[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Perrine Laffont : “Les Jeux c’est vraiment une compétition hors du commun”

Perrine Laffont s'apprête à participer aux Jeux olympiques où elle sera l'une des grandes chances de médaille pour la France... (© Tous droits réservés)

Les Jeux olympiques de PyeongChang approchent à grands pas. L’excitation monte sur la planète blanche, tout autour de cette planète si particulière faite de neige et de glace. Et aussi de bosses. Effectivement, c’est au tour de la bosseuse tricolore Perrine Laffont, championne du monde l’hiver dernier en Espagne, de se prêter au jeu de l’interview d’Agora Sports pré-Jeux olympiques. La jeune skieuse tricolore a accepté de se livrer quelques heures avant la dernière Coupe du monde précédant le rendez-vous avec l’Olympe, son deuxième après celui de Sotchi où elle c’était révélée à la face de l’Olympie avant même la cérémonie d’ouverture, “irréelle” nous a-t-elle dit. Dans cet entretien, Perrine Laffont se livre sur les Jeux, sur son début de saison manichéen et sur sa relation avec ses adversaires et les autres membres du Team France. Aussi, elle se confie sur son éclosion hyper rapide au plus haut niveau, sur ses succès chez les juniors et sur ses premières victoires en Coupe du monde. Enfin, elle évoque ses idoles et la piste olympique de PyeongChang. Laissez vous bercer par les bosses enneigées qui constituent le terrain de jeu préféré de Perrine Laffont depuis son plus jeune âge…

Vous êtes encore jeune, mais, à 19 ans vous vous apprêtez à disputer vos deuxièmes Jeux olympiques. Il y a quatre ans, en Russie à Rosa Khutor, vous réalisez une qualification exceptionnelle avant même la cérémonie d’ouverture. C’était comment cette première expérience olympique à 15 ans ?

“C’était extraordinaire, j’en ai pris plein les yeux pendant tout mon séjour. Les Jeux c’est vraiment une compétition hors du commun.”

Perrine Laffont sur la troisième marche du podium du classement général final 2015-2016. (© Tous droits réservés)

Que représentent pour vous les Jeux olympiques ? C’est le Graal pour vous ? Votre objectif principal de votre hiver ? Vous avez fini quatrième des préolympiques l’hiver passé, la piste est comment ?

“C’est le Graal oui, et forcément un des objectifs principaux de l’hiver. C’était une belle piste assez régulière que j’ai bien aimée !!!”

D’ailleurs, cette saison n’a pas débuté de la meilleure des manières pour vous malgré deux Supers Finales (6eme à Ruka, 11eme et 5eme à Thaiwoo). Puis vous avez réagi en Amérique du nord avec, notamment, une victoire à Deer Valley. Comment vous sentez-vous ? Quelles sont les sensations ?

“J’ai su rebondir sur les courses d’après avec trois podiums consécutifs. C’est le sport, parfois ça passe, parfois non. Comme l’indique leur nom les Jeux olympiques, sont un ‘’jeux’’ : je prends donc le risque de gagner ou de perdre. À moi d’être la plus concentrée et la plus performante le jour J.”

Perrine Laffont avant la Coupe du monde chinoise de Thaiwoo. (© Tous droits réservés)

Vous êtes arrivée sur le circuit senior très tôt, dès 2014, mais vous avez continué à disputer les Mondiaux juniors, avec succès (cinq podiums entre 2013 et 2016 dont 3 titres les deux dernières années). Pourquoi avoir continué de concourir avec des filles qui ne se battaient plus avec les mêmes moyens que vous ? D’ailleurs, en 2015 vous êtes double championne du monde juniors (single et dual). Racontez-nous ce magnifique doublé.

“Je suis quelqu’un qui se satisfait difficilement de ce qu’elle a, les avoir gagnés deux fois [les Mondiaux juniors, ndlr] ne me suffisait pas, c’est pour ça que j’y suis retournée l’année d’après. En plus de ça, c’était une piste que je n’avais jamais skié donc ça m’a donné encore plus envie d’y aller. Et puis je savais que j’étais la favorite pour la médaille, ça me permettait de travailler la pression du résultat.”

27 février 2016. Tazawako. Vous montez sur votre premier podium de Coupe du monde, à 17 ans. Et directement vous accédez à la plus haute marche. La semaine suivante vous gagnez le dual de Moscou. Une semaine magique pour vous ? Un soulagement de monter sur le podium ? Un aboutissement ou le début de quelque chose ? 

“C’est vrai que ça a été une semaine magique. Une victoire pour mon premier podium c’était exceptionnel, et je pense que c’est vraiment ce qui a lancé ma carrière au plus haut niveau.”

Perrine Laffont et son coach Ludovic Didier après son titre mondial juniors 2015. (© Tous droits réservés)

L’hiver dernier, c’est la consécration au plus haut niveau avec le titre mondial en dual et l’argent en single mais aussi 5 podiums dont une victoire et une deuxième place à la Coupe du monde de bosses. Finalement, il ne vous reste plus que le globe et les Jeux à aller chercher, déjà. Ça fait quoi d’accomplir tout cela à moins de 20 ans ? Que vous reste-t-il à améliorer dans votre ski et vos sauts ?

“Avoir fait tout ça à moins de 20 ans je m’en moque un peu, si j’avais pu le faire encore plus tôt je l’aurais fait, mais il faut beaucoup d’expérience et c’est ce qui me manque un peu pour le globe. Les Jeux je vais tenter ma chance en février pour aller chercher ma première médaille. Je peux m’améliorer autant en ski qu’en saut. Il y aura toujours quelque chose à améliorer. Mais c’est surtout en saut que j’ai encore une grosse marge de progression pour faire la différence avec les autres filles.”

D’ailleurs, qu’est-ce qui vous a poussé à faire du ski de bosses ?

“Mon père faisait du ski de bosses et mon frère aussi, donc j’ai suivi tout simplement.”

Perrine Laffont avec sa médaille d’or mondiale décrochée l’hiver dernier en Sierra Nevada. (© Agence Zoom)

Vous êtes un peu esseulée en ski de bosses chez les dames, avec Camille Cabrol. Les hommes sont plus nombreux avec, notamment, Theocharis, Cavet et Benna. L’ambiance est bonne au sein du Team France ? Vous vous entendez bien avec vos concurrentes étrangères ? Qu’a de plus que vous Brittney Cox, reine des bosses depuis l’hiver dernier ?

“On s’entend plutôt bien même s’ils adorent nous embêter [les hommes, ndlr]. Ça pousse de s’entrainer avec les garçons, ils nous donnent de bons conseils. Je m’entends bien avec toutes les concurrentes on est des amies, on rigole ensemble : c’est cool. Elle a 4 ans de plus de moi [Brittney Cox, ndlr], voilà ce que je peux répondre, 4 ans de plus d’expérience, ça fait la différence.”

Est-ce un rêve pour vous de concourir à domicile ? 

“J’aurai tellement aimé que les Jeux de 2018 soient à Annecy [ville candidate malheureuse, comme Munich, face à PyeongChang, ndlr], les gens se sentiraient beaucoup plus impliqués et ça aurait eu une autre dimension qu’en Corée du Sud.”

Avez-vous une idole dans votre sport ou dans le sport en général ? Une personne qui vous a inspiré ?

“J’ai eu Hannah Kearney, une bosseuse américaine [championne olympique 2010, triple championne du monde, triple vainqueur du globe, ndlr], il y a aussi eu Guilbaut Colas [bosseur français champion du monde 2011 et vainqueur du globe la même année, ndlr] et puis maintenant c’est Martin Fourcade qui m’impressionne. J’essaye de tirer profit de chaque sportif, de leurs expériences, ça peut m’aider à gérer certains obstacles.”

Perrine Laffont devant l’armoire à trophées de Martin Fourcade, un de ses inspirateurs… (© Tous droits réservés)

Enfin, avez-vous un souvenir, une émotion de vous devant les Jeux olympiques ?

“Oui, mon plus beau souvenir a été la cérémonie d’ouverture, c’était grandiose, irréel. Et puis il y a eu ma 5eme place aux qualifications qui reste aussi un souvenir agréable.”

Perrine Laffont dévalant la pente bosselée de Rosa Khutor lors des Jeux de Sotchi, où elle avait seulement 16 ans. (© Tous droits réservés)

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Un grand merci à Perrine Laffont d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Perrine Laffont la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les jours et les semaines qui viennent avec les Jeux olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 54 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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