L’Ajax Amsterdam croque le Bayern Munich

Double vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions, l’Ajax Amsterdam, à domicile, surclasse le Bayern Munich (4-0) en quart de finale aller de la C1 de 1973 et fonce vers un troisième sacre. Dominateurs la première demi-heure, les Allemands ont peu à peu été dépassés par la puissance collective du football total ajacide.

« Nous avons rappelé à tout le monde que le football était un plaisir. » Plaisir sur le terrain pour les joueurs, plaisir en tribune pour les spectateurs, et plaisir désormais derrière les écrans pour les fans de football. Johan Cruyff a évidemment raison quand il évoque cette notion de plaisir et encore plus quand il évoque les succès de ce football offensif, un football total où tout le monde défend et tout le monde attaque, insaturé par Rinus Michels et perpétué par Stefan Kovacs. Alors entraîneur, Cruyff résume ainsi. «Dans mes équipes, le gardien est le premier attaquant et le buteur, le premier défenseur.» Des années plus tôt, c’est en tant que joueur et dépositaire du totalvoetbal (en version originale) que l’Ajax Amsterdam a régné tant sur les Pays-Bas (champion 1970,1972,1973) que sur l’Europe (victoire en Coupe d’Europe des clubs champions en 1971,1972,1973).

La machine ajacide se met en route timidement …

Lors de ce dernier sacre remporté face à la Juventus Turin en finale, les Ajacides ont démontré leur puissance dans un quart de finale aller face au Bayern Munich, qui reste encore maintenant, l’une des plus abouties performances de l’histoire. Le lendemain du match dans L’Équipe, Jean-Philippe Réthacker salue une « formation d’aujourd’hui et de demain qu’est décidément cet Ajax 1973, bloc indestructible où les onze individualités se confondent et se ressemblent physiquement et techniquement pour mieux s’amalgamer et pour balayer plus impitoyablement l’adversaire ». Impitoyable, le terme est parfaitement trouvé. Cet Ajax « qui ne montre aucune indulgence, aucune pitié » (définition du Larousse) a broyé les Munichois pourtant emmenés par un axe Maier-Beckenbauer-Muller au fur et à mesure que les minutes s’égrainent.

Pourtant, à l’issue de la première demi-heure, ce sont bien les Allemands qui mènent aux points, malgré un Muller incapable de se mettre en bonne position. Après trente minutes de latence côté Ajax, l’orage semble passer pour les joueurs de Stefan Kovacs, la chance de marquer des Allemands également. La machine ajacide se lance et devient par la suite inarrêtable. La machine infernale à presser – sept voire huit joueurs arpentent le terrain pour récupérer le ballon – empêche les Munichois de ressortir le ballon comme ils le souhaitent. La machine au jeu offensif déroutant fait de possession, permutations, dépassements de fonction, est en route également.

… avant d’atomiser les Munichois

Les Allemands résistent avant la pause (un poteau concédé et un sauvetage sur la ligne entre la 30e et la 45e) avant de craquer au retour des vestiaires. Schilcher, le défenseur central ajacide, tente sa chance des vingt mètres. Le ballon repoussé par Maier revient dans les pieds d’Haan, pointe basse du 4-3-3 néerlandais, qui propulse le ballon sous la barre (1-0, 53e). La machine est bel et bien lancée. L’Ajax monopolise le ballon. « Si nous avons le ballon, les autres ne peuvent pas marquer », résume Cruyff. Les Allemands ne se procurent plus d’occasion. Dépassé dans le jeu, le Bayern Munich l’est d’autant plus au tableau d’affichage. Muhren, d’une reprise de volée parfaite venue se loger dans la lucarne (2-0, 68e), puis Haan, d’une tête au premier poteau sur un corner parfait de Cruyff (3-0, 69e) viennent creuser l’écart au score.

Réalistes, efficaces, les Amstellodamois ont assommé les Allemands tout en ayant peu d’occasions. En fin de partie, l’Ajax conclut le match à l’issue d’une action révélatrice du football total : phase de possession par des passes courtes au sol, dépassement de fonction du latéral Krol (passeur décisif) en position de meneur de jeu, but de Cruyff d’une tête magistrale(4-0, 89e). Tout y est. «Jouer au football est simple mais jouer simplement au football est la chose la plus difficile qui soit », indique le génial maître du jeu et non moins philosophe Johan Cruyff, qui quitte l’Ajax à l’issue de cette saison 1972-1973 pour rejoindre Rinus Michels à Barcelone.

Tous deux seront également de la partie en Allemagne en 1974 pour la Coupe du monde. Une compétition qui voit s’affronter les Pays-Bas et l’Allemagne en finale, un Ajax-Bayern un an après le quart du finale. Les Allemands et leur six Bavarois (Maier, Schwarzenbeck, Breitner, Hoeness, Müller et Beckenbauer), prévenus du danger, se défont des Néerlandais et leur six Ajacides (Suurbier, Haan, Krol, Neeskens, Rep, Cruyff) et privent une génération dorée d’un sacre mondial. Il n’y a pas de plaisir sans peine.

Lien du match en entier : https://footballia.net/matches/afc-ajax-bayern-munchen

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