[INTERVIEW SUR LA ROUTE DE PYEONGCHANG] Delphine Claudel : “Tout peut se passer aux JO !”

La fondeuse français Delphine Claudel, à l'entraînement. (© Andreas Rösler)

Nous y sommes, ou presque. Les Coupes du monde pré-Jeux olympiques touchent à leur fin en cette issue de mois de janvier, interminable pour les sportifs hivernaux. Nous avons déjà questionné plusieurs athlètes tricolores qui iront aux Jeux olympiques le mois prochain, tel que Perrine Laffont, Antoine Adelisse, Tifany Huot-Marchand, Nelly Moenne-Loccoz, Lucile Morat ou Laura Gauché. Nous avons aussi interviewé la jeune spécialiste de ski de fond Flora Dolci, qui vise les Jeux de Pékin 2022. Pour cette dernière interview de cette belle série, forte intéressante et enrichissante, nous avons demandé à une autre fondeuse, Delphine Claudel, une interview. Malgré un stage de préparation à Cogne en Italie, la fondeuse de La Bresse a accepté, gentillement. Dans cet échange, elle se livre sur ce que les Jeux représentent pour elle et sur son point de vue concernant ses trois coéquipières de maman, de retour au plus haut niveau cet hiver. Elle nous parle également de ses préférences entre les épreuves de distance et de sprint et entre le style libre et le style classique. Aussi, Delphine Claudel se confie sur ses victoires obtenues ses dernières années au niveau internationale ainsi que sur la Coupe du monde disputé à La Clusaz en décembre 2016. Enfin, la jeune fondeuse française annonce qu’elle participera aux Mondiaux U23 avant les Jeux et s’épanche sur la relève, comme Flora Dolci. Bonne lecture de cette dernière interview pré-JO !

Vous allez peut-être être sélectionnée pour vos premiers Jeux olympiques cet hiver. Que représente cette compétition, suprême, pour vous ? Si vous y allez, comment vous sentirez-vous avant de vous envoler pour la Corée, dans quel état d’esprit ? *

“C’est la compétition que tout sportif rêve de vivre. Pour moi c’est l’événement qui est suprême, c’est le « autour de la compétition », l’ambiance qui doit être dingue. Si j’ai la chance d’aller en Corée du Sud, c’est pour l’équipe donc pour le relais et pour apprendre car je n’ai pas fait de résultat qui me permettrait de le mériter vraiment. Cela peut-être bien de vivre cette expérience jeune pour être plus sereine les prochaines années sur les grandes compétitions. Je serais alors très chanceuse et heureuse.” *

Delphine Claudel à Prémanon fin décembre 2016. (© FFS)

Il y a quatre ans, le relais féminin avait réalisé une performance exceptionnelle, si vous y êtes quel sera l’objectif ? *

“L’objectif sera de donner le meilleur de moi-même. Rééditer la performance qu’elles ont faite il y a quatre ans serait énorme. Tout peut se passer aux JO !” *

L’hiver passé, l’équipe de France féminine de ski de fond n’existait plus en Coupe du monde du fait des grossesses/arrêts d’Aurore Jean, Anouk Faivre-Picon et Coraline Thomas-Hugue. Ça fait du bien d’avoir un vrai groupe France cet hiver ? Que tirez-vous de votre relation avec ses trois filles expérimentées ? Comment vit le groupe ? Quelle est votre vision sur votre hiver après l’étape de Dresden ? 

“Le retour des trois mamans nous fait du bien à nous les plus jeunes. J’ai la chance de pouvoir réaliser des stages et des chronos avec elles et cela est très enrichissant. J’apprends réellement lorsque je ski avec elles et je me dépasse encore plus. Malgré la différence d’âge je m’entends bien avec les filles et je me sens de plus en plus à l’aise avec elles.”

“J’ai appris également beaucoup de mon début de saison du fait que j’ai pris plusieurs départs en Coupe du Monde. Je suis contente d’avoir eu l’occasion d’aller à Ruka, Davos et Lenzerheide. Après Dresden je peux donc déjà faire un bilan de ce que j’ai à améliorer pour être meilleure les saisons prochaines et déjà sur la fin de saison car elle est loin d’être terminée. Je définirais mon début de saison comme un apprentissage.”

Delphine Claudel lors de la Coupe du monde de Davos. (© Andreas Rösler)

D’ailleurs, c’est comment de skier en ville ? [La Coupe du monde de Dresden s’est disputée en ville, comme celle de Drammen, traditionnelle étape de Coupe du monde norvégienne de sprint classique]

“Ça change, le décor est tout autre que d’habitude. Cela se passait au bord de l’Elbe c’est donc resté très calme pour une ville. C’est sympa et dépaysant pour une course de ski de fond. Il y avait également plus d’ambiance que la moyenne car plus de spectateurs se sont déplacés.”

Vous êtes plutôt spécialiste de sprint. Pourquoi ? Quelles sont les qualités requises pour cette spécialité ? Vous aimez les épreuves de distances ? Que pensez-vous de la “mythique” Team Poneys [surnom donné à l’équipe de France masculine de sprint] ? Échangez-vous avec eux ? 

“Je ne sais pas si je suis plutôt spécialiste du sprint, mais pour commencer en Coupe du Monde c’est sûrement l’entrée la plus facile. Je ne voudrais pas laisser la distance de côté car j’aime ça également. J’ai une préférence pour les courses avec du contact comme les mass-starts, les poursuites, le skiathlon ou les relais. C’est ce qui me plaît également dans le sprint.”

“Les Poneys c’est une source d’inspiration pour moi. Ils n’ont pas de limites mentales, c’est une belle équipe avec de belles individualités qui se tirent vers le haut niveau [Baptiste Gros, Lucas Chanavat, Richard Jouve, Renaud Jay coachés par Cyril Burdet, ndlr]. Je ne les ai pas beaucoup vu lors de la préparation mais j’ai eu quelques occasions d’échanger avec eux sur le début de saison sur les compétitions.”

Delphine Claudel, lauréate du sprint U20 de Bessans, début décembre 2015. (© Tous droits réservés)

C’est votre première saison où vous disputez régulièrement des Coupes du monde, cependant vous redescendez régulièrement à l’échelon inférieur. Dans quel objectif ? Que cela fait-il de changer de groupe si souvent ? 

“En effet, on me laisse la chance d’apprendre au plus près des meilleures mondiales ce qui fait que j’ai pris plusieurs départs en CDM [Coupe du monde, ndlr] et surtout en sprint. Redescendre au niveau inférieur me permet de me confronter aux filles de mon niveau et pouvoir faire une course entière en sprint (passer les qualifications et les phases finales) et pouvoir me battre pour les premières places. Changer de groupe ne me dérange pas, il faut juste un peu d’adaptation mais j’aime bien revoir les filles du groupe OPA avec qui j’étais beaucoup les années précédentes [comme Flora Dolci, ndlr].”

En fin d’année dernière vous avez participé au Tour de Ski – à la première étape, un sprint libre à Lenzerheide. Cette épreuve est ultra-importante dans le monde du ski de fond. Vous étiez fière d’y participer ? Ça fait quoi de partager la piste avec des grands noms de votre sport comme Østberg, Weng, Nilsson, Falla, Diggins ou Saarinen ?

“Le Tour de Ski est une belle compétition à réaliser en entier et pour ceux qui l’ont à leur palmarès c’est très gratifiant car il faut être très bon dans les deux styles et dans tous les formats. J’étais bien-sûr fière de participer au sprint de Lenzerheide, comme j’étais fière de participer aux autres Coupe du Monde. C’est intéressant de pouvoir se confronter aux meilleures mondiales et même de pouvoir skier avec elles. On comprend vite que le niveau est élevé, mais on sait vers quoi il faut aller pour les saisons prochaines.”

Delphine Claudel, toujours à Davos, au départ de la qualification du sprint libre. (© Andreas Rösler)

Cela fait quoi de lever les bras lors d’une course, comme à Montgenèvre et à St. Ultrich en 2012 et aux Tuffes en 2016 ? Racontez-nous vos souvenirs de victoires.

“C’est pour ces sensations, cette émotion que l’on s’entraine toute l’année. Montgenèvre est un lieu que j’affectionne beaucoup car ça m’a toujours bien réussie. À Saint Ulrich c’était une surprise pour moi, je débutais en OPA, cette course m’avait mise en confiance pour la suite de la saison, j’étais contente de confirmer ma bonne forme et surtout de bien commencer mon entrée dans la catégorie jeunes. En 2016, c’est l’entrée chez les seniors qui s’est faite naturellement. J’avais de bonnes sensations en ce début de saison et j’ai pris beaucoup de plaisir à gagner mes premières courses dans cette nouvelle catégorie.”

C’était comment la Coupe du monde à domicile à La Clusaz ? 

“C’était super de pouvoir participer à ma première Coupe du Monde en France, avec au bord de la piste beaucoup de gens qui nous connaissaient. C’était stressant d’avoir ce public mais très excitant de débuter à ce niveau. La mass-start a été difficile pour moi mais j’ai un très bon souvenir du relais.”

Delphine Claudel, vainqueur du 5km libre de Prémanon début décembre 2016. (© FFS)

Nous avons interviewé Flora Dolci il y a peu. Quel regard portez-vous sur cette fondeuse en particulier et sur les fondeuses plus jeunes que vous en général ?

“Flora [Dolci] fait partie de l’avenir du fond féminin. Elle a de grandes capacités en distance notamment et est déjà très professionnel dans son sport. C’est une très belle équipe de jeunes qui arrive. Elles ont augmenté leur niveau cette année encore. Ça fait plaisir de les voir sur les podiums en OPA, elles font désormais partie des meilleures juniors mondiales. Elles ont des profils différents et un bel esprit de compétition qui fait qu’elles se tirent vers le haut naturellement.”

Irez-vous aux Mondiaux U23, du 28 janvier au 3 février à Goms en Suisse ? Si oui, avec quels objectifs ?

“Oui je vais partir aux Mondiaux U23, où sur toutes les courses j’ai à cœur de bien faire. Je ne me fixe pas d’objectifs de places, je ne veux juste avoir aucun regret.”

Le cadre dans lequel les fondeurs ont disputé le week-end de sprint de Dresden, au bord de l’Elbe. (© Andreas Rösler)

Plutôt style classique ou style libre ? Pourquoi ?

“Les deux. Je change d’avis tout le temps, cela dépend de mes sensations du moment. J’aime les deux styles et dans n’importe quel format.”

Avez-vous une idole ou un modèle qui vous pousse vers le haut dans le sport et dans votre vie ?

“Je n’ai pas vraiment d’idole ou de modèle. J’aime beaucoup certains sportifs qui peuvent m’inspirer pour ce qu’ils sont où ce qu’ils font.”

Avez-vous un souvenir des Jeux olympiques ? 

“Petite j’aimais beaucoup le sport, je pratiquais mais je ne suivais pas vraiment le sport à la télévision. Je n’ai donc que des souvenirs plutôt récents et plutôt sur les JO d’été.”

Delphine Claudel s’entraînant à Dresden, sur la piste de sprint. (© Andreas Rösler)

* Depuis la réalisation de l’interview, Delphine Claudel a été confirmée dans l’équipe de France olympique.

+ Perrine Laffont : “Les Jeux c’est vraiment une compétition hors du commun”

+ Antoine Adelisse : “J’ai une immense fascination pour les X Games mais je place les Jeux au-dessus”

+ Flora Dolci : “J’essaie de tracer mon chemin doucement”

+ Tifany Huot-Marchand : “Les Jeux c’est un grand rêve, j’ai hâte de vivre cette expérience”

+ Nelly Moenne-Loccoz : “Tony Ramoin et Pierre Vaultier m’ont tous les deux fait pleurer”

+ Laura Gauché : “Les Jeux ça représente un rêve d’enfant”

+ Lucile Morat : “Les Jeux c’est une compétition exceptionnelle”


Un grand merci à Delphine Claudel d’avoir pris de son temps pour nous accorder une interview dans un hiver marathon. Merci aussi pour sa gentillesse, sa bienveillance et sa confiance. Toute la rédaction d’Agora Sports souhaite à Delphine Claudel la plus grande réussite dans sa vie de sportive, particulièrement dans les jours et les semaines qui viennent avec les Mondiaux U23 et les Jeux olympiques qui s’annoncent… 

 

A propos de Florian Burgaud 50 Articles
Amoureux de sport depuis tout petit. Les sportifs d'hiver c'est la vie. Étudiant en M1 journalisme sportif à l'EDJ Nice.

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