cinquième, Bankes ou Moenne-Loccoz mais c’est bien Julia Pereira qui a une médaille d’argent autour du cou ce soir. Et pas une autre. Il y a quatre ans c’était celle qui a terminé aujourd’hui cinquième qui avait un bout de métal dans sa besace en partant de Sotchi, dans quatre ans ce sera une autre à Pékin. Le snowboardcross – de Deborah Anthonioz à Julia Pereira – offre nombre de médailles à l’équipe de France, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Vite la prochaine grand-messe de l’olympisme, sur un aussi beau parcours. S’il vous plaît.

La médaille déjà autour du cou, quelle journée pour Julia Pereira ! (© Agence Zoom)

Le rêve doré de Maurice Manificat éteint par Dario Cologna, et d’autres

“Monter c’est s’immoler. Toute cime est sévère. L’Olympe lentement se transforme en Calvaire.” Ces quelques mots tirés des Contemplations de Victor Hugo résument bien ce qu’a vécu le fondeur français Maurice Manificat lors de ce 15km libre qu’il chérit tant. Quatre années durant, il a préparé cette épreuve, avec toute la méticulosité qu’on lui connaît. Il avait tout bien fait dans sa préparation avant les Jeux en signant quatre podiums, dont deux victoires, et en étant le leader de la Coupe du monde de distance, chose rarissime pour un Français. Et puis, le jour J, au moment de grimper la sévère Olympe qu’est cette épreuve tout devient plus difficile. Pendant les trois quarts de la course, notre Momo national est dans la course pour la médaille – le Suisse Dario Cologna était imbattable. Puis il craque dans les cinq dernières bornes, lorsque l’Olympe se transforme en Calvaire. Il craque. Pas beaucoup. Mais suffisamment pour passer à la cinquième place, soit une de mieux qu’il y a huit ans à Vancouver, quand il avait 23 ans. Le rêve d’une vie est passé pour Manificat, le 15km libre ne revenant que tous les huit ans aux Jeux. “Vous n’imaginez pas à quel point je voulais le faire pour le ski de fond français” a-t-il dit au micro de France Télévisions après sa course. On le comprend. Les deux seules médailles du fond bleu aux Jeux se résument au monumental exploit de Roddy Darragon sur le sprint de Turin en 2006 et au formidable moment de joie que fut la breloque collective de Sotchi il y a quatre ans, avec Manificat, déjà. Aujourd’hui la déception est rude pour le fondeur de 31 ans mais nul doute qu’il sera à fond dimanche pour mener le relais hexagonal vers les cimes olympiques, sans passer par la case Calvaire.

La déception était immense pour Maurice Manificat à l’arrivée… (© Franck Fife/AFP)

Avec son titre obtenu ce jour sur 15km skating, le Suisse Dario Cologna entre encore un peu plus dans l’histoire en devenant le premier fondeur à remporter titres olympiques sur la même épreuve, le 15km, qu’il soit libre ou classique. Il rejoint également le sauteur à ski Simon Ammann au Panthéon des sportifs d’hiver suisses avec quatre médailles d’or olympiques.

Pas de titre ni de médaille pour Shiffrin en slalom, du chocolat pour Giezendanner !

C’est la grande sensation de cette septième journée olympique. La skieuse américaine Mikaela Shiffrin, qui gagne partout cet hiver, n’a pas remporté le slalom olympique disputé ce vendredi à Yongpyong. Il s’agit pourtant de sa discipline de prédilection, celle où elle s’est révélée, celle où elle avait glané sa première médaille d’or olympique. Aujourd’hui, au lendemain de son sacre en géant, elle n’avait plus l’énergie nécessaire pour réitérer l’exploit. Parce que devenir championne olympique est toujours un exploit. Effectivement, elle était malade et aurait vomi avant la première manche. Cependant, sans une Gallhuber extraordinaire en seconde manche, le bronze lui était réservé. C’est finalement la Suédoise Frida Hansdotter qui devient championne olympique devant la Suissesse Wendy Holdener et donc l’Autrichienne Gallhuber. La Suédoise devient la troisième skieuse alpine de son pays à remporter l’or olympique après Anja Pärson (slalom en 2006) et Pernilla Wiberg (géant et combiné en 1992). La Française Nastasia Noens prend une anecdotique 20eme place alors que Veronika Velez-Zuzulova, 17eme, a annoncé, en larmes, qu’il s’agissait de sa dernière course. Bon vent à vous Madame Velez-Zuzulova.

Le titre olympique pour Frida Hansdotter, enfin. (© Mike Segar/Reuters)

La dernière épreuve de vitesse masculine avait lieu la nuit dernière à Jeongseon. Il s’agissait du Super-G. Une épreuve qui fut, à la différence de la descente monotone de la veille, énorme en suspense, intensité et… cruauté. Et oui, en cruauté car la France pensait tenir une médaille supplémentaire après le passage de Blaise Giezendanner qui coupa la cellulle d’arrivée à seulement 20 centièmes de Norvégien Jansrud, et devant Svindal. Les Français y ont cru. Mais c’était sans compter sur les énormes parcours de Matthias Mayer, titré comme son compatriote Hermann Maier il y a 20 ans à Nagano, et de Beat Feuz, en argent après le bronze de la veille en descente. Finalement, pas de podium pour Svindal ni pour Giezendanner, bloqué à 20 centièmes de précieux métal. C’est frustrant mais le skieur français, qui a eu un geste pour David Poisson à l’arrivée, ne peut pas être déçu par sa performance remarquable. D’où il est, Kaillou a poussé Blaise de toutes ses forces, en vain. Les Bleus reviendront plus forts, avec ce supplément d’âme qui ne les quittera désormais plus.

Blaise Giezendanner à l’arrivée… #DPforever (© Reuters)

En bref…

Le Sud-Coréen Sun Yung-Bin est devenu champion olymique du skeleton ce vendredi en dominant tous ses adversaires haut la main : l’athlète olympique de Russie Tregubov est à 1”63 et le Britannique Parsons à 1”65. Notons que les frères lettons Dukurs, Martins et Tomass, prennent les quatrièmes et cinquièmes place, le premier manquant le podium lors du dernier run, raté. Enfin, les deux premières descentes féminines ont eu lieu et c’est, logiquement, l’Allemande Jacqueline Lölling qui est devant, bien que ce soit serré : Flock est à 0”02, Yarnold à 0”10 et Deas à 0”17.

La grande joie de Yun Sung-Bin, titrée sur ses terres en skeleton. (© Reuters)

Le Japonais Yuzuru Hanyu, rockstar en Asie, a mis tout le monde d’accord lors du programme court des Jeux en inscrivant 111.68 points contre 107.58 pour l’Espagnol Javier Fernandez, son principal concurrent. Le Français Chafik Besseghier, 26eme avec 72.10 points, manque la qualification pour le libre à 2.63 points près. Pour rester dans les sports de patins, c’est la Néerlandaise Esmee Visser qui est devenue championne olympique du 5 000m en devançant la Tchèque Sablikova, tenante du titre. Ce titre permet aux Pays-Bas d’être le seul pays à avoir remporté une médaille lors de chaque journée de ces XXIIIeme Jeux olympiques d’hiver.

Le patineur Yuzuru Hanyu après sa prestation énorme sur le programme court. (© David J. Phillip/AP)

Enfin, la Biélorusse Hanna Huskova a remporté la finale du saut acrobatique disputée en nocturne devant le Chinoises Zhang Xin et Kong Fanyu lors d’une super finale dépeuplée de Nikitina, Orlova, Xu Mengtao, Kiley McKinnon ou Danielle Scott, des grosses têtes d’affiches de ce sport.

Et demain ?

Demain c’est le grand jour pour une certaine Tess Ledeux, prodige française du ski slopestyle : qualifications à 2h, finale à 5h. La Tricolore vise clairement le titre alors que Lou Barin sera également engagée. À 3h, il y aura le Super-G féminin avec Lindsey Vonn comme favorite mais également quatre françaises : Tessa Worley, Tiffany Gauthier, Romane Miradoli et Jennifer Piot. Une heure auparavant, les programmes libres masculins de patinage artistique auront débuté sur la patinoire de Gangneung.

Pour la session de nuit coréenne, à 10h30 – heure française – le départ du relais féminin de ski de fond sera donné. Les Françaises (Faivre-Picon, Claudel, Jean, Thomas-Hugue) voudront réitérer leur énorme quatrième place de Sotchi alors que les Norvégiennes seront les grandes favorites. À partir de 11h, les séries du 1 500m féminin de short-track débuteront : Tifany Huot-Marchand, que nous avions interviewé, en sera comme Véronique Pierron. Les demi-finales et finales (13h10) sont prévues dans la foulée mais il y aura également les quarts, demies et finales (13h25) du 1 000m masculin, avec Thibaut Fauconnet. Enfin, la mass-start féminine de biathlon est au programme à 12h15 avec quatre françaises engagées – Bescond, Dorin-Habert, Chevalier et Braisaz – alors que le concours olympique de saut à ski sur grand tremplin débutera à 13h30, avec les Français Descombes-Sevoie et Learoyd, et que le skeleton féminin livrera son verdict (12h20 et 13h45).

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A propos de Florian Burgaud 44 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant licencié d'histoire et en télépréparation journalisme à l'ESJ Lille.

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