Un jour à PyeongChang #8 : la désillusion Tess Ledeux, l’énorme sensation Ester Ledecka et la médaille historique de Marit Bjørgen

C'est la sensation des Jeux de PyeongChang : une snowboardeuse vainqueur en ski alpin ! (© Alain Grosclaude/Photo Zoom)

Une semaine que les sportifs se démènent sur les différents sites qui accueillent les Jeux pour décrocher les précieuses breloques. Une semaine que des histoires singulières se mêlent à celles des stars. Le cas du Tongien Pita Taufatofua, qui avait participé aux Jeux de Rio en taekwondo, héros du 15km libre d’hier en ski de fond en est la preuve tout comme le Mexicain German Madrazo, dernier de la course et porté en triomphe par… Taufatofua et le Marocain Samir Azzimani, 111eme. Tout cela a eu lieu au moment même où le Suisse Dario Cologna remportait sa troisième médaille d’or olympique de rang sur 15km. La grande histoire des Jeux mêlée aux petits contes féeriques qu’ils engendrent. L’histoire de la Française Tess Ledeux, 16 ans et cousine de Kevin Rolland, multiple vainqueur des X Games en ski halfpipe et médaillé de bronze il y a quatre ans à Sotchi, aurait pu être grande. Tout était prévu pour qu’elle le devienne. La petite génie du ski slopestyle mondial devait être sacrée ce samedi au Phoenix Park de Bokwang. Et puis patatra. Un premier run de réglages en demi-teinte et une chute sur le dernier saut de son second passage ont ruiné ses grands espoirs olympiques. Elle n’a pas imité Julia Pereira, sa camarade de lycée à Albertville bronzée hier en snowboardcross. Cette petite histoire aurait constitué une grande histoire… olympique. Ce sera pour dans quatre ans : Tess Ledeux, déjà championne du monde rappelons-le, n’aura que 20 ans. Voilà le récit d’une journée où les Français ont (quasiment) tout raté et où l’histoire a été marquée par des femmes et des hommes d’exception.

Ester Ledecka, une snowboardeuse championne du monde de Super-G !

Quand nous nous demandions qui pouvait remporter le Super-G féminin olympique de Jeongseon, les noms les plus nombreux à revenir étaient ceux de Lindsey Vonn, Tina Weirather, Anna Veith ou Lara Gut. Finalement, aucune de ses filles s’est parée d’or au contraire de… la Tchèque Ester Ledecka qui mène, de front, carrière de skieuse alpine et de snowboardeuse alpine, où elle excelle : c’est la meilleure au monde, la référence absolue du moment. En ski alpin, elle dispute des Coupes du monde de vitesse lorsque son emploi du temps le lui permet. Ses qualités naturelles sont évidentes, en témoignent ses bons résultats obtenus cette saison à Lake Louise où elle a pris la treizième puis la septième place. Cependant, c’était en descente et non en Super-G. Cette fois, avec son dossard 26 sur le dos, la Tchèque a fait parler la poudre pour passer la ligne un souffle devant l’Autrichienne Anna Veith qui pensait tenir un second titre de rang dans la spécialité. Le bronze de Tina Weirather est à 11 centièmes, la quatrième place de Lara Gut à douze et la cinquième place de Schnarf à seize… C’est dire si le suspense fut présent au cours de cette première épreuve féminine de vitesse. La grande favorite, l’Américaine Lindsey Vonn, termine sixième à 38 centièmes mais a commis une faute immense juste avant la ligne, faute qui la prive, fort probablement, de l’or olympique. Ester Ledecka, auteur aujourd’hui d’un succès qui l’a elle-même surprise, entre dans la légende des sports blancs en devenant la première championne du monde de snowboard à décrocher une médaille aux Jeux en ski alpin. Les images de la snowskieuse (oui oui ça existe, depuis aujourd’hui) tchèque dans l’aire d’arrivée, incrédule, ne croyant pas à ce qu’elle vient de réaliser sont totalement folles. Nouveau rendez-vous pour elle mercredi avec la descente, puis elle remettra ses pieds sur la même planche pour disputer les qualifications du slalom géant parallèle jeudi, et les finales samedi. Encore plus en confiance qu’à l’accoutumer.

Ester Ledecka, incrédule à l’arrivée… ELLE EST CHAMPIONNE OLYMPIQUE ! (© L’Equipe)

Du côté des Française cela n’a pas souri : Romane Miradoli est 19eme, Jennifer Piot 20eme, Tiffany Gauthier 22eme et Tessa Worley 28eme. Cette dernière est carrément passée à côté de ses Jeux olympiques, et c’est bien dommageable. Pour les autres, et pour Laura Gauché, la descente est au programme mercredi avec un entraînement chaque jour jusqu’à cette date.

La terrible désillusion pour Tess Ledeux

Elle devait devenir la nouvelle coqueluche du sport français. Elle devait rentrer dans l’histoire. Elle devait faire sortir le ski slopestyle de l’anonymat en France. Elle devait le faire. Elle devait avoir une médaille d’or autour de son cou au moment de repartir de PyeongChang. Mais non. Tout cela n’a pas eu lieu car, avant la finale, il y a des qualifications. Et celles-ci ont été terribles pour Tess Ledeux, championne du monde il y a un an, titre décroché à 15 ans, dans un anonymat scandaleux tant elle est talentueuse. Elle est déjà sponsorisée par la marque autrichienne de boissons énergisantes Red Bull, ce qui place le niveau de la mademoiselle quand on connaît les autres sportifs de cette team d’exception (Pierre Vaultier, Lindsey Vonn, Aksel Lund Svindal, Alexis Pinturault, etc.). Pour revenir aux qualifications, ce qui s’est passé est terrible car sur son second run, la camarade de classe de Julia Pereira de Sousa Mabileau à Albertville a signé une descente remarquable… jusqu’au dernier saut lors duquel elle cratérise sa réception. Résultat : pas de finale, comme pour Lou Barin, l’autre Tricolore. Les Suissesses ont réalisé le doublé avec le succès de Sarah Höfflin devant Mathilde Gremaud, devenue, à 18 ans et 9 jours, la plus jeune médaillée olympique en ski freestyle de l’histoire. Tess Ledeux aurait pu (dû ?) être cette fille. À l’instar de Martin Fourcade elle aurait pu tweeter “Sport de merde… mais c’est pour ça qu’on l’aime.” Éternels regrets.

L’immense détresse de Tess Ledeux après sa chute, fatale. (© Reuters)

Marit Bjørgen rejoint Ole Einar Bjørndalen après un sprint magnifique

Le duel entre la Norvège et la Suède promettait sur les pistes de ski de fond lors du relais féminin. Il a bien entendu eut lieu entre les deux armadas les plus impressionnantes du moment. D’un côté, Østberg, Jacobsen, Haga et Bjørgen ; de l’autre, Haag, Kalla, Andersson et Nilsson. Au bout du suspense c’est finalement les Norvégiennes qui gagnent, grâce au finish magistral de Marit Bjørgen, légende de la discipline qui décroche sa 13eme médaille olympique, comme Bjørndalen. Elle devient également la première athlètes de l’histoire des Jeux d’hiver à remporter sept médailles d’or. La Reine Marit mérite bien son sobriquet. Du côté des Françaises (Aurore Jean, Anouk Faivre-Picon, Coraline Thomas-Hugue, Delphine Claudel), l’exploit de Sotchi n’a pas eu lieu : elles ont terminé douzièmes à plus de quatre minutes.

L’immense joie de Marit Bjørgen qui a donné le titre à la Norvège en relais, son septième titre olympique. (© Getty Images)

En bref…

Le Japonais Yuzuru Hanyu a confirmé son excellent programme court en dominant le libre pour conserver son titre olympique : il est le premier à réaliser pareille performance depuis le doublé de Dick Button en 1948-1952. Notons les six quadruples de l’Américain Nathan Chen, nouveau record dans un programme libre. Toujours sur la glace de la patinoire de Gangneung, mais en short-track cette fois, la Sud-Coréenne Choi Min-Jeong a offert le titre à son pays sur 1 500m ; les Françaises Tifany Huot-Marchand et Veronique Pierron ont été sorties lors des deux premiers tours. Sur le 1 000m masculin, c’est le Canadien Samuel Girard qui est devenu champion olympique ; le Tricolore Thibaut Fauconnet a été battu en quarts dans une série où il était opposé à trois Sud-Coréens dont celui qui a été le déclencheur de sa chute en finale du 1 500m.

Le roi du patinage artistique mondial, avec un ois d’entraînement… (© Tous droits réservés)

La Slovaque Anastasiya Kuzmina a remporté la mass-start féminine de biathlon grâce à un 19/20 et un énorme niveau sur les skis. Elle est la première biathlète à décrocher trois médailles d’or lors de trois éditions successives : elle avait décroché l’or en sprint en 2010 et en 2014. La Biélorusse Darya Domracheva prend l’argent, le seul métal qui lui manquait dans sa panoplie olympique, et la Norvégienne Tiril Eckhoff décroche le bronze, comme en Russie il y a quatre hivers de cela. Du côté des Françaises, Marie Dorin-Habert fut la meilleure en terminant neuvième alors qu’Anaïs Bescond est 17eme, Justine Braisaz 20eme et Anaïs Chevalier 29eme.

Trois titres olympiques en trois éditions des Jeux pour la Slovaque Kuzmina. (© AP)

Retour sur glace avec le succès de la Britannique Lizzy Yarnold en skeleton : cette médaille d’or lui permet d’être la première athlète de l’histoire à réaliser le doublé olympique dans son sport. Un dernier run d’anthologie, record de la piste à la clé, lui a permis de l’emporter devant l’Allemande Jacqueline Lölling et sa compatriote Laura Deas. Enfin, dans les airs d’Alpensia, le Polonais Kamil Stoch s’est déployé pour remporter le concours olympique sur grand tremplin. Comme en 2014. C’était décidément la journée des doublés : Hanyu, Yarnold et maintenant Stoch. Les Français Descombes-Sevoie, 50eme, et Learoyd, 41eme, n’ont pas brillé.

Lizzy Yarnold au top, comme en 2014 à Sotchi. (© Tous droits réservés)

Et demain ?

Je n’ose même plus vous parler d’immense espoir de médailles pour la France tant les déceptions des jours passés m’ont marqué. Cependant, demain, le compteur des Bleus devrait se débloquer avec le géant masculin (2h15 et 5h45) – où Pinturault, Muffat-Jeandet, Fanara et Faivre seront engagés – et, surtout, la mass-start (12h15) lors de laquelle Martin Fourcade va vouloir se rattraper, après sa désillusion de l’individuelle. Et puis, à 7h15, il y aura le relais masculin en ski de fond, avec Gaillard, Manificat, Parisse et Backscheider : le relais français avait terminé à la troisième place en Russie il y a quatre ans.

Il y aura aussi du ski slopestyle masculin (qualification à 2h, finale à 5h15) où le Tricolore Antoine Adelisse, que nous avions interrogé, est outsider. À partir de 12h05 ce sera les débuts du bobsleigh avec les deux premières manches du bob à deux sur lequel le pilote français Romain Heinrich sera engagé : il a pris la quatrième place du dernier entraînement. Enfin, le 500m féminin de patinage de vitesse se déroulera à 13h et la finale du saut acrobatique hommes sera à suivre à partir de 12h.

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A propos de Florian Burgaud 44 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant licencié d'histoire et en télépréparation journalisme à l'ESJ Lille.

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