[BILAN] Que retenir de la saison des juniors sur le circuit ITF 2017 ?

Axel Geller, numéro un mondial chez les juniors en 2017 (Diario Resumen/ITF)

Une saison entière sur le circuit ITF junior permet déjà de se faire une brève idée sur le potentiel de chacun des jeunes tennismans les plus prometteurs. La saison 2017 fut très intense et la révélation très précoce de certains prodiges de la balle orange sur le circuit professionnel ATP en fait une génération particulièrement talentueuse.

 

Le champion du monde ITF junior 2017 : Axel Geller

La saison dernière, Miomir Kecmanovic (1999) avait terminé l’exercice 2016 en tête du classement ITF. En 2017, c’est Axel Geller qui a doublé dans les dernières semaines de l’année le Chinois Yibing Wu pour s’imposer en haut de la hiérarchie des joueurs nés après le 1er janvier 1999. Le tennisman argentin est également issu de la génération 1999, tout comme le vainqueur de l’an dernier. Du haut de ses 18 ans, celui qui s’est formé à la prestigieuse académie Bollettieri de Floride a vécu son éclosion sur le circuit junior.

Le natif de Buenos Aires n’a pourtant rien d’un terrien. Il est assez peu mobile, mais joue de son atout, son coup droit et son bon service. Sans tomber dans une comparaison douteuse et bien précipitée, son style de jeu se rapproche de celui de son idole Juan Martin Del Potro. Cette saison, il a atteint la finale de Wimbledon Junior (contre Alejandro Dadidovich Fokina) et de l’US Open (contre Yibing Wu). Il a également été très performant en double avec des victoires à Wimbledon et au prestigieux Trofeo Bonfiglio.

S’il n’est probablement pas le meilleur de sa génération, dû à cette éclosion plus tardive que d’autres qui sont déjà très avancés dans le classement ATP, il a le mérite d’avoir été le plus régulier tout au long de la saison contre des joueurs de son âge et moins âgés. Désormais, tous les regards sont posés sur lui. Il devra confirmer chez les professionnels, alors qu’il n’a joué cette année qu’un seul tournoi Future, deux tableaux qualificatifs et seulement un tableau final en Challenger, et qu’il n’est classé qu’au-delà du millième rang à l’ATP…

 

Une rafale de joueurs déjà sur le circuit principal…

Contrairement à Axel Geller, certains tennismans des générations 1999 et 2000 brillent déjà au plus haut niveau mondial. Six d’entre eux ont déjà connu une première saison professionnelle complète malgré leur jeune âge.

Le prodige Denis Shapovalov (1999) est dès lors entré dans le top 50 mondial, a remporté deux tournois en Challenger, a atteint les huitièmes de finale de l’US Open après avoir éliminé Jo-Wilfried Tsonga, et a surtout atteint la demi-finale du Masters 1000 de Montréal en août dernier. Il s’affiche comme le leader naturel de cette génération.

Un deuxième Canadien, Félix Auger-Aliassime, a lui aussi été étincelant. Il est de loin le mieux classé de la génération 2000, puisqu’il est devenu le plus jeune depuis Rafael Nadal en 2002 à entrer dans le Top 200, et le second plus jeune de l’histoire à remporter deux titres Challenger après Richard Gasquet, lui aussi en 2002. Il est à ce jour au 162e rang mondial.

Un français a également grillé les étapes pour s’imposer durablement sur le circuit secondaire : Corentin Moutet (1999). L’écorché vif a vécu une fin d’année 2017 de rêve, en s’adjugeant le titre en Challenger à Brest et en progressant jusqu’au 156e rang mondial. Il est d’ores et déjà invité pour l’Australian Open 2018.

Dans la même marge de progression que le français, le champion du monde ITF 2016 Miomir Kecmanovic s’est révélé à Suzhou (Chine) en octobre, en remportant son premier tournoi Challenger. Le Serbe est classé 208e joueur mondial.

Les terriens Alex de Minaur (1999) et Nicola Kuhn (2000) ont également connu des débuts prometteurs. Le premier a validé son invitation au tournoi qualificatif des attributions de l’Australian Open et atteint deux finales en Challenger à Eckental et Ségovie. Le second a fait preuve d’un mental à toute épreuve pour remporter le prestigieux Challenger de Braunschweig. Les deux jeunes sont aux portes du Top 200 au classement ATP.

 

… Et de belles promesses d’avenir pour la génération qui quitte le circuit junior

Yibing Wu (2e, 1999) a dominé le circuit junior pendant la quasi totalité de la saison : demi-finale à l’Australian Open, quart de finale à Wimbledon, victoire en simple et en double à l’US Open, finaliste du Masters de Chengdu. Egalement auteur d’une fin de saison plus réussie que prévue sur le circuit ATP (demi-finale au Challenger de Chengdu puis victoire au Challenger de Shanghai pendant la tournée sur dur à l’automne), il devrait très vite revenir au classement sur les six leaders de la génération. Il est à ce jour 313e mondial, et septième des nés après le 1er janvier 1999.

Alejandro Dadidovich Fokina (7e, 1999) n’a joué que quatre tournois en simple sur le circuit ITF, et il est pourtant encore 7e du classement. C’est dire du potentiel du jeune espagnol, qui a remporté Wimbledon et deux Grade 1 (équivalent du Masters 1000), dont le Trofeo Juan Carlos Ferrero, et qui n’a perdu qu’une seule fois en simple junior de la saison, en demi-finale de Roland Garros junior contre Alexei Popyrin. A l’aise sur toutes les surfaces, il a déjà mis à mal quelques valeurs sûres du circuit ATP, au point d’être rentré dans le Top 500 en quelques tournois.

Jurij Rodionov (9e, 1999) avait lui fait le compromis d’évoluer sur le circuit junior et professionnel en même temps. L’Autrichien a confirmé sur les deux plans, en montrant qu’il avait les épaules pour enchaîner les matchs. Simple et double compris, il a remporté 6 tournois en junior, dont un quart de finale à Wimbledon (défait par Moutet). Chez les pros, il a atteint la demi-finale du Challenger de Ningbo sur dur en octobre dernier, faisant tomber son premier Top 100 (Jordan Thompson).

Le Finlandais Emil Ruusuvuori (5e, 1999) est la belle surprise de cette fin de saison ITF junior. Très peu connu des spécialistes, il a fini la saison en beauté en remportant le Masters des juniors (au dépens de Yibing Wu) et son premier tournoi Future chez les pros. Il doit néanmoins confirmer à plus haut niveau.

L’Australien Alexei Popyrin (3e, 1999) a vécu une très belle saison sur le circuit ITF junior. Il a notamment remporté deux tournois Grade A : le Trofeo Bonfiglio (éliminant Geller, Tseng, Rodionov, Skatov et Miladinovic) et Roland Garros (en se défaisant de Dadidovich Fokina et Kuhn notamment). Sur le circuit sénior, il a éprouvé plus de difficultés, il a beaucoup perdu. Nul ne doute qu’il s’agit de l’apprentissage nécessaire à sa progression.

C’est plus ou moins le même début de carrière pour le Hongrois Zsombor Piros (6e, 1999), qui, après s’être imposé à l’Australian Open (en battant Moutet et Oliel) et au Championnat d’Europe junior, n’est pas parvenu à passer un premier palier chez les pros.

Mentions honorables de la génération 1999 : Marvin Moller, Patrick Kypson, Yuta Shimizu, Blake Ellis, Benjamin Sigouin, Michael Vrbensky, Oliver Crawford, Trent Bryde, Patrik Rikl, Yu Hsiou Hsu, Danny Thomas.

Dans le reste de la génération 2000 (qui sera en 2018 encore présente sur le circuit junior), plusieurs ont déjà montré de sérieuses qualités sur le circuit professionnel. Le Brésilien Thiago Seyboth Wild (21e, 2000) a gagné son premier tournoi Future en novembre dernier et a notamment gagné le Championnat d’Amérique du Sud junior. L’Allemand Rudolf Molleker (67e, 2000) a rejoint le premier tour du tournoi d’Hambourg en juillet, éliminant en qualifications Leonardo Mayer et Casper Ruud. L’Israélien Yshai Oliel (35e, 2000), finaliste de l’Australian Open junior, a remporté son premier Future cette semaine à Sajur. L’Américain Sebastian Korda (15e, 2000), a atteint sa première finale en Future en octobre. Sebastian Baez (12e, 2000), après une saison très constante mais sans titre majeur chez les juniors, a joué son premier Challenger en octobre chez lui à Buenos Aires.

 

Qui luttera pour la première place en 2018 ?

Il est très difficile de répondre à cette question car ces jeunes prodiges travaillent dans l’ombre, et leurs matchs ne sont vus que par une poignée de spécialistes. A l’exception de quelques jeunes dynamiques sur Twitter, peu de ces prospects annoncent leur volonté d’intégration au circuit professionnel. Leur implication dans le circuit junior, qui n’est qu’une passerelle pour passer professionnel, se questionne parfois. Les meilleurs de la génération 2000 ne devraient pas s’éterniser chez les juniors…

Les favoris

Le Russe Timofey Skatov (4e, 2001), sera numéro un en janvier avec le départ de la génération 1999. S’il participe à l’ensemble de la saison et s’il réitère ses performances de 2017, il pourrait dominer ce classement en 2018.

Le jeune serbe Marko Miladinovic (8e, 2000), qui n’a pas encore franchi le troisième tour en Future, reste lui aussi très solide et devrait s’aguerrir chez les juniors.

Le Français Hugo Gaston (14e, 2000) s’est révélé aux yeux du monde en toute fin de saison junior en remportant le championnat du monde de l’Orange Bowl (éliminant au passage Skatov). Il est le premier français depuis Gianni Mina à remporter ce tournoi (en 2009). Ce premier coup d’éclat signe son éclosion. Il est attendu au tournant et devra confirmer en 2018.

 

Les outsiders

Une flopée d’asiatiques ont frappé fort ces derniers mois. Chun Hsin Tsung (17e, 2001), Uisung Park (11e, 2000), Tao Mu (34e, 2000), Naoki Tajima (31e, 2000) et Ray Ho (58e, 2000) ont un très fort potentiel.

Les Britanniques ont aussi une belle génération 2000-2001 qui se profile avec Aidan McHugh (55e, 2000), George Loffhagen (49e, 2001) et Jack Draper (92e, 2001).

Les teigneux Argentins Juan Manuel Cerundolo (24e, 2001) et Thiago Agustin Tirante (25e, 2001) et Facundo Diaz Acosta (127e, 2000) seront également de sérieux concurrents.

Les Américains aussi, à leur habitude, sortiront quelques joueurs professionnels parmi Drew Baird (52e, 2000), Tristan Boyer (37e, 2001), Andrew Fenty (28e, 2000), Brandon Nakashima (160e, 2001), Emilio Nava (156e, 2001), Tyler Zink (131e, 2001) ou encore Govind Nanda (90e, 2001), tous aussi talentueux les uns que les autres.

Le Bulgare Adrian Andreev (48e, 2001) a remporté début décembre le simple et le double du Grade 1 de Bradenton, en éliminant notamment McHugh, Tseng et Skatov. Il aura certainement son mot à dire également.

Mentions honorables chez les 2000-2001 : Ondrej Styler, Nicolas Mejia, Matheus Pucinelli de Almeida, Sergey Fomin.

Parmi la génération 2002-2003, les principaux prospects à surveiller se nomment Dalibor Svrcina (64e, 2002), Lorenzo Musetti (82e, 2002), Bu Yunchaokete (137e, 2002), Jeffrey Von Der Schulenburg (189e, 2002), Holger Vitus Nodskov Rune (248e, 2003) et les précoces américains de la génération 2003 Toby Alex Kodat (458e), Aidan Mayo (399e), Alexander Bernard (486e) et Martin Damm (363e). Mais ils ont encore quelques années devant eux pour confirmer leur grandissime talent.

 

L’avènement récent de la Next Gen sur le circuit ATP ne fait que relancer les débats sur les jeunes pousses. Quitte à mettre sous pression des adolescents pas encore formés pour atteindre le potentiel niveau professionnel. La génération 1999-2000 présente d’ores et déjà de très belles perspectives d’avenir à l’échelle mondiale. En ce qui concerne les français, l’optimisme est de mise, car derrière Corentin Moutet et désormais Hugo Gaston, qui a pris une autre dimension le mois dernier, le classement junior regorge de français, dont Clément Tabur, Arthur Cazaux, Harold Mayot, Jaimee Floyd Angele, Titouan Droguet, Valentin Royer, Terence Atmane, Baptiste Anselmo, Allan Deschamps ou encore Mathys Erhard. Le circuit ITF junior n’a pas fini de nous faire espérer…

A propos de Clément Carton 117 Articles
- Fondateur et Rédacteur en chef d'Agora Sports - 20 ans, Lyonnais, ambition journalisme sportif. Sports de prédilection : Tennis, Basketball. Suivez-moi sur Twitter : @clementcarton

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