La leçon du Barça de Cruyff

En ce mois de janvier 1994, un Barça insubmersible a dominé largement, dans le jeu et au tableau d’affichage (5-0), un Real Madrid déboussolé. Cette victoire permet au Barça de foncer vers un quatrième sacre consécutif marqué du sceau de Johan Cruyff.

« Avant qu’il n’arrive, nous n’avions pas cette cathédrale à Barcelone. » Pep Guardiola pleure son idole. Son mentor. Son maître. Le maître du FC Barcelone. Johan Cruyff. Arrivé en Catalogne en tant que coach en 1988, le Néerlandais impose un style offensif et spectaculaire, un style où « le ballon doit courir le plus possible, pas les joueurs. », un style où le pressing très haut étouffe les adversaires : un style où la règle de base est « de marquer au moins un but de plus que l’adversaire », peu importe le nombre de buts encaissés.

« Savoir, avant toute chose, faire une passe dans de petits espaces »

Cruyff change de système pour installer un 3-4-3 avec un milieu en losange où la pointe basse n’est autre que Pep Guardiola. Jugé trop juste physiquement jusque l’arrivée de Cruyff, le futur entraîneur du Barça tape dans l’oeil du coach néerlandais par sa technique et sa vision de jeu : deux qualités qui rassemblent l’effectif choisi par Cruyff. Guardiola devient la pièce maîtresse au cœur du jeu, au même titre que Koeman un cran en-dessous et Bakero un cran au-dessus. Ces alliages techniques créent des circuits de relance et simplifient la construction. « Ses équipes peuvent former des triangles sur n’importe quelle partie du terrain. Le porteur de balle a donc, en principe, toujours deux solutions au sol et doit, avant toute chose, savoir faire une passe dans de petits espaces » (Les entraîneurs révolutionnaires du football).

Ce système et cette animation permettent à Barcelone de remporter trois Liga consécutives (1991,1992,1993). Au moment d’affronter le Real Madrid, en janvier, 1994, les Blaugrana sont leaders, les Madrilènes deuxièmes,avec deux points de retard sur leur rival. La nouvelle année a commencé depuis huit jours, mais ce match est déjà un tournant dans la saison. Le Camp Nou affiche évidemment guichets fermés. Dès le Cant del Barça, l’hymne du club, le match est lancé avec un magnifique tifo ornant toutes les tribunes du stade barcelonais.

Le talisman du jeuLe début du match est blaugrana. Les joueurs de Cruyff possèdent le ballon, mais ne parviennent pas à se procurer de véritables occasions. La première est la bonne. Sur une passe de Guardiola, le génial Romario contrôle avant d’éliminer d’Alkorta d’un dribble en pivot fantastique. Dans la surface, il trompe Paco Buyo d’un subtil extérieur (1-0,24e). Le verrou madrilène a enfin sauté. L’attaque-défense se poursuit jusqu’à la mi-temps, sans occasion pour Madrid, sans but pour Barcelone. Dès le retour des vestiaires, Koeman double l’écart d’un coup-franc dont il a le secret (2-0,48e). Lancés, les Barcelonais inscrivent un troisième but, le deuxième par Romario. Nadal est servi dans la profondeur par Guardiola et décale le Brésilien qui pousse le ballon au fond des filets (3-0). Entre ces deux buts, le Real Madrid a cadré pour la première fois de la rencontre, mais la tête de Butrageño, plein centre, est sans danger pour Zubizarreta.

Menés de trois buts, les Madrilènes sortent plus et inquiètent quelque peu le dernier rempart catalan, qui n’a néanmoins aucun arrêt de classe à réaliser. Maître du ballon et sûr de son jeu, Barcelone continue d’avoir l’emprise et la mainmise sur le match. Techniquement, comme tactiquement, les Barcelonais sont supérieurs aux Merengues.

Dans les dix dernières minutes, le Barça ajoute deux buts pour clore son récital. Romario, d’abord, inscrit un triplé sur un service de Laudrup (4-0,81e). Puis le Brésilien se mue en passeur et sert magnifiquement, dans l’intervalle entre le latéral gauche et le défenseur central, Ivan Iglesias qui ajuste Buyo d’un petit pont (5-0,87e).

Vingt ans après (février 1974) la manita infligée dans le Clasico par le Cruyff joueur accompagné de Rinus Michels sur le banc, le Barça surclasse de nouveau le Real Madrid. Le 29 novembre 2010, une nouvelle démonstration technique comme tactique voit le jour pour les joueurs de Pep Guardiola, pour le même 5-0 final.

De Michels à Guardiola en passant par Cruyff, le talisman du jeu a bien été transmis à Barcelone.

Lien du match en entier : https://footballia.net/matches/fc-barcelona-real-madrid-liga-1-division-1993-1994

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