US Open : Stan The Man…

L'US Open 2016, une formalité pour Stan The Man (Source : RDS)

 Un dictionnaire des synonymes du terme « ahurissant » ne suffit à l’éloge descriptive de la finale de l’ultime rencontre de l’US Open 2016. Sans langue de bois, le moment est sacré, l’instant à savourer.

 Quinze jours antérieurs à cet événement planétaire, d’aucun n’aurait ne serait-ce que songer à la victoire de Stanislas Wawrinka. Depuis le séisme sur l’ocre Parisien en 2014, il n’a guère brillé en Grand Chelem. Sa collaboration avec Richard Krajicek avait pour noble vocation d’octroyer une impulsion accélératrice à sa saison marqué par quelques modestes satisfactions. Hélas, sur le gazon du All England Club, sa preste éjection l’a conduit à un rang qui l’avait omit de ses standards, soit celui de l’éternel outsider. Aujourd’hui, il prend une dimension autrement plus grandiose, et rejoint le cercle fermé des broyeurs de la maestria installée au sommet du classement. Pis, les conséquences de la prestation du Suisse sont aussi nombreuses que la quantité d’astres y ayant assisté dans la pénombre New-yorkaise.

Défense, attaque et rallies

 L’analyse de l’opposition est instructive. À l’instar de la prouesse à Roland Garros, Novak Djokovic n’a tardé à prendre l’ascendant dans un set acharné (7-6), conclu sur un tie-break cinglant (7-1). Sous pression, le Serbe se maintient constamment au-dessus, avec notamment 60% de points remportés lors d’un « Deuce ». La seconde manche voit la première balle de Stan à son paroxysme (67%). Un pourcentage faible, témoignant des multiples qualités alternatives intégrées à sa palette, à commencer par son revers cosmique, auteur par douze fois, d’un pas supplémentaire vers le Graal. Le dernier acte prouve clairement sa puissance psychologique ayant su résister aux moult péripéties le parsemant. Les appels au temps mort médical (2) pour le tenant du titre, quoique nécessaires, n’ont entravé que partiellement la route du double vainqueur en Majeur, « débreak » oblige. Certainement entamé physiquement à l’orée de la compétition, et de surcroit de l’affrontement fatidique, les jambes du natif de Belgrade, anéanties par des courses imposées, n’ont parcoure au quatrième, pas plus de 740 mètres (contre 830). Trente coups gagnants (45 pour son adversaire), 46 erreurs non-provoquées (contre 51) et un quota de « points won » identique à la virgule près. Soit la feuille statistique d’un bras de fer de 3h54 minutes dominé tantôt par le numéro un mondial, tantôt par sa bête noire. Les longs échanges ont ravivé durant une heure et demi l’hégémonie du poulain de Boris Becker, avant de constater, à l’étonnement général, une fébrilité inhabituel, une fragilité au terme de ceux-ci dont a profité son alter-ego, le titillant au premiers abords, le forçant à la faute par la suite, avec un panache déconcertant.

AP Photo/Darron Cummings
AP Photo/Darron Cummings

« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Mais échoue un peu moins »

 L’adage de Samuel Beckett, inscrit sur la chair du Vaudois, traduit à merveille sa déflagration actuelle. Le Lausannois est un monstre, un enragé du combat et de l’entrainement, un miraculé survivant de justesse d’une surprenante lutte face à Daniel Evans (6-4, 3-6, 7-6, 6-7, 6-2). Une bénédiction qu’il doit à un salvateur « backhand » millimétré sur balle de match. Au lendemain d’intenses batailles contre la Tour de Tandil, Juan Martin Del Potro (7-6, 4-6, 6-3, 6-2), et Kei Nishikori (4-6, 7-5, 6-4, 6-2), maints sont ceux qui ne pronostiquaient sur son succès. D’autant plus qu’après 17h de visites des courts du complexe (8h seulement pour le Djoker), la conception logique de la fatigue tend à des prédictions cartésiennes et mathématiques. En revanche, parallèlement à l’incontestable bonheur, la tristesse emplit cœurs et âmes de fans et experts. Découvrir une facette inconnu de l’enfant chéri de l’exhaustivité des publics crée un pincement au cœur, et rafraîchit les mémoires ayant annihilé la part « humaine » de l’individu en question. Spéculer sur la fin de son règne,  de sa suprématie ou de son leadership demeure présomptueux, loin s’en faut. L’âme d’un champion est constituée d’un ingrédient rare, mais ô combien vital, l’orgueil. Ainsi, parier sur un avenir encore et toujours lumineux est légitime, adroit et raisonné.

 S’il est manifeste que Flushing Meadows ait connu de plus homériques opus, si il est vrai que l’affaissement de forme de « Nole » ait altéré le cours du destin, si il est évident que le malheur des uns implique le bonheur des autres, il n’en subsiste pas moins que ce sacre est historique. 2014, 2015, 2016. Open d’Australie, Roland Garros, US Open. Trois années, trois rendez-vous, trois consécrations. Un dogme a disparu des annales de la discipline, et se substitue au « Big 5 »…

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