Supporters et instances : une relation brumeuse

Les ultras parisiens enflamment le Parc lors de la victoire 6/1 contre Belgrade en Champions League.

Depuis 2010, les organisations dirigeantes du football français mènent une politique rigoureuse à l’égard des supporters afin de pacifier les stades. Aujourd’hui, le dialogue entre les deux parties tente de s’établir. Les débats entre les deux camps restent tout de même houleux à l’image de la discorde autour des fumigènes.

Derby Rhônalpin arrêté provisoirement après le craquage de nombreux fumigènes.

Le 20 janvier dernier se tenait le derby entre Saint-Etienne et Lyon à Geoffroy Guichard. Malgré la victoire, les joueurs Lyonnais s’y sont sentis bien seuls puisque la préfecture avait publié un arrêté préfectoral, interdisant la présence des Gones dans le Forez. Pour comprendre cette interdiction de déplacement, et des centaines d’autres prises ultérieurement, il faut remonter le temps et analyser la situation.

lundi 11 février 2019, deuxième division allemande : 8000 fans du Dynamo Dresden ont fait le déplacement à Hambourg.

Après la mort d’un fan parisien en 2010, le président du PSG, Robin Leproux, décide de prendre une décision radicale : dissolution des groupes ultras du Parc des Princes et interdiction de vente de places aux fans affiliés à ces tribunes. Cet incident est le point de rupture des relations entre supporters et dirigeants dans tout le pays.

Depuis, c’est la Fédération Française de Football (FFF) et la Ligue de Football Professionnel (LFP) qui ont repris le flambeau. Dans leur viseur, les ultras, ces supporters qui animent week-end après week-end les tribunes. Le point de friction le plus sensible concerne l’utilisation des fumigènes dans les stades. Sur ce sujet-là, le président de la Fédération Noël Le Graët est inflexible : c’est tolérance zéro : “Zéro fumigènes dans les stades. S’il y en a, on ne démarre pas le match”. Le ton est donné.

Fumi tue ?

Sanctionné d’un an et 7500 euros d’amende, l’introduction d’un fumigène dans une enceinte sportive est réprimandée par la loi depuis plus de 20 ans. Cela n’empêche pas leur utilisation, qui en France, fait partie intégrante de la culture ultra. Pendant des années, aucune amende n’est venue sanctionner les fauteurs. Mais la Fédération ainsi que la LFP ont passé la vitesse supérieure à partir de 2010. Amendes pécuniaires, huis-clos partiel ou total du stade, interdiction de stade sont les outils utilisés pour punir l’utilisation des fumigènes.

Alors que les sanctions se multiplient, il est étonnant de constater que le nombre de fumigènes craqués est à la hausse. 2792 pour la saison 2017/2018, ce qui représente une augmentation de 65% par rapport à l’exercice précédent. Chez les ultras, cette pratique festive et popularisée depuis les années 1970 ne peut pas être abandonnée. Incontournable chez les supporters, elle n’est pas envisagée par les instances dirigeantes. Au final, c’est un dialogue de sourds qui s’est instauré entre les deux parties.

“Supporters, pas criminels”

Des parcages dédiés aux supporters adverses vides. Un spectacle de plus en plus fréquent en France.

“Supporters, pas criminel” est un mouvement lancé en 2016 par des membres de groupes ultras et des supporters issus de tout l’hexagone. Malgré les rivalités, les fans savent s’entendre pour soutenir et défendre leur cause. Dans “l’autre camp”, celui de la Fédération, on mise plutôt sur une nouvelle pratique : l’interdiction de déplacement. En corrélation avec les préfets, les instances décident d’interdire le voyage des fans suivant leur équipe à l’extérieur. Cette mesure attise la colère du côté des ultras, qui en somme, ne sont que des personnes privées de leur liberté de se déplacer.

Qu’elle semble lointaine l’époque où 1700 Lyonnais se déplaçaient à Geoffroy Guichard ou 1500 Marseillais se regroupaient dans le parcage du Parc des Princes. Chacun étant arc bouté sur sa position, on se demande bien comment la situation pourrait s’améliorer, alors que celle-ci se dégrade depuis bientôt une décennie.

Des solutions, l’Association Nationale des Supporters (ANS) tente d’en trouver. Créée en 2014, elle a pour vocation d’ouvrir un dialogue pacifié et constructif avec la LFP et la FFF. Il ne fait nul doute que le chemin sera long mais c’est avec des actions de ce type que chacun trouvera le moyen de faire avancer les choses. L’objectif final étant de dissiper cet épais brouillard et de donner aux amoureux de football le plus beau spectacle qu’il soit.

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