[TOUR DES STADES] Stade International de Yokohama, l’œil du typhon rugbystique japonais

Le Nissan Stadium de Yokohama

Futur hôte de la finale de la Coupe du monde de rugby 2019 ayant actuellement lieu en terres nippones, le Nissan Stadium, plus connu sous son ancien nom de « Stade International de Yokohama », a dernièrement failli être malgré lui le symbole d’une des plus grandes injustices de l’histoire du sport.

La plus grande enceinte sportive japonaise

Le Nissan Stadium, situé au nord du centre-ville de Yokohama, abrite un des deux clubs de football de la ville, le Yokohama F. Marinos, évoluant dans le championnat japonais, la J-League. Il est d’une capacité de 72 327 places ce qui en fait le plus grand stade du Japon. Victime du « naming », il doit son nom actuel à cette pratique devenue courante dans le monde du sport puisqu’elle favorise la rentabilisation des montants mis en œuvre lors de la construction de la structure. Ce nom n’est, au demeurant, pas un hasard puisque le constructeur automobile nippon a son siège social dans la ville depuis 2010. Quant à sa construction, d’une valeur de 60,3 milliards de yen, soit environ 500 millions d’euros, elle s’est étendue de janvier 1994 à octobre 1997. Le stade est ensuite inauguré le 1er mars 1998 à l’occasion d’un match amical de football qui vit s’imposer la sélection japonaise au dépend de leurs traditionnels rivaux Sud-Coréens [2-1]. L’enceinte, mesurant près de 52 mètres de hauteur, est également équipée de deux écrans géants haute définition de plus de 24 mètres de diagonale. A sa construction, il était par ailleurs le premier stade d’extérieur haute définition au Japon. Ajouter à cela un système d’éclairage LED moderniste ainsi qu’un orchestre de 439 haut-parleurs d’une qualité sonore exceptionnelle et vous obtiendrez ce stade ultramoderne.

Un haut-lieu de grands rendez-vous sportifs

Le Nissan Stadium, empli d’histoire et d’émotions, est une place forte du sport mondial. En effet, après avoir accueilli la Coupe des Confédérations en 2001, il a hébergé une partie des matchs de la Coupe du Monde de football organisée en 2002 au Japon et en Corée du Sud. Surtout, il a été choisi comme l’hôte de la finale le 30 juin 2002 où le Brésil s’imposa 2-0 contre l’Allemagne avec un doublé de Ronaldo. Depuis, le stade n’en a pas fini avec l’organisation d’évènements sportifs d’envergure mondiale. Il est, par exemple, la scène privilégiée du Championnat du monde des clubs avec onze organisations sur les dix-sept dernières éditions.

Mais c’est grâce à un tout autre sport que le ballon rond, auquel il est principalement destiné, que le Nissan Stadium est au cœur de l’actualité. En effet, il est aujourd’hui une des douze enceintes du plus grand évènement rugbystique mondial : la Coupe du Monde. Il est même l’épicentre de cette 9ème édition puisque les deux demi-finales et la finale se tiendront en son sein. Surtout, l’ex-Stade International de Yokohama était le terrain de jeu de la rencontre opposant le Japon à l’Ecosse, véritable finale de la poule A, en vue d’une place pour les quarts de finale. Mais la tenue de ce match a été remise en question jusqu’à son coup d’envoi suite au passage du typhon Hagibis samedi dernier. Un imprévu synonyme de zizanie pour les organisateurs de ce mondial.

Hagibis, un gros caillou dans l’engrenage de l’organisation de la Coupe du Monde

Japon – Ecosse. Le match de ce premier tour. Un enjeu majeur, une partie spectaculaire riche de sept essais, un contexte particulier et une qualification inédite du Japon pour les quarts de finale de sa Coupe du Monde. Et pourtant, cette rencontre a bien failli n’avoir jamais lieu suite au passage du typhon Hagibis ayant frappé la côte orientale nippone le 12 octobre dernier. Face à ce phénomène, les organisateurs n’avaient que trois solutions : maintenir la rencontre, délocaliser le match ou l’annuler.

La piste du report a été tout de suite abandonnée. En effet, avant même le début du Mondial, le règlement édicté par World Rugby ne laissait pas de place au doute : « Si un match de groupe ne peut commencer le jour prévu, ledit match ne sera pas reporté au lendemain et sera considéré comme annulé. Dans ce cas, le résultat du match sera déclaré nul et les équipes se verront octroyer chacune deux points et aucun score ne sera enregistré ». Une éventuelle délocalisation de la rencontre était quant à elle possible ? « Si toutes les alternatives ont été étudiées, la sécurité du public et des équipes a constitué la priorité, de même que la possibilité d’offrir une solution cohérente et équitable à toutes les nations représentées », expliquait World Rugby. La volonté d’une équité pour toutes les équipes, sur le modèle « personne ne joue ou tout le monde joue », a été entérinée. Ainsi, selon le niveau de complication des problèmes d’ordre logistique existant (sécurité, déplacement des supporters, hébergement, etc), le match se verrait délocalisé ou tout simplement annulé si les conditions ne sont toujours pas réunies pour sa bonne tenue.

Japon – Ecosse eu finalement lieu et vit, comme dit précédemment, les locaux l’emporter et se qualifier historiquement pour la phase finale. L’Ecosse, alors en ballotage défavorable avant la rencontre, ne fut donc pas éliminée sur tapis vert. Une élimination qui aurait eu alors un goût d’injustice pour les Ecossais et qui, par conséquent, aurait relativisé l’exploit des Japonais de se qualifier. La sécurité des individus doit, certes, primer sur le reste mais il n’en reste pas moins qu’annuler des matchs de Coupe du Monde, d’autant plus à enjeu, est inadmissible. Ses organisateurs auraient dû prévoir le risque de typhon puisque chaque année une vingtaine d’entre eux frappent l’archipel durant les mois de juillet à octobre. Alors pourquoi n’avoir pas fait comme lors de la prochaine Coupe du Monde de football au Qatar et ainsi repousser de quelques semaines la Coupe du Monde de rugby ? Pourquoi World Rugby n’a pas prévu de plan B en cas de typhon ? Autant de questions qui n’auront pas de réponses lors de cette édition.  

En effet, si Japon – Ecosse eut lieu, d’autres n’ont pas eu cette chance. Les matchs Angleterre – France, Canada – Namibie et Italie – Nouvelle-Zélande ont été purement et simplement annulés. Si les deux premiers cités étaient sans enjeu majeur, l’Italie était, elle, toujours en mesure de se qualifier. Pour cela elle devait battre les All Blacks avec bonus offensif à la clé sans que ces derniers n’empochent de bonus défensif. L’écart de niveau entre ces deux nations est tel que ce scénario était utopique mais pas moins réel ! Personne n’est à l’abri d’un exploit, or le sport est source de nombreux d’entre eux. Au lieu de ça, l’Italie quitta la compétition sur tapis vert …

La Coupe du Monde de rugby au Japon, novatrice et audacieuse par l’originalité de son pays hôte, reste pour le moment à jamais dans les annales comme étant la première de l’histoire à ne pas avoir su tenir tous ses matchs.

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