Foot féminin : y’a-t-il un effet « Coupe du monde » ?

Inexistants il y a encore dix ans, les « plateaux » de football féminin ont désormais la côte chez les jeunes, comme celui-ci en avril dernier à Antibes. Les structures d’accueil sont de plus en plus nombreuses. © Jean Milon

Pendant sa Coupe du monde à domicile, l’équipe de France féminine de football a surfé sur une vague de sympathie. Cet engouement populaire se vérifie aujourd’hui dans l’augmentation du nombre de licenciées, notamment sur la Côte d’Azur.

Dire que les Français se sont intéressés à la Coupe du Monde féminine est un euphémisme. Ils étaient 10,6 millions de téléspectateurs à avoir suivi le match d’ouverture opposant la France à la Corée du Sud (4-0) au Parc des Princes le 7 juin dernier. Si les Bleues n’ont pas « ramené la coupe à la maison », l’opinion public s’est réveillée autour du foot féminin. Au point de sentir six mois plus tard une montée d’intérêt dans les clubs amateurs. Elle s’explique notamment par la mise en place d’un plan « Héritage 2019 » par la Fédération Française de Football (FFF) qui, par ses 15 millions d’investissements, « doit permettre de laisser une empreinte durable pour le développement du football féminin en France». Avec, comme point de mire, l’augmentation du nombre de licenciées.

Lors du dernier recensement en mai, la FFF en comptait 184 228. Aujourd’hui, la première estimation du nombre de licenciées sur l’exercice 2019-2020 oscillerait entre 195 000 et 205 000 licenciées, soit une hausse d’environ 10%, identique à celle des garçons après le mondial 2018. A titre de comparaison, elles n’étaient « que » 80 000 en 2011. Une belle récompense selon Laurence Antimi, directrice de la Commission de Développement du Football Féminin sur le Côte d’Azur. « Il y a bien un effet Coupe du monde, mais il s’étale en fait sur les deux années qui viennent de passer, explique-t-elle. Nous avons eu une belle progression la saison dernière également. Cela vient récompenser les choix de la Fédération, de la Ligue et du District de travailler en profondeur depuis plusieurs années pour structurer et avoir une pérennisation des actions et de leurs effets ». De par cette augmentation, la France compte se rapprocher de l’Allemagne, référence européenne en la matière, et ses 250 000 footballeuses en herbe.

Nombre de licenciées district Côte d’Azur depuis 1998 comparé à la moyenne nationale

Plus de jeunes licenciées sur la Côte d’Azur

Dans le district de la Côte d’Azur, le nombre de licenciées sur les catégories U15, U13, U11/U9 a explosé respectivement de 24%, 10% et 7% par rapport à la seule saison dernière. Un très beau chiffre supérieur à la moyenne nationale. Quant aux Seniors, elles sont légèrement moins nombreuses que l’an dernier en novembre. Il est néanmoins possible que d’autres footballeuses arrivent en cours de saison, selon Laurence Antimi : « Si on ne peut parler réellement d’explosion sur le total, on peut voir néanmoins que l’augmentation est bien là dans les catégories jeunes, et nous savons que les féminines continuent à se licencier au cours de l’année, notamment grâce aux actions dans les écoles et sur les journées portes ouvertes. Sachant que c’est une priorité pour le développement, nous ne pouvons qu’être très satisfaits du travail qui a été fait par les clubs au niveau de leur structuration afin d’accueillir les féminines ».

Déjà une augmentation de 2,1% par rapport à la saison dernière. Ce chiffre devrait continuer d’augmenter en cours d’exercice © Clément Carton

Des structures plus adaptées

Un accroissement qui, évidemment, nécessite des structures. Aujourd’hui, environ 6 000 clubs possèdent une section féminine. La FFF espère en compter 8 000 d’ici 2023. A Nice, plusieurs équipes féminines ont ouvert cette année. C’est le cas du Gazélec Sport Nice Football. Si le club n’a pas encore les capacités d’accueillir des filles, qui jouent avec les garçons dans des sections mixtes dans les catégories jeunes, il a lancé une section Seniors il y a six ans. Cet été, l’engouement post Coupe du monde lui a même permis de créer une deuxième équipe. « Nous sommes passés de dizaines de licenciées au début à 35 aujourd’hui. La Coupe du monde y a sûrement fait un peu », explique Florent Bottos, responsable de la section de football féminin du Gazélec.

Sans section féminine il y a encore six ans, le Gazélec a désormais deux équipes séniors © (DR)

« Encore beaucoup à faire »

Pour constater l’impact de la Coupe du monde, il est encore tôt. Mais depuis la précédente, en 2015, le nombre de licenciées a d’ores et déjà augmenté de plus de 30%. L’engouement est sans précédent mais les femmes ne représentent encore que 8% des licenciés en France. « Il y a encore beaucoup à faire pour arriver à l’égalité femme-homme dans le football », constate Maëva Percepusse, arbitre régionale de Ligue dans les Alpes- Maritimes.

Au-delà du nombre de licenciées en hausse, la fréquentation des stades de première division de football féminin n’a pas augmenté. Le promu en D1, Reims, n’a même jamais dépassé les 250 spectateurs depuis le début de saison. Toutefois, l’élan populaire se maintient pour la sélection nationale. 1,2 million de téléspectateurs étaient devant leur télévision pour le match amical des Bleues contre l’Espagne début septembre. Une chose est sûre, selon Laurence Antimi : « Il y aura un avant et un après-Coupe du monde 2019 ».C

A propos de Clément Carton 164 Articles
- Fondateur d'Agora Sports depuis septembre 2016 - 21 ans, Lyonnais, M2 Journalisme Sportif à l'EDJ Nice. Envie de partager ma vision du sport. Suivez-moi sur Twitter : @clementcarton

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