[TOUR DES STADES] Khalifa International Stadium, un stade au cœur de la polémique

Le Khalifa International Stadium vu de l'intérieur © BELGA

Avec l’organisation des Championnats du monde, tous les regards de l’athlétisme mondial sont braqués sur le Khalifa International Stadium de Doha du 27 septembre au 6 octobre 2019. Mais, en raison de conditions climatiques extrêmes, du contexte politique et diplomatique qatari, des suspicions de corruption et du manque d’engouement populaire que créent ces championnats, ces derniers, dans un premier temps controversés, risquent de tourner au fiasco et ainsi ne pas être la vitrine souhaitée par le Qatar.

Un stade multifonctionnel et ultra-moderne

Le Khalifa International Stadium n’est pas né de la dernière pluie. Réalisé par l’architecte français Roger Taillibert et inauguré le 3 mars 1976, cet écrin a déjà connu plusieurs rénovations au cours de son histoire dont la dernière date de 2017 en vue de l’organisation du Championnat du Monde de football au Qatar en 2022. Il est ainsi la première des huit enceintes du tournoi achevée pour un coût total de 81 millions d’euros. La Fédération Qatarie de Football ainsi que Mohamed Ahmed, chef de projet du SC, se sont félicités de cette nouvelle via un communiqué : « Khalifa est l’un des sites sportifs les plus reconnaissables, historiques et emblématiques du Qatar. Il est donc logique qu’il soit devenu le premier stade proposé pour l’ouverture officielle du stade de la Coupe du Monde de la FIFA 2022 ». Un communiqué élogieux mais prenant soin de dissimuler les scandales liés aux conditions de travail déplorables des travailleurs migrants exploités afin de construire les infrastructures de la Coupe du Monde de football 2022.

Entièrement climatisé, il maintient une température de 26° en son sein dans le but d’optimiser le confort des 40 000 supporters et des vingt-deux acteurs dans une région où les températures peuvent facilement dépasser les 40° en été. Certes, la technologie employée est innovante puisqu’elle utilise jusqu’à 40% d’énergie en moins que les systèmes conventionnels, mais il n’en reste pas moins qu’avoir à rafraichir artificiellement tout un stade, dans le seul but que se disputent des rencontres de football, est une aberration tant économique qu’écologique.

Or cette semaine ce n’est pas de football dont il est question mais d’athlétisme. L’intégralité des épreuves des Championnats ne se déroulant pas dans le stade, tous les athlètes n’ont donc pas la chance de concourir sous air climatisée. Ainsi, c’est l’organisation en elle-même d’un évènement sportif de cette ampleur dans un pays comme le Qatar qui est à remettre en question.

Un lieu symbolisant polémiques et controverses

Les athlètes sont les principaux oubliés de ces mondiaux où les conditions extrêmes mettent en danger leur intégrité physique. Partout sur la piste on peut les observer au bord de l’asphyxie, comme paralysés et K-O. En effet, la chaleur et l’humidité ont causé l’abandon de pas moins de 26 participantes sur 68 engagées lors de l’épreuve du marathon féminin et de 18 concurrents sur 46 finalistes lors du 50km marche messieurs, dont le champion du monde en titre, le français Yohann Diniz.

A ces problèmes climatiques, s’ajoute le manque de ferveur populaire de ces Championnats. La finale du 100 mètres messieurs, habituellement épreuve phare de la compétition, s’est déroulée devant un stade au trois-quarts vide. C’est pourquoi, le comité d’organisation songe à recruter des spectateurs parmi les enfants et travailleurs migrants. Aberrant.

Doha n’est irrémédiablement pas l’endroit idéal pour la tenue de ces mondiaux d’athlétisme voire même d’évènements sportifs majeurs et ce peu importe les prouesses technologiques inédites mises en place afin de pallier certains problèmes climatiques. Mais la FIFA et l’IAAF ont leurs raisons que le grand public ignore …

Le spectre de la corruption hante les hautes sphères qataries ainsi que les institutions sportives mondiales. Mais le Qatar tient à organiser ce genre d’évènements afin de s’acheter une nouvelle image à l’international, de s’émanciper de l’influence saoudienne et de diversifier son économie dans le but de ne plus être dépendant uniquement de ses revenus gaziers. Ainsi, le Khalifa International Stadium et le Qatar n’en sont pas à leur coup d’essai. En effet, au cours de ces dernières années, c’est une véritable diplomatie sportive qui a été développée avec notamment l’accueil des Jeux d’Asie en 2006, de la finale de la Coupe d’Asie des Nations 2011, des Championnats du monde de handball en 2015, de cyclisme en 2016, d’athlétisme en 2019, de football en 2022 et de natation en 2023. Le football reste leur vitrine privilégiée mais Doha a désormais les Jeux Olympiques d’été en ligne de mire.

Alors, cette stratégie de soft power est-elle une réussite ? A vous de juger.

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