Philippe Gilbert : reçu 4 sur 5

Gilbert peut exulter, il remporte Paris-Roubaix au terme d'une course sensationnelle.

En remportant Paris-Roubaix ce dimanche 14 avril, le Belge se rapproche un peu plus du rêve fou qu’il s’est fixé il y a 3 ans : remporter les 5 Monuments. À présent, seul Milan-San Remo manque à son palmarès. Âgé de 36 ans, Gilbert a encore le temps de réussir ce pari fou, que seuls Merckx, De Vlaeminck et Van Looy ont réalisé dans l’histoire.

Gilbert entre encore un peu plus dans la légende du cyclisme avec ce triomphe dans le vélodrome de Roubaix pour la 117ème édition de “l’Enfer du Nord”. Pour en arriver là, le Wallon n’a pas hésité à changer de registre depuis sa première expérience sur les pavés du Nord en 2007. À cette époque, le jeune Philippe court sous les couleurs de la Française des Jeux, de Marc Madiot qui lui a offert son premier contrat professionnel en 2003. Les 6 saisons passées en France font de lui un coureur reconnu pour ses qualités de puncheur et d’endurance. En 2004, seulement âgé de 21 ans, il termine 14ème de Milan-San Remo et même 6ème en 2005 sur la course la plus longue du calendrier (290 kilomètres). Les pavés ne lui réussissent pas de trop, puisque les deux premières participations au Tour des Flandres se soldent par deux abandons. Étant domicilié à Remouchamps, localité Wallonne où se situe la célèbre côte de la Redoute, juge de paix de Liège-Bastogne-Liège, Philippe Gilbert axe son programme et ses pics de forme sur les classiques Ardennaises. Capable de démarrages foudroyants dans les pentes les plus sévères, Gilbert monte en pression jusqu’à cette année 2011 où il empile les succès et réalise le triplé Amstel-Flèche-Liège. À cela s’ajoute un titre de champion de Belgique, la Classica San Sebastian et surtout le maillot jaune du Tour de France après sa victoire lors de la première étape. À 29 ans, le Belge possède 2 Monuments dans sa musette, après ses victoires sur le Tour de Lombardie en 2009 et 2010.

Un transfert chez BMC qui freine sa carrière

Avec 19 succès pour l’équipe BMC où il est employé de 2012 à 2016 (18 victoires pour la seule année 2011), le passage de Philippe Gilbert dans l’écurie Américano-Suisse est mitigé. Pourtant, le Graal s’offre à lui dès 2012 avec le titre mondial acquis sur les pentes du Cauberg aux Pays-Bas. Moins en réussite, le Wallon ne s’impose sur aucun des Monuments auxquels il participe. Surtout, Gilbert ne prend plus part aux classiques pavées qu’il délaisse au profit des Ardennaises (1 seul Tour des Flandres en 2012 et  aucun Paris-Roubaix). Malgré tout, le Belge reste l’un des coureurs les plus respectés du peloton, et ses succès d’étapes sur le Giro et la Vuelta font de lui l’un des coureurs les plus redoutés lorsque la course est difficile. En concurrence avec l’autre star montante du cyclisme Belge, Greg Van Avermaet, Philippe Gilbert fait le choix de se relancer au sein d’une des plus grosses écuries du peloton. Fin 2016, il s’engage dans l’équipe Quick Step-Floors auprès de Patrick Lefevere. “Patrick, je l’ai rencontré pour la première fois quand j’avais 16 ans. Il était venu voir un événement de détection de jeunes coureurs. Et quand j’étais prêt pour passer chez les pros, nous avions déjà été en contact”. Pour Gilbert, il était temps d’écrire un nouveau chapitre dans sa carrière.

Phil, comme on le surnomme, devient champion du monde au sommet du Cauberg en 2012. ©Bettini Photo

À la conquête des 5 Monuments !

Cette folle mission qu’il s’est fixé pousse le Wallon à se rediriger vers des courses qu’il avait délaissées durant quelques années : les Flandriennes. Après 5 ans d’absence, il marque son retour sur le Tour des Flandres de la plus belle des manières. Auteur d’un raid en solitaire de 50 kilomètres, il s’adjuge un troisième Monument de la plus belle des manières. De plus, il ajoute un son nom pour la quatrième fois au palmarès de l’Amstel Gold Race quelques jours plus tard. Ce printemps 2017 est radieux pour Gilbert qui se relance dès les premiers rendez-vous avec sa nouvelle équipe. Cette forme étincelante ne sera pourtant pas mise à profit sur les pavés de l’Enfer du Nord auquel il ne participe pas cette année-là. Mais à l’orée de la saison 2018, le Belge sait que cette course est le prochain grand objectif de sa carrière. “J’ai l’impression que Paris-Roubaix est davantage à ma portée que Milan-San Remo. Mon expérience, c’est la résistance. Je gère mieux le cap des six heures sur le vélo, l’émotion, le stress…” disait-il en janvier 2018. S’en suit une campagne des classiques Flandriennes satisfaisante où il enchaîne les places d’honneur avant de terminer 3ème au Tour des Flandres. Malgré tout, cette bonne forme physique ne lui permet pas de jouer la gagne une semaine plus tard sur les pavés de Roubaix. Une 15ème place au final qui laisse présager de bonnes performances dans l’avenir.

Du tout au tout

Un an plus tard, le 7 avril 2019, Philippe Gilbert s’élance sur le Tour des Flandres. Mais le moral n’est pas là. Le Belge souffre de problèmes gastriques qui viennent anéantir une préparation réussie pour ce grand rendez-vous (8ème du Omloop Het Nieuwsblad, 11ème du GP E3). Hors du coup, Gilbert abandonne à la mi-course, préférant préserver son corps en vue de Paris-Roubaix, une semaine plus tard. Grand bien lui en a pris, puisqu’au terme de 257 kilomètres d’une course haletante, le Belge s’est imposé dans un duel face à Nils Politt  dans le vélodrome de Roubaix. Pour l’emporter, le coureur de la Deceuninck-Quick Step n’a pas hésité à partir de loin. “Les longues échappées ne me font pas peur. Ça a souvent tourné en ma faveur. Je me suis lancé dans le boulot avec Politt qui est aussi un coureur très courageux“. Cette victoire est un nouveau pas effectué vers ce rêve fou de remporter les 5 Monuments du cyclisme. Le compteur en affiche pour l’instant 4 mais nous pouvons compter sur lui pour ne pas s’arrêter si près du but. “Quand j’ai décidé de me lancer dans ce défi il y a trois ans, beaucoup de gens m’ont dit que les pavés n’étaient pas pour moi. J’ai d’abord gagné le Tour des Flandres et puis Paris-Roubaix. J’ai pu transformer mes qualités de puncheur” expliquait-il dimanche soir au vélodrome de Roubaix.

C’est en compagnie du grand Nils Politt que Gilbert s’est échappé dans le final de l’Enfer du Nord. © Deceuninck Quick-Step Cycling Team

Milan-San Remo en ligne de mire

Afin de réaliser le grand chelem, Gilbert devra s’imposer sur la course Italienne. Une épreuve qu’il connaît bien puisqu’il y a déjà participé à 15 reprises. Surtout, ses résultats sur cette course qui avoisine les 300 kilomètres lui donnent de bonnes raisons de rêver. Avec 4 tops 10, dont deux podiums, Gilbert sait que cette course pourra lui sourire. Son âge avancé, 36 ans, ne sera pas un frein pour lui qui connaît un second souffle depuis son arrivée chez Quick-Step il y a deux ans. Cette année, il s’est mis au service de Julian Alaphilippe, qui le lui a bien rendu puisqu’il s’est imposé au terme d’un sprint en petit comité. L’an prochain, le Wallon pourra compter sur le soutien de son équipe, qui depuis de nombreuses années monopolise la plus haute marche des podiums. En effet, l’équipe Belge tourne à 57 victoires de moyenne par saison depuis 2012. Une victoire sur ce Monument lui permettrait d’entrer encore un peu plus dans la légende du cyclisme. En cas d’échec, le Belge n’aura pas à rougir de sa carrière, lui qui possède le plus beau palmarès des cyclistes de sa génération.

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