[DERBYS HISTORIQUES] Roma/Lazio : La cité éternelle abrite une rivalité immortelle

Crédit montage : Grégoire Cherubini

Depuis 1929, le derby romain ou derby della capitale oppose les deux principaux clubs de la capitale italienne : la Roma et la Lazio. A chaque confrontation, la ville aux sept collines voit s’affronter deux camps que tout semble opposer, dans une ambiance électrique.

La rivalité entre ces deux équipes n’est pas seulement sportive. Elle est géographique, sociologique, culturelle et politique. Pourtant, les deux clubs sont liés par leurs histoires entremêlées, rythmées par des derbys brûlants pour le plus grand plaisir de leurs supporteurs et de tout amateur de football.

Une rivalité aux racines historiques

Fondée en 1900, la Lazio est le club le plus ancien de Rome. La Roma quant à elle est née dans les années 1920 de la fusion de plusieurs clubs romains pour contrer l’hégémonie des équipes du nord du pays. Initialement concernée par le projet, la Lazio conserve finalement son indépendance notamment sous l’impulsion du général Giorgio Vaccaro, du parti national fasciste italien (PNV).  

Le premier conflit est identitaire. Les deux clubs se revendiquent prima squadra della capitale (première équipe de la capitale). Vue de l’étranger, la Roma a l’avantage d’avoir le nom de la cité éternelle dans son appellation. On retrouve également la louve sur son blason, symbole de la ville en référence au mythe fondateur de Romulus et Remus. Les couleurs rouge et or des giallorossi rappellent le règne de Pompée, alors que le bleu et blanc des biancocelesti met à l’honneur la Grèce, berceau des jeux olympiques, et organisatrice des premiers JO modernes en 1896. Plus inclusif, le nom Lazio vient de la région dans laquelle est née Rome : Latium plus communément appelée… Lazio. L’aigle aux couleurs jaune et or de la ville est une référence antique à l’oiseau de Jupiter, patron de Rome. C’est ainsi que la louve et l’aigle sont devenus les symboles d’une opposition mythique.

L’aigle Olimpia, mascotte de la Lazio survole régulièrement l’Olimpico avant les matchs

Deux équipes, deux peuples, une seule arène

Depuis 1953, les deux équipes partagent un même terrain : celui du Stadio Olimpico. Ce stade mythique a vu s’affronter les deux équipes plus de 150 fois, avec une domination générale des giallorossi. Ce Colisée moderne d’une capacité de 72 698 places est chaque année le théâtre d’au moins deux derbys. Les tribunes se parent de leurs plus beaux tifos (animations en tribune) dans une enceinte partagée, au sein de laquelle la cohabitation est toujours compliquée entre tifosi de la Roma (Curva Sud) et de la Lazio (Curva Nord). La violence a souvent été au rendez-vous, avec parfois des conséquences tragiques. A titre d’illustration, Vincenzo Paparelli (un fan de la Lazio) est décédé en 1979 au stade à la suite d’une fusée de détresse lancée depuis la Curva Sud. Depuis quelques années, la Ligue italienne ne programme les derbys romains qu’en journée pour des raisons de sécurité.

Malgré une légère supériorité de la Roma, les palmarès des deux clubs sont assez similaires. Les deux adversaires ont respectivement remporté à 3 et 2 reprises le championnat italien. Les derniers datent de 2000 (Lazio) et 2001 (Roma). La coupe d’Italie a été remportée 9 fois pour la Roma contre 7 pour la Lazio. Sur la scène européenne, la Roma n’a qu’une finale de Ligue des Champions et de Coupe UEFA (C3) à son compteur (1984, 1991). La Lazio a aussi été en finale de C3 (1998) avant de remporter en 1999 la Supercoupe de l’UEFA et la Coupe des Coupes.

Véritable légende de la Roma, Il Capitano Francesco Totti détient à ce jour le record de participations et de buts marqués lors de ces derniers avec 11 réalisations en 44 sélections.

Au-delà du terrain : des tribunes et des quartiers

L’AS Roma est le club le plus représenté à Rome. Les « Romanisti », revendiquent l’ensemble des quartiers de la ville, contrairement aux Biancocelesti, davantage ancrés en périphérie de la ville. A cette fracture géographique s’en ajoute une sociale. La Roma se définit comme étant le club « populaire » là où la Lazio représente davantage l’élite romaine. Cette dichotomie s’est pourtant amoindrie voire inversée avec le temps : la Lazio est aujourd’hui supportée par les couches sociales défavorisées de périphérie, et la Roma par les quartiers historiques de la capitale.

L’attaquant de la Lazio Paolo Di Canio apostrophe avec un salut fasciste les tifosi de la Curva Nord

Politiquement, les supporteurs de la Lazio sont réputés plutôt de droite. Le principal groupe de tifosi de la Lazio, les Irriducibili (irréductibles)assument être un bastion de l’extrême droite mussolinienne. Leurs « dérapages » racistes, antisémites et saluts fascistes réguliers l’illustrent. En 2017 des irréductibles ont détourné une photographie d’Anne Franck et l’ont assortie d’un maillot de la Roma. Cet événement a indigné l’Italie et une partie de l’Europe, rajoutant une couche à la réputation sulfureuse de la Lazio. Identifiés grâce à la surveillance vidéo, treize de ces supporteurs ont été interdits de stade. Depuis la création du groupe en 1987, il ne s’agit pas des premières actions antisémites visant la communauté juive de la cité éternelle, traditionnelle supportrice de la Roma.

Les tifosi au cœur rouge et or sont quant à eux généralement placés à la gauche de l’échiquier politique. Cette frontière a néanmoins tendance à se perméabiliser : des groupes de Romanisti proches de l’extrême droite sont apparus dans les tribunes.

Au fil des décennies, ce conflit perdure malgré les affrontements, les drames, les scandales et générations de joueurs qui se succèdent. Le Derby della Capitale évolue avec la sociologie de Rome, mais persiste. 90 ans après sa naissance, cette rivalité semble au moins aussi éternelle que la cité qui l’abrite.

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