Le XV de France crucifié dans un match pourtant à sa portée

Les Bleus ont vu la victoire leur échapper. CP : AFP

Quel cruel scénario a connu l’équipe de France vendredi soir à Saint-Denis. Alors qu’elle montrait un jeu séduisant et dynamique, l’inexpérience de certains jeunes joueurs et l’excès de fougue lui a fait perdre un match pourtant dominé. Une énième défaite 19 – 24 qui pourrait décourager les hommes de Jacques Brunel. Mais celle-ci doit être la première pierre de la reconstruction d’une équipe qui renaît de ses cendres.

Le XV de France a donc pris de bonnes résolutions en cette année 2019, et contrairement à beaucoup de personnes, il semble vouloir s’y tenir. Depuis plusieurs jours, les Bleus clamaient vouloir pratiquer un rugby plus rapide, un jeu plus fluide et donc plus séduisant. La non sélection de Mathieu Bastareaud pour Romain Ntamack en était la preuve la plus significative. La volonté était réellement là, seulement les Français n’ont pas su la gérer. On y a pourtant cru pendant les 40 premières minutes. A l’image de Morgan Parra et de ses sorties de ballon rapides et de Camille Lopez, qui utilisait à merveille son jeu au pied. Les passes étaient fluides, le jeu prenait de la largeur, et il n’a pas fallu très longtemps pour que les Français inscrivent leur premier essai.

Le rugby français enfin de retour … pendant 40 minutes

A la 6e minute, Louis Picamole trouve la faille après un ballon récupéré. Les Bleus sont lancés. Le public aussi, qui ne boude pas son plaisir de voir la France jouer à nouveau un rugby séduisant. Morgan Parra rate la transformation, et ce ne sera pas la dernière pour le Clermontois. Après trois tirs manqués, Camille Lopez prendra finalement le jeu au pied à son compte. Ces points laissés en cours de route ont aussi fait mal aux Bleus qui auraient pu prendre le large bien plus tôt. Mais toujours sur leur lancé, les joueurs se lâchent et vont même marquer un deuxième essai à la 23e minute, conclu par Yoann Huget. Après une belle course de Damian Penaud, le Toulousain conclut une attaque limpide des Bleus.

A ce moment-là, on s’est dit que c’était bon. La France allait gagner ce match. Largement dominés, les Gallois semblaient dépassés par le jeu français, qu’ils n’imaginaient sûrement pas aussi rapide et engagé. On était heureux de voir à nouveau rayonner cette équipe qu’on avait si souvent maudite. Le rugby français allait renaître de ses cendres, enfin. Pour conclure cette première mi-temps de rêve, Camille Lopez inscrit un drop sublime à 40 mètres des poteaux adverses. Le Stade de France explose et le Clermontois ne cache pas sa joie. La France mène alors 16 – 0 dans un match un sens unique. Ces joueurs, qu’on avait si souvent vu la tête baissée, la relevaient enfin, et on pouvait y découvrir un large sourire. Mais voilà, il y avait encore 40 autres minutes à jouer, et cela, les Bleus l’ont peut-être un peu oublié…

Un manque de lucidité payé cash

On avait parlé de lui toute la semaine : Romain Ntamack. Mais le joueur de 19 ans va vivre une deuxième mi-temps cauchemardesque, tout comme son coéquipier Yoann Huget. Après une relance trop courte de Ntamack, les Gallois recupèrent le ballon et se jouent de la défense française. Tomos Williams file marquer un essai qui, après une transformation réussie, ramène les Gallois à 9 points. Et ce n’est que le début d’une deuxième mi-temps catastrophique pour les Bleus.

Avant de décrire ce deuxième essai gallois, il est bon de préciser que la pluie n’a cessé de tomber sur le Stade de France pendant le match. Les joueurs devaient donc être très prudents quand ils se saisissaient du ballon ovale. Une donnée que Yoann Huget a visiblement oublié pendant quelques secondes. Des secondes qui ont suffi à Georges North pour récupérer un ballon juste devant l’en-but français. Un essai gag qui crucifia les Bleus, eux qui nous avaient pourtant offert jusque-là une match plus que séduisant. Sonné, le XV de France semble perdre le fil du match. Alors que Gaël Fickou récupère le ballon en l’air, Ntamack se donne le luxe de sauter sa passe jusqu’à Huget. Mais on ne l’a fait pas à l’expérimenté Georges North qui lit parfaitement le jeu. Il intercepte le ballon et file marquer le 3e essai gallois.

Parce que les miracles n’existent pas

Comment peut-on en vouloir aux Bleus quand on sait d’où ils reviennent ? Après des défaites cuisantes contre la Nouvelle – Zélande et une claque prise face au Fidji, le rugby français était descendu bien bas. On imaginait mal comment cela pouvait être pire. Or, malgré les critiques, les nombreuses défaites et la morosité ambiante, les Français ont montré hier soir qu’ils ne lâcheraient rien. Qu’ils travailleraient dur jusqu’à trouver la combinaison parfaite. Et celle-ci a commencé à naître vendredi soir. Car il faut bien avouer qu’on a tous repris goût à regarder cette équipe de France jouer au rugby.

Mais il ne fallait pas non plus s’attendre à une miracle. Une équipe ne se reconstruit pas en quelques coups de baguette magique. Il faut de nombreuses défaites et beaucoup de temps et de travail avant d’entrevoir la réussite. Ce qu’il faut retenir de ce match, c’est que cette réussite, on l’a aperçu pendant 40 minutes lors de ce match face aux Gallois. Et ces jeunes Bleus doivent désormais faire en sorte de la faire vivre pendant 80 minutes.

Aurore Dessaigne

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