[LUNDI TENNIS] Coupe Davis : L’Espagne scintille, la France fait grise mine et une épreuve en demi-teinte

Forte d’un relooking qui n’a pas manqué de diviser, la Coupe Davis a sacré l’Espagne, emmenée par un Rafael Nadal survolté et soutenue par un public en fusion. Tout le contraire des Bleus qui sont sortis par la petite porte dès les poules. Agora Sports dresse le bilan de la Coupe Davis collection automne 2019.

L’Espagne sacrée, comme une évidence

« Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ». Alfred de Musset avait-t-il résumé, 188 ans avant la Coupe Davis nouvelle version, l’essence même de la Coupe du monde du tennis ? Pour cette 108ème édition, la perplexité des aficionados du tennis a laissé place à la joie des Espagnols, redevenus les conquistadors du Saladier d’argent pour la première depuis 2011.

Pour les coéquipiers de Rafael Nadal, ce fut donc la semaine parfaite. Dans la « Caja Magica » (littéralement « boîte magique ») de Madrid, les Espagnols ont remporté la sixième Coupe Davis de leur histoire après leur succès contre le Canada en finale (2 points à 0). Menée par le n°1 mondial, en fusion tout au long de la semaine, les Ibères ont brillé par leur grinta, venue adoucir l’amertume qui rongeait depuis un an le cœur des « historiques » de l’ancien format de la compétition. A domicile, l’Espagne n’avait donc pas vraiment le droit à l’erreur, qui plus est avec l’équipe sélectionnée. Avec deux joueurs du top 10 mondial (Nadal donc et Bautista-Agut, 9ème à l’ATP) dans ses rangs, la « Roja » se trouvait dans la situation de favorite bien malgré elle. Non tête de série pour cette Coupe Davis collection automne 2019, elle a dû batailler contre la Russie et ses stars montantes pour se qualifier pour les quarts (victoire 2 points à 1) avant de se défaire des pièges argentin puis britannique (deux victoires 2 points à 1) pour rejoindre la finale.

Attendus par leur public à ce stade de la compétition, les Espagnols ont néanmoins été surpris de voir les Canadiens leur disputer le titre. Pour cette finale inédite, les locaux ont serré le jeu face aux jeunes pousses d’outre-Atlantique Félix Auger-Aliassime et Denis Shapovalov, respectivement battus par Bautista-Agut (7-6, 6-3) et Nadal (6-3, 7-6). En gagnant son huitième match de la semaine (5 simples et 3 doubles), le n°1 mondial a finalement libéré une boîte magique qui ne demandait qu’à exploser.

Les Bleus ont passé leur tour

Attendus comme une des prétendantes au titre, la France n’a pas été à la hauteur de l’événement. Pour cette « Coupe du monde du tennis », les Bleus ont échoué à se qualifier pour les quarts de finale de l’épreuve pour la première fois depuis 2009. Certes, le format a changé mais les raisons de cette contre-performance pour l’équipe lauréate en 2017 et finaliste en 2018 sont bien réelles.

D’abord, la sélection de Gaël Monfils, à court de forme en cette fin de saison, a posé question. Bien qu’il soit 10ème mondial, le Parisien n’était peut-être pas le mieux armé pour jouer cette semaine en Coupe Davis. Même s’il a toujours été percutant sous le maillot bleu, le Français a traîné la patte contre Nishioka et offert l’égalisation au Japon. Une frayeur écartée quelques heures plus tard par le double Mahut-Herbert. C’est finalement Monfils lui-même qui s’auto-éliminera de la sélection, justifiant avoir besoin « d’un break » à deux jours du match de la qualification contre la Serbie.

Pour remplacer son leader, le capitaine Sébastien Grosjean a alors aligné Benoît Paire. Propulsé sur le devant de la scène, l’Avignonnais savait qu’il défierait Novak Djokovic dans le match des n°1, juste après Tsonga contre Krajinovic. Alors que son coéquipier était dominé par le n°2 serbe, Paire était toujours sur le banc au bord du court. Tandis que son rival du jour, Djokovic, n’a pas été aperçu du match, lui s’étant éclipsé dans les vestiaires du Central madrilène dès le premier point et bien décidé à plier l’affaire après le succès de son compatriote.

Seul rayon de soleil dans le marasme des Bleus : le double composé de Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert. Les duo tricolore a surfé sur sa bonne vague du moment en enchaînant deux succès lors de cette semaine espagnole contre le Japon (double décisif) et contre la Serbie (double sans enjeu). A méditer pour la campagne 2020.

La Coupe Davis peut remercier les Espagnols

Objet des plus violentes diatribes comme des éloges les plus vertueux depuis l’adoption de la réforme de l’épreuve, la Coupe Davis newlook a décidément fait couler beaucoup d’encre. Si son format totalement rénové a plutôt séduit par le dynamise apporté à la compétition, le système de qualification pour les quarts de finale a toutefois eu son lot de polémiques.

Une semaine de compétition sur un lieu unique permettant aux dix-huit équipes réparties en six poules de trois de se disputer le plus grand titre du tennis par équipe. Sur le papier, la Coupe Davis imaginée par Kosmos, la société de Gérard Piqué, avait tout pour plaire. L’enchaînement des rencontres, l’agglutination de stars à l’instar des Grands Chelems, l’émergence de nouvelles nations comme le Canada et la Russie ou encore l’ambiance de corrida lors de la finale ont été autant de réussite pour cette première édition de la « Coupe du monde du tennis ». Les retours de Nadal et Djokovic en sont l’exemple parfait qui vient justifier cette réforme tant redoutée par le monde de la petite balle jaune.

Mais le gros point noir restera l’absence de ferveur des supporters des équipes visiteuses. Comment rendre attractif un Kazakhstan-Pays-Bas en Espagne ? Comment la France a-t-elle pu commencer son match contre la Serbie de Djokovic devant un public plus que clairsemé ? Il semblerait que la nouvelle formule de la Coupe Davis ait essentiellement bénéficié du soutien des supporters espagnols, désireux de voir leur équipe ultra compétitive soulever le Saladier d’argent huit ans après Séville. Néanmoins, le choix sur deux ans du lieu de l’épreuve permettrait certainement d’instaurer une continuité dans l’organisation et dans la promotion du format relooké car, après 2019, Madrid accueillera également l’édition 2020 de la Coupe Davis. Un motif d’espoir pour une compétition née en 1900 et dont l’essence même reposait sur la multiplicité des lieux de compétition.

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