Samba à la Française

A l’issue d’un des plus beaux matches de l’histoire de la Coupe du monde, la France élimine le Brésil, à Guadalajara, au terme d’une rencontre au scénario fou (1-1,4-3 tab), au rythme effréné. Les Bleus se hissent en demi-finale du Mondial 86 pour retrouver les Allemands, quatre ans après le drame de Séville.

« Sur l’un de ses premiers ballons, il (Zico) lance Branco en profondeur. Bats le fauche. Penalty. Il reste un quart d’heure. Zico va le tirer et Joël l’arrête. Là, tu te dis que ça tourne vraiment du bon côté. Dans ces matchs-là, contre le Brésil, l’Italie, l’Angleterre ou l’Allemagne, tu sais quand ça bascule du bon côté et tu le sais, depuis le début du match, que ça se passera bien. » En ce 21 juin 1986, à Guadalajara (Mexique), rien ne peut arriver à cette équipe de France et Michel Platini l’a bien compris. Entre un gardien en feu et des montants suppléants ce dernier rempart, Henri Michel et ses hommes sont en réussite.

Paroxysme de cette réussite : le tir au but de Bellone. L’attaquant trouve le poteau, mais le ballon rebondit dans le dos de Carlos avant de rentrer dans les filets. Les contestations des Brésiliens ne changent rien, la réussite et la qualification sont françaises, dans ce stade Jalisco pourtant tout de jaune et de vert vêtu. « Dans le vestiaire, pendant que je me fais masser, je pense que je vais jouer un match contre le Brésil au Brésil. Tout est jaune au Guadalajara. Il y a du jaune dans le vestiaire, du jaune sur le terrain, du jaune dans les tribunes. Au moment des hymnes, il y a 100 Français qui chantent d’un côté et 60 000 qui entonnent l’hymne brésilien de l’autre. », se remémore Platini pour Le Monde.

Un niveau technique hors du commun

Dominateurs dès les hymnes, les Brésiliens prennent le dessus également dans le jeu. Ils monopolisent le ballon, Socrates dicte le tempo du match. Récompensés, les Auriverde le sont le quart d’heure de jeu passé. La samba dansée par Muller et Junior est magique, leur une-deux ouvre l’espace à Careca. L’attaquant, en force, trompe Bats (1-0,17e). Les joueurs de Santana sont récompensés de leur domination. Au coeur de ce temps fort, les Brésiliens manquent de doubler l’écart, la faute au poteau gauche de Bats qui repousse la tentative de Muller.

« Les premières minutes, on ne voit pas le ballon. Les Brésiliens le monopolisent. Careca marque rapidement sur une formidable action, poursuit Platini. Mais je me dis que le match dure 90 minutes et qu’on a les moyens de revenir. » C’est chose fait juste avant la mi-temps, grâce au numéro dix des Bleus. Côté droit, le centre de Rocheteau ne peut être repris par Stopyra dans les six mètres. Platini, au second poteau, pousse le ballon au fond des filets (1-1, 41e).

Désormais à égalité, les deux équipes dansent ensemble, les arabesques brésiliennes sont confrontées aux ballets français. Le tempo est rapide, le niveau technique du match est fantastique. Platini toujours. « Après le match, on me dira : “Michel, le ballon n’est jamais sorti pendant ce match.” »

Les deux équipes se répondent attaque par attaque. Careca touche la barre et Zico manque un pénalty, ou plutôt Bats le détourne. Les Français répondent par Tigana, mais c’est une nouvelle fois le gardien qui remporte le face-à-face.

Pour une dernière danse

Sous une chaleur mexicaine accablante, les minutes s’égrainent. Le temps réglementaire, puis la prolongation défilent sur un rythme toujours spectaculaire marqué par des occasions de part et d’autre. Seule la séance de tirs aux buts peut départager les deux équipes. Une dernière danse majestueuse pour clore un spectacle grandiose.

Bats arrête la première tentative de Socrates avant que six joueurs ne trouvent la mire (Alemao, Zico et Branco pour le Brésil, Stopyra, Amoros et Bellone pour la France). Les Bleus ont toujours les cartes en main. Platini s’élance, mais frappe au-dessus de la transversale. Devant ce match, on ne sait décidément pas sur quel pied danser. D’autant plus quand César, le dernier tireur brésilien, trouve le poteau de Bats, parti du bon côté. La balle revient dans le camp français. Le ballon vient se déposer sur le point blanc, à onze mètres des buts de Carlos. Luis Fernandez s’apprête à tirer. « Allez mon petit bonhomme », s’exclame alors Thierry Roland. Et le petit bonhomme transforme parfaitement dans le petit filet.

« D’habitude, je tire toujours le 5e, en dernier, indique Platini. Mais Fernandez vient me voir et me dit : “Michel, quand je tire le 5e, je marque toujours et on gagne.” Alors je lui ai laissé tirer le 5e»

Bien lui en a pris. Grâce à ce tir au but, la France a fait valser le Brésil, mais surtout les deux équipes ont ravi le monde du football grâce à une danse fabuleuse. « Un vainqueur, le foot, un qualifié, la France » (Onze).

Lien du match en entier : https://footballia.net/fr/matchs-complets/brazil-france

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