[DECRYPTAGE] La triple excellence du triathlète

Vincent Luis en route vers l’un des plus grands succès de sa carrière, ici aux côtés de Javier Gomez, Mario Mola et Jonathan Brownlee...

Samedi dernier à Rotterdam, le français Vincent Luis réalisait un exploit retentissant : Il remportait la grande finale des World Triathlon series, le championnat du monde de triathlon. Vous n’en avez peut-être pas entendu parler ? Pas étonnant tant ce sport demeure peu médiatisé. Et pourtant, les triathlètes sont des sportifs d’exception dont on ne mesure pas toujours la portée des performances. Qu’est-ce qu’être triathlète de haut niveau ? Que valent vraiment ces sportifs dans chacune des disciplines ?

Ce que nous allons ici chercher à prouver, c’est qu’être triathlète de haut niveau ce n’est pas être un simple sportif complet, bon dans trois disciplines. Non, être triathlète, c’est être un nageur de très haut niveau, un cycliste de très haut niveau et un coureur de très haut niveau. L’athlète parfait, qui atteint l’excellence dans trois disciplines dures, exigeantes et qui nécessitent une charge d’entraînement colossale.

Vincent Luis a bouclé le triathlon de Rotterdam en 1:51:26 avec un 10km à pieds en 29’59. Une performance qui récompense un entraînement drastique

À Reims, son lieu d’entraînement, il est 6h du matin quand Vincent Luis se lève. Dans une journée type c’est à 7h qu’il commence sa première séance : la natation, le premier des durs travaux qu’il répète chaque jour avec la même rigueur. Ensuite, le triathlète rejoint la salle de musculation afin de renforcer les muscles spécifiques aux trois sports et prévenir les blessures, puis vient la séance de kiné. Un court répit pour déjeuner et vient le travail d’endurance : à 14h, Vincent Luis part pour une sortie à vélo, généralement longue (1h30 à 3h, parfois même plus). Et enfin, le troisième et dernier travail du triathlète : la séance de course à pied qu’il réalise avec Farouk Madaci également entraîneur de Mahiédine Mekhissi. Une séance difficile où le triathlète est poussé dans ses derniers retranchements, des séances violentes de fractionné ou les changements d’allures le poussent à donner son maximum.

Un volume d’entraînement hebdomadaire d’environ 35h soit 25,30km de natation, 300,400 km de cyclisme et entre 110 et 130km de CAP pour atteindre l’excellence

Cet entraînement drastique les amène vers des sommets en termes de performance sportive et ce dans les trois disciplines.

Beaucoup des triathlètes ont commencé par la natation, ont failli devenir nageur professionnel et ont certainement le niveau pour l’être avec un entraînement plus spécifique. Les temps réalisés en natation sont impressionnants malgré les nombreux facteurs qui limitent la performance : le triathlon se nage eau libre, soit dans des conditions bien plus difficiles que lors d’un 1500m en piscine, les triathlètes sont plus de 50 à prendre le départ, ils cherchent toujours le meilleur placement et s’accrochent, jouent des coudes… Et pourtant les performances demeurent extraordinaires. Alistair Brownlee, double champion olympique en titre et considéré comme le meilleur triathlète du monde, bouclait les 1500m de natation en 17’04’’ aux JO de Londres (le record du monde en piscine du Chinois Sun Yang est de 14’31’’) en sachant que deux épreuves encore très exigeantes l’attendaient.

Les triathlètes sont également des cyclistes au niveau très élevé, très proche d’un niveau professionnel. Pour reprendre le triathlon référence d’Alistair Brownlee à Londres, il a bouclé les 43km de vélo en 59 minutes. À titre indicatif, Bradley Wiggins gagnait le contre la montre aux mêmes JO de Londres en 51 minutes sur un parcours de 44km. Cette comparaison est bien entendu à ne pas à prendre au premier degré (différence de matériels, de parcours…) mais donne une idée du haut niveau des triathlètes à vélo. Vincent Luis reconnait d’ailleurs qu’il a été contacté à plusieurs reprises par des équipes professionnelles, preuve de la crédibilité de la performance des triathlètes dans ce domaine.

Enfin, la course à pied, certainement la partie où le niveau des triathlètes est le plus parlant. Un adage veut qu’un triathlon se perd en natation et se gagne en course à pied. Les meilleurs triathlètes ne se départagent que très rarement en natation ou en vélo et c’est en course à pied que la victoire se joue. Vincent Luis a l’habitude courir les championnats de France de cross-country pour préarer la saison de triathlon. En 2016, il finissait deuxième derrière Hassan Chahdi mais surtout devant un certain Morhad Amdouni (5ème aux derniers championnats d’Europe de 5000m, vainqueur des 20km de Paris). Ce jour-là Vincent Luis a bluffé le milieu de l’athlétisme et confirmé que les meilleurs triathlètes ont le niveau pour jouer le haut de tableau dans des championnats nationaux d’athlétisme.

L’espagnol Mario Mola a déjà couru un 10 km en 28’59’’ lors d’un triathlon, mieux que le record du monde féminin de Ayana (29’17) ou que les derniers lors de la finale olympique des jeux de Rio

Mario Mola, un triathlète majorquin vainqueur de la coupe du monde cette année est réputé pour ses grandes qualités de coureurs, est parvenu à courir un 10km en 28’59’’ lors du triathlon de Chicago en septembre 2015, et cela après le vélo et la course à pied ! Cela vous parlera sans doute davantage si l’on vous dit que le record du monde du 10km est détenu par Kenenisa Bekele en 26’17’’. On peut aussi comparer ce temps à ceux réalisés lors de la finale olympique de 2012 où Mo Farah devient champion en 27’30’’, où le dernier de cette finale olympique court en 29’32’’, soit moins vite que Mola ou même que Alistair Brownlee lors de son fameux triathlon de Londres (29’07’’ au 10km). Bien sûr cette comparaison est à nuancer, la finale olympique ne se court pas au train comme un triathlon mais est une course tactique, courue par à-coups, avec des accélérations et des ralentissements, mais ces performances qui sont réalisées sur route et non sur piste demeurent stupéfiantes.

 

Les meilleurs triathlètes ont maintenant un tel niveau dans les trois disciplines et notamment en course à pied que cela leur donne la possibilité d’envisager des projets fous : Vincent Luis rêve de doubler le triathlon et le 5 000m ou 10 000m aux JO de Tokyo en 2020. Un projet qui semble aujourd’hui compliqué, voir utopique, il en est conscient. Et pourtant, on ne peut empêcher l’athlète de rêver, lui qui va aborder le projet avec ses qualités, celles qui font la force des grands triathlètes : talent mais aussi rigueur, humilité et travail.

A propos de Paul Mathonnat 4 Articles
Etudiant en Licence de gestion, je suis passionné de sport en général mais plus particulièrement des sports d'endurance : trail, course à pieds, vélo, triathlon... J'aime écrire et surtout j'aime le débat, donner mon opinion et recevoir celle des autres. Agora Sports est la plateforme idéale, j'y partage mes idées avec passion.

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