[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Nelly Moenne-Loccoz : “Tony Ramoin et Pierre Vaultier m’ont tous les deux fait pleurer”

Nelly Moenne-Loccoz en dehors des pistes de snowboard, avec son globe et son chien Scoubidou. (© Sindy Thomas)

Les Jeux olympiques de PyeongChang c’est dans pile un mois ! L’échéance suprême approche pour tous les sportifs hivernaux qui s’entraînent pour cela depuis une olympiade. A cette occasion Agora Sports s’est lancée dans une série d’interview d’athlètes qui feront ces Jeux en tentant de monter sur l’Olympe, tels Jason Lamy Chappuis en 2010 dans la dernière ligne droite du gundersen de combiné nordique (on n’en a encore les frissons). Après la sauteuse à ski Lucile Morat et la skieuse alpine Laura Gauché, c’est au tour de la snowboardeuse Nelly Moenne-Loccoz de se confier à nous. La Bornandine revient sur ses émotions olympiques, sa forme actuelle et sur son programme jusqu’aux Jeux. Elle discute également de son début de carrière et son choix de se destiner au SBX (acronyme américain signifiant snowboardcross). Enfin, elle se livre sur l’ambiance au sein de l’équipe de France ainsi que sur le gain d’un globe de cristal en 2015.

Quelles sont vos sensations en ce début d’hiver olympique après la Coupe du Monde de Cervinia, mi-décembre dernier ?

“Les sensations sont bonnes. Je suis très heureuse d’avoir retrouvé le chemin des podiums sur les courses individuelles. Après le travail soutenu de ce printemps, été, automne, que ce soit d’un point de vue physique, technique ou psychologique, j’étais impatiente d’attaquer les compétitions. J’ai d’ailleurs hâte de reprendre après cette pause pour les fêtes de fin d’année.”

Nelly Moenne-Loccoz en plein effort, dans le brouillard. (© Agence Zoom)

La concurrence entre les Françaises – vous, Chloé Trespeuch, Julia Pereira, Charlotte Bankes et Manon Petit-Lenoir – est rude dans l’optique de la qualification olympique où seulement 4 filles seront sélectionnées. Comment le vivez-vous, notamment avec Trespeuch votre acolyte du Team Event, et comment vit le groupe ?

“La concurrence entre nous est saine et positive. Le groupe est très fort, c’est un réel avantage de s’entrainer ensemble parce que toutes [les filles] en ressortent gagnantes. Tout le monde se tire vers le haut, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes.”

Quels sont vos objectifs pour cet hiver ? Misez-vous tous sur les Jeux ? Est-ce votre objectif ultime ?

“L’objectif est principalement de retrouver de l’agressivité et de la fluidité en compétition. Si j’arrive à mettre cela en place, les résultats suivent d’eux-mêmes derrière. Le principal était justement de se concentrer sur la manière et non sur le résultat. Bien sûr les Jeux vont être le point d’orge de cette saison, mais il reste encore des Coupes du monde avant et je veux m’investir pleinement sur chaque étape.”

Nelly Moenne-Loccoz accompagnée de son chat. (© Tous droits réservés)

Avant les Jeux il y a encore trois week-ends de Coupe du monde, notamment à Erzurum et Bansko, aux confins de l’Europe. Il y aura aussi les X Games d’Aspen, la Mecque de votre discipline en quelque sorte. Elle sera comment votre préparation pré-Jeux ?

“Malheureusement le snowboardcross n’est pas au programme des X Games cette année. Nous sommes actuellement à Val Thorens cette semaine pour un stage d’entraînement avant de partir pour la Turquie et la reprise des Coupes du monde. Le principe est de fignoler les derniers détails avant le gros enchaînement qui va nous mener aux Jeux.”

Que cela fait-il de disputer deux Coupes du Monde dès début septembre en Argentine, à Cerro Catedral ? Cela brise-t-il la routine d’entraînement ?

“C’est complètement exact ! Le problème avec l’entraînement sur neige dès le mois de juin c’est que les compétitions sont très loin dans le temps. Le fait d’avoir ces deux Coupes du monde en septembre donne un vrai but à ces entraînements, notamment le bloc de trois semaines en Amérique du sud fin août-début septembre. Au final même si on avait fait peu de travail spécifique c’était très chouette [elle a terminé troisième et sixième de ces deux épreuves, sa coéquipière Chloé Trespeuch remportant la première compétition puis finissant troisième, ndlr.].”

Nelly Moenne-Loccoz en décembre dernier lors de l’épreuve italienne de Cervinia. (© Miha Matavz – FIS)

Vous avez remporté le globe de cristal de la spécialité en 2015. Que cela fait-il d’être la meilleure de son sport ? Quel est le secret de votre régularité au plus haut niveau dans le top 10 mondial depuis presque dix hivers ?

“Quand on te donne ton globe de cristal, c’est hyper chouette comme sensation ! Je ne sais pas si j’étais la meilleure de mon sport cette saison-là. La plus régulière dans la performance c’est certain, et j’en suis très fière vue le niveau des filles. Si j’avais un secret j’en serais à mon dixième globe, il faut croire qu’il me manque encore des trucs.”

Avez-vous un modèle dans votre sport ? Dans la vie en général ?

“Je ne crois pas qu’il y a un intérêt à copier les autres. Il faut simplement être pleinement soit et l’assumer. Je me suis inspirée de plein de gens que j’ai la chance de côtoyer dans le sport ou dans la vie en général, en piquant des trucs à droite à gauche, pour être moi et continuer à être moi.”

Nelly Moenne-Loccoz soulevant son globe de cristal à la fin de la saison 2015, en compagnie de l’Espagnol Eguibar, vainqueur chez les hommes. (© Mario Sobrino)

Vous avez commencé votre carrière au plus haut niveau au milieu des années 2000 en disputant des compétitions FIS de snowboard alpin et d’halfpipe en plus du snowboardcross. Comment en êtes-vous arrivée à vous spécialiser dans le SBX ?

“Par hasard… Il s’est trouvé que j’étais douée. De fil en aiguille, j’en suis là aujourd’hui. Depuis gosse je me souviens d’évènements sportifs ou de sportifs qui m’ont marqué (Coupe du monde de football 1998, Tour de France cycliste, etc.), alors je savais que je voulais faire du sport, et vivre des émotions extraordinaires. Après ç’aurait très bien pu être en football ou autres, il se trouve que ç’a été le snowboardcross.”

Vous qui êtes licenciée au club du Grand-Bornand, quelle sensation avez-vous éprouvée lorsque vous avez vu la Coupe du monde de biathlon s’y disputer dans une ambiance de folie il y a quelques semaines de cela ? Et que cela fait-il de courir à domicile, comme à Val Thorens début décembre ?

“Malheureusement je n’ai pas pu être présente au Grand-Bornand, j’étais justement en Coupe du monde à Val Thorens puis à Montafon, en Autriche. Apparemment c’était super, normal c’était au Grand-Bornand et en plus les Français étaient chauds. Pour la Coupe du monde de Val Thorens, mes parents avaient fait le déplacement, alors malgré la déception de la course, c’était sympa.”

Enfin, avez-vous un souvenir, une émotion de vous devant les Jeux olympiques ?

“Les courses de Tony Ramoin (bronze à Vancouver en 2010) devant la télé la veille de notre course, et celles de Pierre Vaultier (or à Sotchi en 2014) où nous étions, avec les filles, dans l’air d’arrivée. Ils m’ont tous les deux fait pleurer. C’est pour ces émotions que le sport est beau.”

L’éclatant sourire de la championne. (© Tous droits réservés)

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Un immense merci à Nelly Moenne-Loccoz d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Nelly Moenne-Loccoz la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les semaines qui viennent avec les Jeux olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 54 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

1 Comment

  1. Bravo Nelly,
    Continue avec la même passion et le même sourire… la boîte des JO est pour toi !
    Gros becs de toute la famille !

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